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Avis à tous ceux qui pensent qu'il n'est plus possible d'avoir de frontières aujourd'hui : voici la part des efforts menés par l'UE dans la gestion de la crise des migrants qui se résorbe aujourd'hui

La fermeture de la route des Balkans à l'initiative de l'Autriche, l'accord passé entre la Turquie et l'Union européenne, et l'évolution du conflit syrien, expliquent la baisse significative du nombre de demandeurs d'asile.

Tout s'explique

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Avis à tous ceux qui pensent qu'il n'est plus possible d'avoir de frontières aujourd'hui : voici la part des efforts menés par l'UE dans la gestion de la crise des migrants qui se résorbe aujourd'hui

Atlantico : Entre 2015 et 2016, le nombre de demandeurs d'asile en Allemagne a diminué de 69%, une proportion similaire à ce qui a été également constaté en Suède. Comment interpréter ces résultats ? Sont-ils le fruit des efforts réalisés par les Européens en matière de maîtrise des flux migratoires et de gestion de leurs frontières ou bien davantage de certains accords passés avec les pays constituant les routes employées par les migrants parmi lesquelles, en premier lieu, la Turquie ? 

Gérard-François Dumont : Effectivement, le mercredi 11 janvier, le ministre allemand de l'Intérieur, Thomas de Maizière, a annoncé avoir enregistré 280 000 demandeurs d’asile en 2016 contre 890 000 en 2015.

Cette baisse, qui peut paraître spectaculaire, appelle deux commentaires.  D’abord sur son importance. En effet, les statistiques Eurostat indiquent pour l’Allemagne, pour l’année 2015, non 890 000 demandeurs d’asile, mais seulement (si l’on peut dire) 441 800[1] et ce, dans deux sources différentes[2]. L’écart est fort important avec le chiffre déclaré par le ministre allemand début 2017 et conduit à s’interroger sur l’éventuel caractère d’annonce préélectoral. Il n’est donc pas sûr que la baisse du nombre de demandeurs d’asile en Allemagne soit aussi marquée qu’annoncée, même si elle est incontestablement certaine.

Seconde remarque, cette baisse du nombre de demandeurs d’asile est logique compte tenu de trois ensembles d’évolutions géopolitiques qui se sont produits en 2016. Le premier réside dans la fermeture de la route des Balkans, une décision prise début mars 2016 non par l'Union européenne mais par l'Autriche en concertation avec plusieurs autres pays, comme la Slovénie, la Serbie ou la Macédoine. Cette fermeture a limité l'entrée de migrants dans l'Union européenne et fait comprendre à d’éventuels futurs migrants qu’ils ne pouvaient plus faire confiance aux passeurs qui leur "vendaient" cette route des Balkans. De son côté, la Hongrie s’était décidée à appliquer les règles de Schengen qui veulent que toute personne entrant sur le territoire de l'Union européenne doive être munie de documents d’identité lui permettant d'entrer[3].

La deuxième raison de la baisse du nombre de demandeurs d’asile est constituée par l'accord négocié par Angela Merkel avec la Turquie et signé par l’Union européenne et la Turquie le 18 mars 2016. Cet accord consiste à payer le gouvernement turc afin que celui-ci arrête l'utilisation géopolitique des migrants, ce qu'il avait fait jusqu'alors afin d'obtenir des avantages de la part de l'Union européenne. Dans ce rapport de force, l'Union européenne a cédé, acceptant de verser 6 milliards d'euros à la Turquie, accordant la réouverture des négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union (et donc le maintien des financements de pré-adhésion qui représentent environ 1 milliard d’euros par an), promettant de supprimer les visas pour les ressortissants turcs souhaitant se rendre en Europe, et limitant la question des renvois éventuels de la Grèce vers la Turquie à un accord dit "un pour un", limité à 72 000 personnes. À partir de ce moment-là, le gouvernement turc a changé sa politique qui consistait à faire de son pays une "autoroute à migrants", expression que l'on doit au directeur de Frontex[4]. Ainsi, la Turquie a décidé de diminuer l’action de ses mafias qui organisaient systématiquement l'envoi de migrants en Europe. Depuis fin mars 2016, il faut bien constater que la Turquie a globalement assez bien respecté cet accord, tout simplement parce que l'Union européenne a respecté ses engagements, mais aussi parce qu'elle a été quasiment inaudible bien qu’Erdogan ait accentué la dérive autoritaire de son régime, notamment avec des purges concernant désormais plus de 100 000 personnes depuis la tentative de coup d'État survenu en juillet 2016.

