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Doper le pouvoir d'achat ?
C'est possible, en favorisant
la concurrence !

Pour rendre la vie chère moins chère, Emmanuel Combe propose de "faire baisser les prix en injectant de la concurrence". "Une solution efficace qui ne coûte rien budgétairement", selon lui.

La vie chère

Publié le

Face à l’inquiétude des Français sur leur pouvoir d’achat, les candidats à la primaire socialiste ont rivalisé de propositions, toutes plus inefficaces ou coûteuses les unes que les autres : “double coup de pouce” sur le SMIC pour Martine Aubry, blocage des loyers pour Arnaud Montebourg, etc.

La palme d’or revient sans conteste à Ségolène Royal qui a proposé ni plus ni moins que de revenir au blocage des prix… pour 50 produits essentiels : une solution qui relève de la politique de l’autruche puisqu’elle ne s’attaque en rien aux racines du mal mais se contente de reporter dans le temps la résolution du problème.

Peut-on proposer une véritable politique du pouvoir d’achat qui aille au-delà des effets de manche ? Dans une récente note publiée par la Fondapol, nous montrons qu’il existe une solution efficace et qui ne coûte rien budgétairement : faire baisser les prix, en injectant de la concurrence. Il ne s’agit pas de tomber dans le dogmatisme du « tout concurrence » mais d’identifier, au cas par cas, les secteurs dans lesquels un renforcement de la concurrence serait bénéfique pour le porte-monnaie des Français, sans porter atteinte à la qualité et à l’emploi.

Pour ceux qui doutent des gains de la concurrence, il suffit de regarder ce qui se passe  actuellement sur le marché de la téléphonie mobile. Bercy avait estimé en 2009 que l’entrée de Free conduirait à une baisse générale du prix des forfaits de 7%, soit un gain annuel de pouvoir d’achat de plus d’1,2 milliards d’euros. A vrai dire, la réalité a dépassé toutes les prévisions : redoutant l’arrivée de Free, les trois opérateurs ont lancé une véritable    « guerre des prix », en créant des filiales low-cost (Sosh pour Orange ; B&You pour Bouygues Telecom), en dynamisant leurs opérateurs virtuels (entrée du groupe La Poste sur le réseau SFR), en innovant sur le plan commercial (forfaits sans engagements et sans mobile, etc…). Bref, la concurrence a tiré tous les prix vers le bas, a élargi l’offre, sans jamais nuire à la qualité des produits ou à l’emploi.

Ce qui a marché dans la téléphonie mobile peut fonctionner dans d’autres secteurs, encore très fermés à la concurrence. Prenons un exemple parmi d’autres : celui des médicaments à « prescription médicale facultative » comme l’aspirine, qui ne nécessitent pas la consultation préalable un médecin. Il s’agit d’un marché de 5  milliards d’euros dont 2 milliards ne font l’objet d’aucun remboursement. Pourquoi des médicaments comme l’aspirine ne pourraient-ils être vendus en dehors des pharmacies puisqu’ils peuvent être utilisés de manière autonome par le patient ? Dans les pays nordiques, la Belgique, l’Italie ou le Royaume-Uni, l’ouverture à la concurrence s’est accompagnée de fortes baisses de prix, de l’ordre de 20% en Italie, sans pour autant que  la sécurité des patients n’ait été mise en danger.

Lorsque l’on évoque la concurrence, la crainte qui s’exprime aussitôt est celle du bon curseur, du bon dosage : jusqu’où peut-on aller pour faire baisser les prix ? Si la concurrence doit se traduire par une diminution de la qualité intrinsèque du produit –la sécurité par exemple- ou par une application au rabais du droit du travail, il s’agit d’une politique en trompe l’œil : ce que les consommateurs gagnent en prix, ils le perdent en tant que salariés ou en terme de qualité. Mais le renforcement de la concurrence n’implique pas nécessairement de sacrifier la qualité ou le droit des salariés sur l’autel des prix bas : à l’État de jouer pleinement son rôle de régulateur du marché, en fixant les règles du jeu. Par exemple, sur le marché des médicaments sans ordonnance, l’État pourrait ouvrir à la concurrence, tout en imposant aux nouveaux distributeurs la présence d’un diplômé en pharmacie sur le lieu de vente ou on-line pour garantir un service de conseil au patient. Entre l’immobilisme total et un libéralisme débridé, il y a place pour une voie médiane : la concurrence oui, mais pas … à n’importe quel prix !

