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Donner l'envie d'entreprendre, c'est bien... En donner les moyens, c'est mieux

Il n’existe pas moins de 6 statuts différents pour le créateur d’entreprise individuelle, 5 régimes sociaux et 3 régimes fiscaux, quasiment tous compatibles avec chacun des statuts…

Les entrepreneurs parlent aux Français

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Donner l'envie d'entreprendre, c'est bien... En donner les moyens, c'est mieux

La France a conçu un des systèmes de création d'entreprise les plus complexes au monde.  Crédit Reuters

La France est un pays d’entrepreneurs… et de multiples formes d’entreprises sont prévues par la Loi !

Il faut reconnaître que le bilan est particulièrement alarmant. Au grès des lois, règlements, réformes législatives et aménagements administratifs, nous avons conçu une des palettes de possibilités pour la création et la gestion d’entreprise les plus complexes au monde. Il n’existe pas moins de 6 statuts différents pour le créateur d’entreprise individuelle, pas moins de 5 régimes sociaux, de 3 régimes fiscaux, quasiment tous compatibles avec chacun des statuts… Le constat n’est évidemment pas plus glorieux sur la gestion administrative de ces régimes et statuts, le millefeuille ou l’éventail des organismes gérant ces aspects étant devenu un parfait embrouillamini ! Le créateur se trouve finalement dans l’impérieuse nécessité d’avoir à ses côtés expert-comptable, avocat, notaire, banquier, consultant, pour qu’ils éclairent la lanterne du béotien qu’il est.

A cela, deux résultats : jalousie et perte de productivité. Pas étonnant tout d’abord que dans un tel contexte, les uns envient les outils avec lesquels les autres entreprennent, incapables qu’ils sont de mesurer les avantages ou les inconvénients de leur propre outil. Pas étonnant non plus que la fameuse "taxe complexité" fasse les choux gras des organismes patronaux, tant le quotidien de l’entrepreneur est parfois lourd de paperasses et autres servitudes.

Le régime de l’auto-entrepreneur est un des derniers à avoir vu le jour… Par abus de langage, de communication ou de complexité, on considère souvent à tort qu’il s’agit d’un statut alors qu’il ne s’agit là que d’un régime fiscal et social. Ce dispositif n’avait en réalité aucune chance de rencontrer le succès qu’on lui connait (avec près de 320 000 auto-entreprises créées par an) s’il n’avait fait que rajouter une couche aux autres couches déjà poussiéreuses de l’éventail juridique (sort d’ailleurs rencontré sans grande surprise par son cousin l’EIRL). Mais ce n’en fut pas ainsi car deux marqueurs différents sont venus apporter à ce dispositif le carburant qui manquait aux autres : simplicité et lisibilité. Outre la mise en place d’une procédure simplifiée de déclaration d’activité, l’intérêt de ce nouveau dispositif réside effectivement dans un mode de calcul et de paiement simplifié des cotisations sociales et de l’impôt sur le revenu.

Certes, ce régime n’est pas parfait, et il est sain de le dire. Le législateur l’a d’ailleurs bien compris en le faisant évoluer 11 fois en 4 ans, pour répondre à de nombreuses situations non prévues initialement. Certes, les résultats peuvent être modérés et l’on peut noter que parmi les auto-entrepreneurs, 50 % d’entre eux ne dégagent pas de chiffre d’affaires. Certes, on peut concéder que les risques de travail souterrain ou de salariat déguisé ne sont pas inférieurs aux autres régimes et statuts, tout en faisant remarquer qu’ils ne sont pas supérieurs non plus. Certes, on peut disserter sur l'exonération de TVA, mais elle n'est ni un avantage, ni un inconvénient en termes financiers puisque l'auto-entrepreneur ne la récupère pas mais ne la facture pas non plus. Certes, on peut se moquer en estimant que vu les faibles chiffre d’affaires générés par les auto-entrepreneurs, ce régime n’est qu’une "trappe à pauvreté" ou une "fabrique de tacherons", mais de là à y préférer les allocations sociales…

On a ainsi voulu le réformer en profondeur… S’il fallait trouver un seul avantage au projet de Loi Pinel, c’est qu’il a malgré tout permis de briser la glace qui oppose depuis trop longtemps défenseurs et détracteurs de ce régime. La commission Grandguillaume permet enfin, pour la première fois en dix ans, de prendre de la hauteur et de penser sereinement la création de l’entreprise individuelle de demain. Notre chance est que le régime, qui a servi ainsi de "laboratoire" depuis près de 5 ans, donne plusieurs premières pierres à ce chantier. Nous pouvons nous inspirer tant de ce qui a fait sa force, que de ce qui fait sa faiblesse et affirmer sereinement que les Français, pour entreprendre en confiance, ont besoin de clarté, de simplicité et d’accompagnement.