Le troisième évènement géopolitique majeur expliquant cette baisse du nombre de demandeurs d'asile, dans des pays comme l'Allemagne ou la Suède, est l'évolution géopolitique opérée au sein même du conflit syrien. En effet, les Syriens ont formé les flux les plus importants de demandeurs d’asile en Allemagne, tant en 2015 (36% selon les chiffres Eurostat[5]) qu’en 2016 (36% selon le ministre allemand, les données Eurostat n’étant pas encore disponibles). Il en résulte inévitablement que des changements dans la situation de guerre civile en Syrie peuvent modifier les flux syriens. En raison de la reprise du contrôle de différentes villes par le gouvernement de Bachar el-Assad, les périmètres géographiques de la guerre civile syrienne se sont réduits entre 2015 et 2016, du fait de l'intervention militaire russe[6] à partir de septembre 2015 et de l’accélération des combats menés de concert par l’armée syrienne, le Hezbollah libanais, et les appuis russes et iraniens. Les territoires syriens qui connaissent un calme relatif, ou un début de calme relatif, ou l’espoir d’un calme à venir ont été plus étendus en 2016 qu’en 2015. Les populations syriennes qui voient alors qu'il est possible de rester chez elles, compte tenu de la diminution de la violence militaire et de la temporisation de la guerre civile là où elles habitent, préfèrent rester en Syrie plutôt que de fuir. Ainsi, les incitations à partir ont donc diminué entre 2015 et 2016 ; des populations syriennes réfugiées au Liban ou en Jordanie pourraient même envisager un retour dans leur pays si elles habitaient dans des territoires où le conflit s’est arrêté. Le cas d'Alep à cet égard est révélateur de cette situation : l’espoir de la fin de tirs de rebelles sur Alep-ouest et de la reconquête d’Alep-est, puis la concrétisation de cet espoir signifiant la fin d’affrontements au sein de la ville incitent moins les populations à partir, voire d’autres à revenir, en dépit de la difficulté des conditions de vie.

[1] Eurostat 44/2016  -  4 mars 2016.

[3] Dumont, Gérard-François, “L’Union européenne entre « hiver démographique » et crise des migrants”, Diplomatie, Les grands dossiers, n° 36, décembre 2016 – janvier 2017.

[4] Le Monde, 11 mars 2016.

[5] Eurostat 44/2016  -  4 mars 2016.

[6] Sans omettre l’action de la diplomatie russe pour limiter, voire arrêter l’envoi d’armes et de munitions à certains groupes rebelles par la Turquie et le Qatar.  

 
Commentaires

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  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 13/01/2017 - 10:05 - Signaler un abus Frontex ??

    Frontex ne fait qu'encourager les migrants à venir en masse puisqu'il vont les chercher jusque sur le rivage des côtes Lybiennes ......les passeurs économisent ainsi l'essence et les moteurs.... Quel progrès !!

  • Par vangog - 13/01/2017 - 11:52 - Signaler un abus Informations très contradictoires!!!!

