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La droite face au dilemme du plan de stabilité de Manuel Valls

Le plan de stabilité voté mardi 29 avril à l'Assemblée Nationale a de quoi déranger la droite : il aurait pu être voté par François Fillon. La droite se retrouve donc nécessairement dans une position inconfortable qui ne le lui laisse que peu d'alternatives : accepter les idées qui étaient les siennes, ou s'opposer à son propre programme.

Oui, mais c'mon programme !

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La droite face au dilemme du plan de stabilité de Manuel Valls

Atlantico : Manuel Valls a fait voter, ce mardi 29 avril à l'Assemblée Nationale, un plan de stabilité que la droite n'aurait pas renié, mais qui a néanmoins voté contre. Concrètement, comment ce plan impacte-t-il l'opposition ?

Jean Petaux : Je ne pense pas que le plan présenté par le Premier ministre impacte considérablement l’opposition actuelle. Ceci pour une raison primordiale : il me semble que l’on peut distinguer deux manières de s’opposer dans l’histoire politique de la Vème République. La première est programmatique, la seconde est pragmatique.

Dans la première catégorie je rangerais « le Programme commun d’Union de la Gauche » qui, de 1972 à sa désagrégation en septembre 1977, fut certainement la forme la plus aboutie d’un « contre-projet » de gouvernement complet et détaillé depuis 1958 dans la vie politique française qui abordait tous les registres du gouvernement : l’économique (les nationalisations), les institutions (la décentralisation), les questions sanitaires et sociales, la culture, l’éducation et la justice (l’abolition de la peine de mort, la suppression des tribunaux militaires, etc.), l’environnement et l’agriculture et même les loisirs....

Les 110 propositions de François Mitterrand, en 1981, entrent dans cette première catégorie. Tout comme le programme de Nicolas Sarkozy en 2007 qui, bien que n’étant pas du tout dans l’opposition entre 2002 et 2007 n’a cessé de proposer la « rupture » avec tout un catalogue de mesures qui devaient se traduire dans la loi très vite (loi LRU, loi TEPA, « bouclier fiscal »). On pourrait aussi y mettre, dans une proximité assez forte, le programme de « Giscard à la barre » en avril 1974 proposant de moderniser la France en jouant sur la carte de la jeunesse (abaissement du seuil de la majorité légale, réforme du divorce, loi sur l’IVG). Dans tous ces cas on a eu des oppositions soit « officielles » (un peu comme « L’Opposition de sa Majesté » au Royaume-Uni, le « Shadow cabinet » en moins), soit « officieuses » (de l’intérieur en fait) : « les cactus » de Poniatowski contre les gaullo-pompidoliens de l’UDR entre 1971 et 1974 (la dénonciation des « barons du gaullisme » et des « copains et des coquins ») ; les « faignants » (i.e. : les chiraquiens) dénoncés par Sarkozy entre 2002 et 2007 sans parler du « combat des chefs » décrits par Bruno Le Maire dans « Des hommes d’Etat » qui opposa violemment Villepin et Sarkozy dans la même période.

