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Le double jeu allemand : à la fois cheval de Troie des intérêts géopolitiques américains et géoéconomiques russes en Europe

Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale l'Allemagne est mue par une volonté de puissance économique. Cette orientation l'a conduite à faire des choix pragmatiques dans ses relations avec la Russie et les Etats-Unis.

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Le double jeu allemand : à la fois cheval de Troie des intérêts géopolitiques américains et géoéconomiques russes en Europe

Atlantico : Vladimir Poutine et l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder ont été vus en train de se faire une franche accolade lors des 70 ans de ce dernier à Saint-Pétersbourg. Il n'est pas le seul à faire preuve de cordialité à l'égard du président Poutine, l'ancien chancelier Helmut Schmidt a récemment déclaré que les opérations russes en Crimée étaient "parfaitement compréhensibles". Globalement, comment l'Allemagne se positionne-t-elle par rapport à la Russie ? Quelle part l'énergie prend-elle dans ces relations ?

Nicolas Mazzucchi : L'Allemagne connaît actuellement un gros problème de positionnement par rapport à la Russie, du fait de son double tropisme. D'un côté sa vieille alliance avec les Etats-Unis lui a permis de renaître, et ensuite de réunifier les deux Allemagne, mais de l'autre elle est objectivement alliée avec la Russie, et ce depuis l'Ostpolitik ("Politique vers l'Est", ndlr) de Willy Brandt dans les années 1970.

Ce tiraillement des élites allemandes explique la position actuelle d'Angela Merkel sur la crise ukrainienne. Bon gré mal gré, elle a été obligée de se rallier à la politique de sanctions, tout en étant le grand leader européen qu'on a le moins entendu.

Le couple énergie/matières premières prend une part prépondérante dans les relations entre l'Allemagne et la Russie. En effet l'Allemagne est une économie extrêmement industrialisée, et la Russie est le premier fournisseur au monde de matières premières pour l'industrie. Depuis les premiers accords entre l'Union soviétique et les pays européens dans les années 1970, l'Allemagne s'est conçue comme le hub énergétique de redistribution des hydrocarbures soviétiques puis russes pour l'espace européen. Le vrai siège de Gazprom en Europe se trouve en Allemagne, et énormément de personnalités allemandes, à commencer par Gerhard Schröder, se retrouvent dans les organes décisionnels de ces entreprises. On en voit un effet avec le projet Nordstream, décidé à la fin des années 2000 et qui entre en opérations actuellement, qui aboutit en Allemagne, point de ré-éxportation du gaz russe, notamment vers l'Europe centrale et orientale.

Angela Merkel a tout de même tenu des propos très fermes à l'encontre de Vladimir Poutine. Est-elle sincère, ou s'agit-il de déclarations de façade masquant les intérêts réels de l'Allemagne ?

Angela Merkel, et l'Allemagne dans son ensemble, est surtout très embêtée, car elle a besoin de la Russie. L'Allemagne, depuis les années 2000, a essayé de construire une sorte de dominion sur les Etats d'Europe centrale et orientale. Elle a poussé pour que ceux-ci entrent dans l'UE, ce qui lui a donné une prépondérance, puisque lorsqu'on regarde la structure économique de ces pays, on se rend compte que les premières entreprises sont souvent des filiales de sociétés allemandes. Néanmoins, ce dominion n'a pas pu se faire sans l'appui, et sans alliance tacite avec la Russie. Cette entente germano-russe fait très peur aux pays d'Europe centrale et orientale, et tout particulièrement à la Pologne. Celle-ci est consciente que ses deux voisins veulent mettre l'ensemble des pays de la région sous tutelle.

 
Commentaires

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  • Par pave777 - 01/05/2014 - 11:21 - Signaler un abus il n'y a que nos neuneux POLITICARDS de l'UMPS !

