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Donneur de leçons en chef, mais quel bilan pour l’Etat actionnaire ?

Le ministre du Redressement productif a présenté mercredi en conseil des ministres son plan d'aide au secteur automobile, alors que PSA annonçait dans le même temps 819 millions d'euros de pertes au 1er semestre. Surprise, en mauvais pater familias, l’État privilégie Renault plutôt que Peugeot. Rien d'étonnant au regard de son bilan en tant qu'actionnaire...

On remet les compteurs à zéro !

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L’État actionnaire est parfois accusé de négligences regrettables par la Cour des comptes : dans le cas du plan Montebourg sur l’automobile, un curieux paradoxe saute aux yeux. Ce sont bien certainement les véhicules de Renault (gamme électrique) qui vont profiter du dispositif élaboré, par opposition aux modèles de PSA même hybrides telle la DS qu’affectionne le Président Hollande.

L’État actionnaire frôle un certain penchant nommé favoritisme.

Pourtant, en ces temps de grandes tensions budgétaires et de dette souveraine imposante, il est légitime de poser un regard analytique élargi sur l’État pris en sa qualité d’actionnaire. D’un côté, tout citoyen comprend qu’il s’agit d’une tâche ardue que de gérer les participations de l’État, de l’autre il attend légitimement des comptes des agents publics investis de cette noble tâche.

Partons – à titre exceptionnel – d’un point de fiction, si vous deviez vous présenter dans une banque privée avec un portefeuille de 132 millions d’euros pour un rendement de 7 millions (soit 5,3 %), des spécialistes avertis de chez Jean-Philippe Hottinguer ou de chez Neuflize OBC – par exemple - vous proposeraient sur le champ un audit patrimonial pour améliorer ce score.

Quittons la fiction pour énoncer les chiffres de l’Agence des participations de l’État : 134 milliards de chiffre d’affaires pour un résultat net de 7 milliards hors communication des chiffres consolidés de l’endettement des participations.

La première des difficultés du présent sujet est – hélas – relatif à l’endettement des participations de l’État. Si certaines structures ne posent pas de question, de grandes entreprises amènent des interrogations inquiètes voire vivaces. Le poids de la dette de Réseau Ferré de France (RFF) est important tandis que l’exhaustivité du passif social de la SNCF ne semble pas établi en fonction des dernières tables de mortalité qu’il convient d’utiliser. Autrement dit, loin d’une gestion en bon père de famille (le "pater familias"  du droit romain), le suivi de la dette des grandes entreprises publiques interpelle régulièrement la Cour des comptes qui ne reçoit en retour de ses observations que des circonvolutions certes talentueuses, mais peu porteuses de changement.

Quand verra-t-on un ministre dire à l’opinion le service de la dette de notre système de transport ferroviaire, en allant de la SNCF et de RFF mais aussi de la RATP et de certains segments du STIF (syndicat des transports d'île-de-France) ?

Il ne serait pas choquant que la Nation connaisse le coût de l’effet-TGV, qui a favorablement révolutionné la vie des citoyens depuis 30 ans. Le coefficient d’acceptation de cet effort - sur lequel nous tablons sans ambages - éviterait peut-être alors à certains ministres réputés avisés de vouloir geler en 2012 une liaison TGV fondamentale : Lyon-Milan. Le terme de politique de gribouille étant inutilement vexatoire, nous parlerons du jeu d’un acteur erratique qui va faire stopper des tunneliers au nom de quelques millions (ou milliards), là où le bilan coût-avantage (expression du Conseil d’État) montre que cette opération relève de la loi de Say : l’offre crée sa propre demande.

Il y a une demande pour un lien aisé entre Rhône-Alpes et le Nord efficace de l’Italie : le nier est absurde et aurait fait bondir le spécialiste des questions de transport qu’est le Doyen Pierre Bauchet (ancien Président de l’Université Paris 1 Sorbonne et membre de l’Académie des sciences morales et politiques). En démocratie, il paraît toujours choquant qu’un homme entouré d’un cabinet armé de stylos rouges gomment l’engagement de l’État et mutilent des projets d’avenir, alors que tout le monde sait que la reprise des travaux aura un surcoût considérable et qu’elle arrivera tôt ou tard : "whether you like it or not !" . Solitude naissante du pouvoir de Bercy et irrationalité économique et écologique de la décision sont la conclusion qu’impose la situation récemment annoncée.

Il y a donc des réflexions de sciences politiques à mener non pas tant sur la décision publique que sur les arbitrages financiers ou budgétaires.

Pierre Mendès-France a parfois été amené à expliquer à la Nation des choix douloureux mais positifs à long terme : pourquoi la bougie de son école de pensée vacille-t-elle à ce point ? Pourquoi n’aurait-elle pas la place et le rayonnement d’un phare comme celui majestueux de Cordouan ?

Évidemment, toutes les participations de l’État ne sauraient avoir le charme suave de la rentabilité de la Française des Jeux, mais convenons que des infrastructures bénéfiques méritent des sacrifices au nom d’une vraie conception de l’Europe.

Au demeurant, un exemple industriel de gel de crédits est connu : c’est celui du Rafale et là encore, la Cour des comptes a stigmatisé les dérives budgétaires du programme. L’État client prépondérant et - hélas à ce jour unique - peut aussi être erratique que dans la gestion de ses biens.

Ces illustrations démontrent sans risque de contradiction crédible que des dépassements de budgets proviennent de la manière technique dont les choix stratégiques et politiques sont appliqués in concreto.

 
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  • Par boblecler - 26/07/2012 - 13:21 - Signaler un abus Le bilan de l'Etat est très

    Le bilan de l'Etat est très positif vu l'état des infrastructures et l'éco système pour les PME et les grands groupes. Les patrons ne pensent qu'à leur seul rémunération et méprisent l'innovation et le marketing et se plaignent que les Français ne consomment plus français

  • Par esteld - 26/07/2012 - 19:43 - Signaler un abus M Boblecler

    Vous vous foutez de la gueule de qui? "L'ecosysteme pour les PME" c'est quoi? L'inspecteur du travail qui ferme les yeux sur le fait que j'ai un employé qui travaille seul (nous sommes 2 donc c'est frequent) tant qu'il n'y a pas d'accident (et si yen un?).ou encore l'etat qui réclame 2 fois les accomptes de TVA en me disant que nous serons remboursé en fin d'année (essayez avec vos accomptes d'IR) . Et j'en ai beaucoup d'autre du meme accabit.

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Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est spécialiste en conseil de haut de bilan. Il dirige le Cabinet Archer et est gérant de Archer 58 Research, une société de recherches économiques fondée en mai 2012.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'E.N.A, promotion de 1985, et est titulaire d'un doctorat en Economie à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Pour son site, c'est ici.

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