La deuxième manière de s’opposer sous la Vème République est une « opposition pragmatique ». Elle consiste à ne rien faire, à énoncer des propositions minimalistes, à ne pas faire campagne pour ne pas inquiéter l’électorat et à attendre que le « camp au pouvoir » tombe comme un fruit mûr. Dans ce genre-là on peut considérer « le ninisme » de François Mitterrand exprimé dans sa « Lettre aux Français » en 1988 pour faire battre son challenger présidentiel, Premier ministre sortant, aux commandes gouvernementales depuis 1986, Jacques Chirac. Même chose en mars 1993 du côté cette fois du tandem « Chirac – Balladur » : le PS est dans un tel état de décomposition (il va le prouver avec la déroute aux législatives prélude à la fin tragique de Pierre Bérégovoy il y a tout juste 21 ans jour pour jour, le 1er mai 1993) qu’il n’y a rien à faire qu’à compter les jours qui séparent de l’élection, rien à proposer de particulièrement original. La victoire est acquise. En 1997 on est dans une situation quasi-comparable pour la « Gauche plurielle ». En dehors des « mythiques » « 35 heures », il n’y a rien de très élaboré dans le programme politique des formations qui vont se regrouper derrière le futur premier ministre Lionel Jospin. La campagne législative est très courte du fait de la dissolution. Dans les semaines qui précèdent celle-ci d’ailleurs tous les sondages donnent une très forte avance à la droite (RPR-UDF associés). C’est l’époque où les « Guignols de l’Info », bien plus forts qu’aujourd’hui en audience, montrent sans cesse un « Yoyo au pays des idées » où dans sa voiture jaune et rouge de « Oui-Oui » un Lionel Jospin, premier secrétaire du PS, méchamment ridiculisé, cherche vainement des idées pour le programme du PS. Et pourtant la Gauche plurielle (PS + PCF + Verts) l’emporte au soir du second tour des législatives ouvrant cinq ans de cohabitation (la plus longue des trois survenues depuis 1986). On le voit : une opposition sans programme, juste dans une posture oppositionnelle peut fort bien l’emporter. C’est exactement ce qui est advenu les 23 et 30 mars derniers avec la « vague bleue UMP » des municipales. Pas plus que le PS en 2010 pour les régionales (21 régions gagnées sur 22), l’opposition actuelle n’a proposé de contre-programme sociétal et politique national (contrairement à l’Union de la Gauche aux municipales de 1977 ou à l’alliance des Droites en 1983 aussi aux municipales), mais cela ne l’a pas empêché de l’emporter.

 
Commentaires

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  • Par la saucisse intello - 01/05/2014 - 11:39 - Signaler un abus Pourquoi "se démarquer" ?........

    Puisqu'ils piochent TOUS dans la même gamelle : La notre. Et que nous sommes assez con(ne)s pour la remplir ! Quant à l'auteur, "enseignant en métiers du politique", je comprends pourquoi on est foutus ! Deux mandats et retour au boulot. Pour ceux qui en ont appris un. Pour les autres.......démmerdez-vous !

  • Par cloberval - 01/05/2014 - 12:30 - Signaler un abus Les plus peinés sont au PS

    C'est incroyable de ne pas relever que lorsque Hollande dit en nommant Valls qu'il faut faire une politique similaire à celle de la droite il donne raison à Sarkozy deux après son élection et ses premières contre-marches sur le traité européen et la règle d'or. Comment ne pas relever qu'il avoue l'échec de sa toute politique et même sa nuisance ? Voilà qui est bien embarrassant pour la droite de devoir donner une carte d'adhérent à Hollande. C'est pour cela qu'à part Léfèbvre perdu dans ses pensées ils la lui refusent je suppose.

  • Par Apicius - 01/05/2014 - 15:02 - Signaler un abus Et la France dans tout ça ?

    Hélas hélas hélas ...

  • Par sbgf43 - 01/05/2014 - 16:13 - Signaler un abus Droite ou gauche ?

    Hélas ce plan ridicule ne peux pas sortir la France de la déchéance dans laquelle tous les politicards de basse-court ont mis le pays

  • Par hgo04 - 01/05/2014 - 16:14 - Signaler un abus Sujet inversé...

    On dit que la droite est génée aux entournures?? Mais en ce cas que dire de la gauche? Une chose: qu'elle a voté pour un programme de droite.. Et ensuite, ils diront qu'ils sont opposés l'un à l'autre...???

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Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, ingénieur de recherche, politologue à Sciences Po Bordeaux, grande école dont il est depuis 27 ans le directeur de la Communication et des Relations extérieures. Auteur d’une dizaine d’ouvrages,  il dirige aux éditions « Le Bord de l’Eau » la collection « Territoires du politique » et y a publié en avril 2017 un livre d’entretiens avec Michel Sainte-Marie, ancien député-maire de Mérignac  intitulé « Paroles politiques ».  Parmi ses publications antérieures il a  codirigé aux Editions Biotop, en 2010,  Figures et institutions de la vie politique française.

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