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Droit vers une drôle de nouvelle ère ? Voilà ce que sera notre monde si la colère et le défoulement l'emportent à chaque élection occidentale majeure dans les 12 mois à venir

Une tendance au ras-le-bol apparaît désormais inscrite dans le comportement des électeurs des sociétés occidentales, comme semble l'avoir révélé les résultats du référendum sur le Brexit. Nous avons donc voulu imaginer l'état du monde d'ici un an si cette tendance au vote d'exaspération venait à se confirmer, notamment au cours des prochaines échéances électorales à venir aussi bien en Europe, qu'aux Etats-Unis.

Et si...?

Publié le - Mis à jour le 29 Juillet 2016

Toujours en maintenant cette hypothèse d'un scénario "vote d'exaspération", les chances sont donc grandes pour voir arriver au pouvoir des personnalités dites "populistes" du type Beppe Grillo (Italie) ou Donald Trump (USA), ou bien des personnalités d'extrême-droite comme Geert Wilders (Pays-Bas) ou Norbert Hofer (Autriche). Dans quelle mesure ces personnalités, toutes anti-système, pourront-elles répondre, concrètement, aux attentes de ce vote d'exaspération ? 

Christophe Bouillaud : De fait, tout dépend largement des attentes préalables de la population. Si l’on prend l’exemple du Danemark, où le "Parti du Peuple Danois" participe via son soutien aux gouvernements conservateurs aux affaires du pays depuis plus d’une décennie, il a largement réussi à répondre aux attentes de ses électeurs hostiles à l’immigration, puisqu’il a réussi à faire en sorte que le Danemark devienne particulièrement "inhospitalier" lors de la récente crise des migrants. Donc si les attentes des électeurs exaspérés se centrent surtout sur le contrôle de l’immigration, ces personnalités sauront répondre : elles piétineront plus ou moins les droits de l’homme, mais elles auront des résultats visibles assez rapidement.

Par contre, s’il s’agit comme dit le slogan de D. Trump, de "Make America Great Again", c’est-à-dire de contrecarrer une évolution économique en cours depuis des décennies, c’est beaucoup plus compliqué. Je doute par exemple qu’une dose de protectionnisme soit vraiment la panacée pour les Etats-Unis. Il faudra plus que cela pour redonner aux Américains l’impression d’aisance des années 1950-60. De même, l’Italie voit sa croissance ralentir depuis les années 1970, comment la relancer vraiment ? Le M5S a bien compris qu’il ne faut pas continuer comme avant à laisser la corruption gangréner toutes les décisions, mais au-delà ? Il doute de la pertinence de l’Euro, il voudrait un revenu minimum universel, il veut éviter des grands travaux inutiles, mais, en dehors de ces quelques points, il n’a pas pour l’instant de stratégie économique très intégrée, et pour cause, personne n’a réussi à relancer vraiment une grande économie dans le monde occidental depuis 2008 sans en accentuer par ailleurs les pathologies en termes d’inégalités économiques et sociales. Comme l’a montré le vote britannique, il ne suffit pas d’afficher des chiffres satisfaisants de croissance, encore faut-il que cela veuille dire concrètement plus de bien-être pour la population en général. En fait, aussi bien les partis de gouvernement que les partis challengers dont nous parlons manquent d’un modèle clair de réussite économique et sociale à imiter, d’une "croissance inclusive" pour user du jargon européen. En fait, si l’on suit l’exemple des années 1930, il faut d’abord qu’un pays s’en sorte pragmatiquement, sans trop théoriser, et ensuite les autres imiteront, mais pour l’heure, il n’y a personne à imiter. 

Jacques Sapir : Les candidats élus sur ce socle d’exaspération ont en réalité des profils assez différents. La seule chose qui leur soit commune est, en Europe, le rejet, en tout ou partie, de l’Union européenne. Aussi, la survie même de l’UE deviendra problématique. Soit elle disparaitra à terme, soit elle sera obligée de passer par une phase d’importantes modifications, avec en particulier l’abandon complet des accords de Schengen, une très forte diminution des pouvoirs et prérogatives de la commission et en sens inverse le renforcement du Conseil européen et un retour à la règle de l’unanimité. L’Euro n’y résisterait pas, et l’Union Economique et Monétaire serait dissoute, et peut-être remplacée par des structures particulières comme une nouvelle zone Mark et un accord de covariation des changes entre les pays du "Sud" de l’Europe, sur le modèle de l’ancien "serpent monétaire".