Dans un pays qui peine à redémarrer sur le plan économique, avouons que cette remise à plat de la manière d’entreprendre en France arrive à point nommé ! La jeune génération qui crée les entreprises de demain ne comprendrait pas qu’on laisse proliférer cette complexité, tant dans les démarches de création, que dans celles de gestion ou de développement. A l’heure de la dématérialisation, il est heureux et productif que nous puissions réaliser en ligne de nombreuses procédures. Il est heureux que nous puissions engager une vraie réflexion sur l'harmonisation des mesures de simplification des statuts et des cotisations, ceci pour toutes les entreprises individuelles. Il est heureux que nous puissions continuer à répandre l’idée et son application que la création d’entreprise n’est pas un parcours du combattant !

Certes, le chantier est ample, technique ; il concerne près de 3 millions d’entrepreneurs en France, qui ne recherchent pas tous le même objectif. Créer, gérer, se protéger, investir, s’endetter, gagner des marges, embaucher, reprendre, céder : à chaque étape de la vie de l’entreprise correspond une nouvelle démarche qui peut être sociale, fiscale, juridique, patrimoniale et financière, ou tout à la fois. Un statut unique du travailleur non salarié comme socle de base pourrait largement combler ces attentes tout en maintenant une simplicité indispensable à la croissance.

 
Commentaires

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  • Par my3cents - 14/10/2013 - 15:39 - Signaler un abus +1

    Deux statuts max. Ca devrait suffire. SAS ou individuel.

  • Par jerem - 14/10/2013 - 19:57 - Signaler un abus l'exonération de TVA, mais elle n'est ni un avantage......

    "on peut disserter sur l'exonération de TVA, mais elle n'est ni un avantage, ni un inconvénient ,en termes financiers" Certes pas ... surtout pour tous les metiers de conseils qui n'achetent aucun produit a vendre . Aucun avantage en effet . Entre une entreprise qui fournit sa prestation intellectuelle avec 19.6% de tva et un auto entrepreneurs qui fournit une prestation immateriel (tient prenons de la formation , du coaching, du conseil en général ) , il ya juste 20% de concurrence immediate et gratuite (qui ne coute rien a l'auto entrepreneur en fait) Gregoire leclercq c'est bien gentil d'adoucir le discours apres des mois de pipeau sur le fameux million de createur d'entreprise et la soi disante niche qui n'existe pas et qui coutait deja dans le rapport 2011 de 'linspection general des finances 200 millions

  • Par jerem - 14/10/2013 - 20:00 - Signaler un abus Mais oui bien sur !

    Raser gratis .... c'est meme une idée bien fumeuse .... Sinon pour les contrats de travail déguisés et le black, vous proposez quoi en guise de "simplification"

  • Par jerem - 14/10/2013 - 20:04 - Signaler un abus Ah oui la genération Y !

    "La jeune génération qui crée les entreprises de demain" . on se croirait chez Soumier qui ne connait en termes de creations que deux choses: 1- l'auto entrepreneur 2- les starts-up qui se revendent 5 ans apres leur démarrage A part cela avant l'arrivé des jeunes générations , on espere que les generations plus agées (du genre des quadra qui a 46ans sont des "senoirs" ) arrivent a creer des entreprises et meme a creer des choses avec des ingenieurs qui ne sont pas necessaires frais moulus sorties d'une formation dispensée par des ancetres ..... Le jeunisme a tout crin .... Soumier nous la sort en continue. EURL, SARL , SA ca c'est mort !!!! start up (en plsu en anglais c'est so cool) il n'y a que cela de vrai.

  • Par jerem - 14/10/2013 - 20:08 - Signaler un abus "de là à y préférer les allocations sociales"

    ah oui l'auto entrepreneur comme solutions au chomage ....on la connait novelli nous la sort en continu apres avoir balayé d'un revers le contrat de travail déguise et le travail au noir C'est bien dommage que dans les dernieres vagues de votrre observatoire constitué par Opinion Way vous ayez le manque de générosité a produite la part de chomeur de votre echantillon représentatif . Car fin 2011 ils apparaissaient pour 9% dont 5% indemnisés et 4% non indemnisés ..... Et delà a parler de fond de roulement et de gestion de tresorerie dans le démarrage d'une activité , il y a aussi des marges , pas vrai ?

  • Par Loupdessteppes - 14/10/2013 - 20:18 - Signaler un abus Oui à l'auto-entreprise !

    Et non aux donneurs de leçons, loosers fonctionnarisés.

