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Double peine génétique : pourquoi les migraineux ont aussi très souvent mal au ventre (et devraient se réjouir de cette découverte scientifique)

On estime que la migraine touche 20% de la population générale, soit 11 millions de personnes en France. Un nouveau gène commun aux troubles gastriques et migraineux vient d'être découvert, confirmant les origines biologiques de cette affection et suscitant de nouveaux espoirs de traitement. Bien qu'une composante génétique ait été soupçonnée depuis très longtemps, seules des formes rares de migraine ont, jusque-là, été associées à l'expression de gènes.

Jus de crâne

Publié le - Mis à jour le 4 Mars 2016
Double peine génétique : pourquoi les migraineux ont aussi très souvent mal au ventre (et devraient se réjouir de cette découverte scientifique)

Atlantico : Un nouvelle recherche (voir ici) a démontré que les problèmes gastriques avaient un gène commun avec la migraine. Est-ce un fait que vous avez déjà pu constater lors de vos consultations ? 

Tobias Kurth : Oui, c'est en effet très courant et très connu des spécialistes de la migraine que des patients migraineux souffrent aussi souvent de troubles gastro-intestinaux, et ce mécanisme marche aussi dans l'autre sens.

 

Les symptômes communs de troubles gastro-intestinaux incluent des douleurs abdominales ou des crampes, une sensation de ballonnement, des gaz et de la diarrhée, ou la constipation.

La migraine est une variété de maux de tête récurrents, caractérisée par une forte intensité des douleurs et la survenue fréquente d'autres symptômes tels que des nausées et/ou une sensibilité à la lumière et au bruit.

La découverte de ce nouveau gène commun aux problèmes gastriques et à la migraine est-elle une avancée scientifique importante ?

Oui, c'est une étude intéressante pour la recherche sur la migraine. Les mécanismes de la migraine restent mal compris et ses causes sous-jacentes difficiles à cerner. L'identification de ce dénominateur génétique commun entre les troubles migraineux et gastriques permet d'éclairer les origines biologiques de cette affection fréquente et invalidante. C'est une preuve de plus que la migraine n'est pas seulement due à des facteurs environnementaux, mais aussi à des facteurs génétiques. Par exemple, la migraine touche 3 à 4 fois plus souvent les femmes que les hommes. Il y a aussi des familles où la migraine se transmet de génération en génération, et d'autres où personne n'en souffre.

C'est aussi une découverte particulièrement intéressante parce qu'elle associe un gène à deux maladies, donc donne à long terme la possibilité de concevoir un médicament à la fois efficace contre les troubles gastriques et la migraine en même temps.

Y a-t-il d'autres gènes identifiés comme responsables de la migraine ?

Avec mon équipe de recherche , grâce à l'analyse des données génétiques de plus de 23 000 femmes qui ont participé à l'étude "Women’s Genome Health Study", dont plus de 5 000 migraineuses, nous avons identifié des associations entre la migraine et des variants de trois gènes : TRPM8, LRP1 et PRDM16. Ces associations génétiques ont été confirmées par l'analyse des données de trois études européennes indépendantes incluant des hommes et des femmes.

Parmi ces trois gènes, deux gènes sont clairement associés à la migraine: d'une part, le gène TRPM8, exprimé dans les neurones, dont le rôle a été mis en évidence dans la sensibilité au froid et la douleur (une des composantes de la migraine), et d'autre part, le gène LRP1, exprimé dans tout le corps, qui interagit dans le système nerveux avec d'autres protéines qui modulent la transmission de signaux entre les neurones. Le 3e gène, PRDM16, semble jouer un rôle aussi bien dans la migraine que dans les autres maux de têtes.

En tout, une vingtaine de marqueurs génétiques ont jusqu'ici été identifiés.

 
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Tobias Kurth

Tobias Kurth est directeur de recherche à l'unité Inserm 708 "Neuroépidémiologie".

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