Comment imaginer également les relations entre les Etats à la tête desquels ces personnalités auront été élues ? Un nouvel ordre mondial verra-t-il le jour ? 

Christophe Bouillaud : Si tous ces personnages – à l’exception des gens du M5S qui décidément ne font pas partie de la vague d’extrême droite dont nous parlons – arrivaient au pouvoir, il est probable que l’on aille vers des relations internationales complètement insouciantes des droits de l’homme, de la promotion de la démocratie, du développement des pays du sud, et probablement aussi du réchauffement climatique. Il y aurait aussi le risque de relations tendues avec le monde musulman – même si le réalisme devrait l’emporter rapidement. Le problème de tous ces dirigeants serait donc surtout de ne se préoccuper que de leurs affaires nationales, d’être "isolationnistes" en quelque sorte, et d’oublier qu’ils doivent aussi gérer en commun la planète. Le risque climatique lié à cette évolution ne doit en particulier pas être négligé, et c’est donc à un désordre accru du climat que tout cela peut mener à terme. Or ce désordre est lui-même facteur de migrations… 

Jacques Sapir : Je ne crois pas à des changements radicaux dans les relations entre les Etats. Le fait nucléaire s’impose à tous et conduit à une forme de prudence dans les relations internationales. Mais je pense que le phénomène de "démondialisation" [2] que j’avais évoqué dans mon livre de 2011 s’accélèrera. Cela se traduira par le retour en force de pays (la Russie par exemple) qui semblent, eux, encore maître de leur destin. Effectivement, un nouvel ordre mondial, certainement plus conservateur mais aussi plus stable, pourrait en émerger.

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 25/07/2016 - 10:11 - Signaler un abus Un nouvel ordre mondial plus conservateur

    c'est grave docteur? Ca fait mal aux Bobos.

  • Par D'AMATO - 25/07/2016 - 10:13 - Signaler un abus Et alors quoi....?

    ...il faudrait continuer à voter pour des nuls de droite ou de gauche... J'espère bien que ça va changer du tout au tout.... Donald TRUMP a déjà catalogué la FRANCE et SES poitics....et il a raison de le dire.... ...et quid de cette pilicière courageuse. Ca ne suffit plus de vouloir sauver à tout prix la fece...DES RESULTATS ou oa moins dews DISPOSITIONS tangibles.

  • Par Yves3531 - 25/07/2016 - 10:31 - Signaler un abus Pour la France...

    si on n'avait cette bande de pieds nickelés depuis 2012 à ne pas savoir que faire des manettes qui leur ont été confié, il n'aurait pas ce type de blabla...

  • Par Marie-E - 25/07/2016 - 10:36 - Signaler un abus et encore un bisounours pour nous

    dire pour qui il ne faut pas voter J'aime particulièrement la phrase : " l’exaspération semble plutôt favoriser à ce stade les candidats qui s’appuient sur un discours "nationaliste" anti-immigration, qui prend très fréquemment en Occident une tonalité clairement anti-Islam" Pourquoi à votre avis, ce sont les chrétiens, les bouddhistes, les juifs, les athées qui font depuis 2012 les attentats en Europe

  • Par Paul Emiste - 25/07/2016 - 10:42 - Signaler un abus Vous avez dit EU/RSS

    Le probleme c´est que l´Europe de Bruxelles devient de plus en plus totalitaire, on n´est de plus en plus proche du "Col Mao" pour tous.

  • Par vangog - 25/07/2016 - 11:52 - Signaler un abus Christophe Bouillaud, toujours dans ses dogmes

    et ses stéréotypes gauchistes...la science-pipologie dans toute sa médiocrité! Je ne vois pas en quoi le fait de protéger ses frontières contre l'invasion musulmane, comme le fait intelligemment le Danemark, "piétine les droits de l'homme"????? Mais si le science-pipologue l'affirme, alors cela doit être vrai... Et un Jacques Sapir lucide et visionnaire...bref, une conception ancienne du monde s'appuyant sur le mensonge et la manipulation s'oppose à une conception moderne et adaptative, respectueuse des peuples et des cultures...les Nations contre le mondialisme dogmatique!