 
Commentaires

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  • Par Cap2006 - 12/10/2011 - 08:03 - Signaler un abus vive la baisse des prix dans la téléphonie mobile...

    le pouvoir d'achat du plus grand nombre va sûrement s'améliorer de quelques euros par mois... J'espère que Mr Combe tirera le bilan des emplois perdus en France... En l'espèce, il suffisait d'imposer la localisation des plate-formes de gestion des clients en France ( ou à 80% même).. des investissements dans la fibre ou la couverture mobile...

  • Par laurentso - 12/10/2011 - 09:16 - Signaler un abus L'auteur pointe lui-même la difficulté de la tâche

    rétablir la concurrence dans une économie grevée par les oligopoles ou les monopoles. Il faudrait remettre en cause bien des intérêts, pour y arriver.

  • Par martel - 12/10/2011 - 09:20 - Signaler un abus le low cost est l'ennemi de la balance commerciale

    Votre raisonnement est dangereux Mr Combe. En effet, en favorisant le low cost (type LIDL ou autres), on pousse les distributeurs à chercher les produits les moins chers, ceux que l'on importe de Chine notamment... Le low cost favorise les délocalisations et accroit fortement notre balance commerciale... C'est unef ausse bonne idée.. Mieux vaut consommer moins souvent de produits de bonne qualité.

  • Par iznogoud - 12/10/2011 - 10:23 - Signaler un abus Le dogmatisme à l'épreuve des faits....

    "Bref, la concurrence a tiré tous les prix vers le bas, a élargi l’offre, sans jamais nuire à la qualité des produits ou à l’emploi." Eh oui ! A CHAQUE FOIS ! Transports aériens, téléphone, mutuelles de santé, etc. etc. etc. : contrairement à ce que nous raconte la gauche et qui semble intuitif, le consommateur à TOUJOURS eu (beaucoup) mieux, et AUCUN emploi n'a été perdu (au contraire).

  • Par iznogoud - 12/10/2011 - 10:25 - Signaler un abus le low cost N'EST PAS l'ennemi de la balance commerciale

    NON "martel" : faites le compte des emplois actuels dans les transports aériens, ou dans la téléphonie, et comparez à ce qui se passait à l'époque des monopoles ......

  • Par martel - 12/10/2011 - 11:26 - Signaler un abus @iznogoud

    quel rapport avec les monopoles? Au contraire, prenez l'exemple d'EDF qui avec ses prix bas tue la concurrence... les libéraux qui pronnent la concurrence devraient s'opposer au low cost qui encourage une politique fictive de la demande au détriment d'une poliique de l'offre basée sur des produits de qualité...made in france...

  • Par rue102361 - 12/10/2011 - 13:19 - Signaler un abus j'en été sur avant de tomber

    j'en été sur avant de tomber sur l'exemple des abonnements mobiles, enfin y a quelque chose de plus simple, l'autorisation du roaming sur du wifi, SIP+data gratos par sont abonnement ADSL.

  • Par DEL - 12/10/2011 - 23:54 - Signaler un abus Pas crédible...

    Les entreprises s'arrangent entre elles pour maintenir les prix artificiellement hauts: il y a eu des procès qui l'ont prouvé. Autre exemple: lorsque l'état a baissé les taxes sur les climatisations en Guadeloupe, les entreprises ont augmenté leur prix pour gagner plus. La seule solution c'est le contrôle, d'une façon ou d'une autre...

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Emmanuel Combe

Emmanuel Combe est vice-président de l'Autorité de la concurrence et professeur affilié à ESCP-Europe. Il est également professeur des universités.

Spécialiste des questions de concurrence et de stratégie d’entreprise, il a publié de nombreux articles et ouvrages, notamment sur le modèle low cost (Le low cost, éditions La Découverte 2011). Il tient à jour un site Internet sur la concurrence.

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