  • Par jerem - 14/10/2013 - 20:21 - Signaler un abus Atlantico:on attend la prochaine livraison sur l'auto-entreprise

    histoire de continuer , à l'identique , à apporter les commentaires qui vont bien http://www.atlantico.fr/decryptage/statut-auto-entrepreneurs-qu-faut-reformer-et-quoi-ne-faut-surtout-pas-toucher-erwan-noan-pascal-nguyen-814506.html http://www.atlantico.fr/decryptage/abus-ideologie-qu-on-perdrait-vraiment-en-supprimant-statut-auto-entrepreneur-herve-novelli-gilles-saint-paul-819193.html

  • Par jerem - 14/10/2013 - 20:23 - Signaler un abus l'analyse de l'ordre des experts comptables

    que ne nous a til servi l'analyse de l'ordre , le bon ministre Novelli et que n'ont répété le ministre , les gentils journalistes..... elle disait quoi l'etude de l'ordre en 2010. que le retraité auto-entrepreneur consultant payait en charges et impot pour 7000 euros de chiffres d'affaires 1435 euros quand celui qui etait dans activité sous le statut de la micro entreprise payait avec le meme CA: 2033 euros soit 42% de plus ... Effectivement aucun element de concurrence possible pour proposer des prestations a moins cher ..... MAIS MIEUX , l'ordre des expert a mis en ligne un simulateur et donc on a pris l'hypothese d'un salarié consultant faisant 5000 euros ht de ca avec 1000 euros de charges..... quelle surprise charge en format auto entrepreneur :1245 euros au format micro entreprise : 2302 euros .... Effectivement aucun concurrence ..... on n'evoque pas la facturation sans tva qui n'a aucun impact pour l'entreprise qui recupere sa tva deductible.... mais en cas de prestation a un particulier ou une association .... c'est royal on rajoute les 19,60% d'ecart de prix à l'appel d'offre lors du devis .... NON effectivement aucune concurrence déloyale de fait

  • Par jerem - 14/10/2013 - 20:29 - Signaler un abus plus que la date de naissance

    il serait plus adapté de préciser : http://fr.viadeo.com/fr/profile/gregoire.leclercq EBP cela parle davantage que le jour et le mois de naissance.

  • Par jerem - 14/10/2013 - 20:48 - Signaler un abus Suggestion pour la prochaine livraison d'Opinion Way

    on serait ravi de voir dans la prochaine vague de l'observatoire de l'auto entrepreneur : 1- la part des chomeurs dans l'echantillon (et pas une fusion soudaine avec l'ensemble des "sans autres activités" qui ferait croire que dans 49% de la population de l'echantillon la majorité sont des chomeurs quand ils n'etaient que 9% parmi les 49% a fin 2011) 2- connaitre la taille de l'entreprise et sa nature de ceux qui exerce l'auto entreprise a coté d'une activité salariée que l'on prenne la mesure du confort pour les chauffés du ticket restau et du CE et des fonctionnaires a journées de recuperation a répétition . Voila qui mettrait un bien meilleur eclairage plutot que la présentation de l'arbre qui cache la foret comme lorque les "agriculteurs" parlent de "leurs difficultés'" et nous mettent le berger de savoie en ne parlant surtout pas trop du bon cerealier ...

  • Par jean fume - 14/10/2013 - 22:44 - Signaler un abus La France a multiplié les statuts pour appâter le chaland.

    En effet, il est nécessaire en France de multiplier les offres pour une raison simple. Elle tient au fait que la durée de vie des entreprises nouvelles est faible. Là aussi la raison en est simple. Bien des entrepreneurs s'arrêtent, dès qu'ils ont compris qu'en France, quel que soit le statut, la seule finalité d'une entreprise, est d'engraisser les fonctionnaires. Dès lors, il y a beaucoup de turn-over, et donc il faut multiplier les offres pour renouveler le stock.

  • Par jerem - 14/10/2013 - 22:59 - Signaler un abus @ Loupdessteppes - 14/10/2013 - 20:18

    " Certes, les résultats peuvent être modérés et l’on peut noter que parmi les auto-entrepreneurs, 50 % d’entre eux ne dégagent pas de chiffre d’affaires." ououououh le looo le loooser

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Grégoire Leclercq

Grégoire Leclercq, né le 03 février 1983 à Valence, est diplômé de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint Cyr, Ingénieur en Informatique, titulaire d’un master en Droit Pénal, et du MBA d’HEC Paris.

Président depuis mars 2009 de la Fédération des auto-entrepreneurs (association professionnelle forte de 63000 membres). Cette structure accompagne dans leur développement les créateurs, leur fournit information, conseil juridique et fiscal, et formations. Elle joue un rôle majeur dans la défense du régime et son évolution dans le temps, tant auprès des pouvoirs publics que des médias.

Il est le co-auteur de l’ouvrage L’auto-entrepreneur pour les Nuls (Broché, 320 pages, Editions Générales First du 18 novembre 2010).

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