  • Par Lafayette 68 - 25/07/2016 - 12:00 - Signaler un abus et même un petit mot sur le réchauffement climatique!

    Bouillaud me fatigue

  • Par Phlt1 - 25/07/2016 - 12:42 - Signaler un abus .?.

    Pas mal de prise de conscience dans tout ça: c'est déjà ça.!. Ensuite l'exaspération des peuples ne vient pas des crises économiques et sociales, mais bien de la conduite pervertie des peuples par ceux qui les gouvernent. Non, ce n'est pas récent: les français ont mis Le Pen au deuxième tour il y a plus de 10 ans.!. Mais aucun responsable politique n'a compris le signal. La classe politique, et l'élite qui l'accompagne vivent dans un monde fermé, pétrifié par le déni de réalité, et largement influencé par l'idéologie de gauche jusque dans une large droite. Ils sont déconnectés de toute les valeurs. Il n'y a en France absolument aucun homme ou femme politique à la hauteur des enjeux , absolument PERSONNE.!. Ces politiciens et politiciennes sont tristes, médiocres, assez bêtes en général. Ils n'ont aucune vision parce qu'ils n'ont aucune conscience des réalités et de l'urgence des réalités. Ils sont arrogants, prétentieux, et très limités intellectuellement. J'en connais plusieurs, et pas des moindre: à part avoir fait de la politique leur métier, ils sont aussi compétents en politique que je le suis en physique chimie.!. Nuls.!. Ils ne comprennent pas le 21ème siècle.

  • Par joke ka - 25/07/2016 - 19:02 - Signaler un abus ". En fait, ce n’est pas tant

    ". En fait, ce n’est pas tant la grogne sociale qui est dangereuse, que la détérioration à terme de la qualité – si j’ose dire – de la population." Alors Christophe Bouillaud est pour un remplacement de peuples puisque ceux actuels ne lui conviennent pas ? il faut des "zélites" pensantes (le Siècle,Franc Maçonnerie) qui s'arrogent le droit de décider malgré les réticences du peuple ignorant (les sans dents)qui n'a le droit que de se taire puisqu'il vote mal

  • Par Arbannais - 25/07/2016 - 20:47 - Signaler un abus "...ni Donald Trump, ni

    "...ni Donald Trump, ni Marine le Pen, n'ont de chances d'être élus..." sauf qu'un autre article sur ce même site nous apprend que Trump est en tête des intentions de vote. Bizarre...

  • Par lepaysan - 25/07/2016 - 23:44 - Signaler un abus L'oligarchie parisienne qui nous gouverne

    L'oligarchie parisienne qui nous gouverne impose aux français un modèle collectiviste, sur administré et idéologique dont les français ne veulent pas. Faut pas s'étonner si ca pète de partout Oligarchie = BoBo écolo parisiens, énarques, macons, think tank, etc généralement payés par le secteur public.

  • Par Outre-Vosges - 26/07/2016 - 15:10 - Signaler un abus Il ne faut pas oublier…

    que le rôle de Christophe Bouillaud et de Jacques Sapir n’est pas de nous donner des idées exactes sur la société dans laquelle nous vivons mais d’apprendre à leurs étudiants quelles sont les opinions politiquement correctes qu’ils doivent professer pour faire carrière dans la fonction publique. Inutile de préciser que tonner contre la droite y fait partie du B A BA. On peut simplement se demander ce qu’ils font sur Atlantico : comme nous ne sommes pas leurs étudiants et n’avons aucune mauvaise note à redouter de leur part, leurs sornettes n’ont aucune chance de nous convaincre.

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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Jacques Sapir

Jacques Sapir est directeur d'études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), où il dirige le Centre d'Études des Modes d'Industrialisation (CEMI-EHESS). Il est l'auteur de La Démondialisation (Seuil, 2011).

Il tient également son Carnet dédié à l'économie, l'Europe et la Russie.

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