    Les gauchistes, soutiens de la fausse résistance islamiste avaient prévenu que la chute d'Alep mettrait sur les routes de l'exode (une migration, c'est différent, en français...) près d'un million de Syriens!!!!! Et ce Sorbonnard (La Sorbonne était l'école francaise qui apprenait aux khmers rouges comment sucer le cerveau de leur peuple...) nous apprend que, pas du tout! la chute d'Alep tarir les sources de l'exode, sans oser quand-même affirmer "Bravo a Bachar-el-Assad!" car il ne faut pas exagérer le retour aux réalités concrètes...si ces Sorbonnards et autres profs gauchistes s'abstrayaient de la novlangue et nommaient les choses par leur vrai nom français, ils ne feraient peut-être pas autant d'erreurs prévisibles...

  • Par ikaris - 13/01/2017 - 14:30 - Signaler un abus Article intéressant

    je suis plus positif que vangog sur l'article : c'est pas très rebelle comme article, appartenance au sérail oblige, mais il n'est pas immigrationniste, on y pose les vraies questions (Triton supplétif des passeurs !) et on a tout de même une description qui a l'air pas trop partiale de la crise des migrants.

  • Par ELIED - 13/01/2017 - 17:15 - Signaler un abus Un peu fumeux

    Sa démonstration me fait penser celle d'une prof d'hist-géo à l'EN (quand existaient encore ces "séminaires laïques" tant critiqués par la suite et pourtant tellement "formateurs"; bref...): une démonstration alambiquée et toute professorale qui n'apporte aucune nouveauté à ce qu'on sait déjà et qui n'aborde en fait aucune solution pratique à la question de l'immigration et des frontières.

  • Par lasenorita - 13/01/2017 - 17:29 - Signaler un abus Les migrants musulmans doivent RESTER dans ''leur'' pays!

    ou se rendre dans les riches pays musulmans...musulmans comme eux! ..Ce sont les migrants musulmans que nous ne devons pas accueillir en Europe! Les migrants musulmans ont encore violer des femmes non-musulmanes à Cologne pour le Nouvel An voir http://reinformation.tv/nouvel-autriche-multiples-agressions-sexuelles-dolhein-64569-2,un Afghan a agressé une femme qui lisait une bible voir http://reinformation.tv/femme-agressee-migrant-afghan-cause-elle-lisait-bible-autriche-64443-2 Le ministre de la Défense d'Autiche juge qu'Angela Merkel est ''irresponsable'' voir http://reinformation.tv/angela-merkel-irresponsable-accueil-refugies-ministre-defense-autriche-dolhein-59010-2 Le ministre de la Défense d'Autriche, Hans Peter Doskozil, veut mettre en place des mesures anti-immigration ..Le premier ministre tchèque, Bohuslav Sobotka, refuse que son pays ouvre ses portes à l'islam et... la Slovaquie ne veut recevoir que des réfugiés chrétiens ..Je partage l' opinion des Slovaques et j'aimerais que l'on accueille, en France,QUE des non-musulmans. .pas de ces musulmans.. qui ont chassé TOUS les non-musulmans de leur pays natal et qui viennent chez nous pour ''tout casser'',etc..etc..

  • Par Anouman - 13/01/2017 - 20:08 - Signaler un abus Immigration

    La vérité c'est que la politique européenne est de ne pas en avoir. On peut toujours dire du mal de Schengen mais les règles ne sont même pas appliquées. On peut faire des grands sentiments sur les réfugiés mais ceux qui sont déboutés ne sont pas renvoyés comme en France (ou si peu). Appliquons la règlementation en vigueur et le flux va très vite se tarir. Seule question: qui va l'appliquer?

  • Par Citoyen Ordinaire - 13/01/2017 - 21:50 - Signaler un abus C'est leur Job

    Ah les Stats officielles faites par les agences des gouvernements.... Tout va bien sur tous les points !

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Gérard-François Dumont

Gérard-François Dumont est géographe, économiste et démographe, professeur à l'université à Paris IV-Sorbonne, président de la revue Population & Avenir, auteur notamment de Populations et Territoires de France en 2030 (L’Harmattan), et de Géopolitique de l’Europe (Armand Colin).

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