    Pour ne pas se rendre compte, que la locomotive européenne, le train blindé de Merkel, roule pour nos meilleurs ennemis ! et en premier lieu pour Barack Hussein Obama, qui finance le terrorisme par ses alliés saoudiens, protège son pays par un protectionnisme intelligent, et veux nous imposer le traité transatlantique pour nous ruiner définitivement ! c' est ensuite avec la Russie, puisque sans elle, et l'ost politik allemande, avec les anciens pays du bloc soviétique, il n'y aurait ni croissance, ni commerce extérieur excédentaire chez les teutons . Nous avons payé le fameux miracle allemand, avec nos déficits et nos 5 millions de chômeurs ! STOP, et sortons du machin européen !

  • Par Vipas - 01/05/2014 - 12:06 - Signaler un abus Une alliance nordique

    La géostratégie allemande vise le très long terme : une Alliance Nordique qui engloberait l'Occident (USA + UE) la Russie, la Sibérie et le Japon

  • Par Duffy - 01/05/2014 - 12:11 - Signaler un abus La grande Allemagne est de retour

    ELLE JOUE SUR TOUS LES TABLEAUX, jusqu'à ce qu'elle soit de nouveau "Uber Alles".

  • Par François Homeland - 01/05/2014 - 12:50 - Signaler un abus L'Allemagne défend d'abord les intérêts des allemands...

    comme les USA défendent ceux des américains et mon pote Vladimir ceux des russes. Il n'y a que la France pour oublier de défendre d'abord les intérêts des Vrais Français au profit d'une union européenne fantoche !

  • Par hgo04 - 01/05/2014 - 14:46 - Signaler un abus Les allemands defendent l'allemagne

    Nous, un idéologie nauséabonde: le mondialisme. Nous avons mis des bourrins à la tête de notre état, il ne fallait pas s'attendre à autre chose.

  • Par SteakKnife - 01/05/2014 - 14:51 - Signaler un abus L'Ostpolitik

    Ce n'est pas une alliance avec la Russie, c'est une politique de détente envers le bloc communiste. Il va falloir relire ses manuels d'histoire, ou au moins Wikipedia.

  • Par Sniper - 01/05/2014 - 16:20 - Signaler un abus Monsieur le géopoliticien

    Vous semblez oublier que ce qui constitue l'allemagne actuelle à toujours été attirée par l'Est de l'Europe (Drang Nach Osten) dès le 12ème siècle. Les chevaliers teutoniques, le SERG, les Habsbourg, l'allemagne Luthérienne, la colonisation sous Catherine II et m^me Hitler et Schroeder. Alors avec votre Ostpolitik de W.Brand vous nous faites rire. Les allemands avaient/ont bien compris que leur intérêt était à l'Est et pas de l'autre côté de l'Atlantique. Les allemands sont plus pragmatiques que nous, elle a deux fers au feu et elle s'en sert. Et nous comme des "cons" on regarde le train passer avec nos brillants UMPS

  • Par Sniper - 01/05/2014 - 16:27 - Signaler un abus Et puis

    j'avais oublié dans mon précédent message de vous dire que vous êtes bien à l'image d'un certain milieu. Il vous faut toujours trouver un bouc émissaire; alors l'Allemagne dans cette Europe, cela vous sied parfaitement. Allemagne cheval de Troie, vous savez ce qu'elle vous dit l'Allemagne "Leck Mich am Arsh" pour reprendre la célèbre phrase de Goetz von Berlichingen.

  • Par Marie-E - 01/05/2014 - 20:26 - Signaler un abus Il n'y a que la France

    qui ne comprend rien à la géo stratégie. Notre problème ce n'est pas le double jeu car nous on ne sert même pas les intérêts de la France et nos dirigeants ne comprennent rien à la mondialisation.

  • Par yavekapa - 03/05/2014 - 17:37 - Signaler un abus le grand malheur pour nous

    c'est que tous les pays défendent leur peuple SAUF LA FRANCE qui défend les étrangers à la France et se contrefout de ses citoyens de souche.

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Nicolas Mazzucchi

Nicolas Mazzucchi est géoéconomiste spécialiste des questions énergétiques. Il est chercheur associé à l’IRIS, fondateur du cabinet Polemos Consulting et professeur associé à l’Ecole de Guerre Economique, HEC et Sciences-Po Lille.

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