Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 26 Mai 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Données personnelles sur Internet : ces consentements faussement libres qu’on nous extorque

Les entreprises, grâce aux données personnelles que vous leur transmettez en connaissent plus sur vous que votre conjoint. Le font-elle avec votre consentement ? Oui. Ce consentement était-il libre et éclairé ? Rien n'est moins sûr.

Vie privée ? Oubliez

Publié le
Données personnelles sur Internet : ces consentements faussement libres qu’on nous extorque

Atlantico : Peut-on vraiment parler d'un consentement libre et éclairé lorsqu'il s'agit d’agréer aux conditions d’utilisation et de partage de nos données personnelles sur internet ? Et surtout, lorsque l'on sait que lesdites « conditions » sont plus longues à lire qu’un épais grimoire antique, à l’image par exemple du service « Itunes »  de la firme Apple? Ne devrait-on pas plutôt parler de « consentement prisonnier », confinant finalement à une forme de « servitude volontaire » ?  

Franck Decloquement : Par quels mécanismes psychologiques étranges, les individus attribuent-ils à leur « libre arbitre », des comportements qui sont en fait déterminés par des pressions sociales ou commerciales labiles ?

Toutes ces interrogations sur la « soumission librement consentie » ont été de très longue date expérimentées puis explicitées par les brillants théoriciens de la psychologie sociale. Au nombre desquels l’indispensable duo Français, Jean-Léon Beauvois et Robert-Vincent Joules, avec leurs études sur « la psychologie de l’engagement ». Ou encore, l’un des maitres en la matière, l’excellent psychologue social américain Robert B. Cialdini. Plus récemment encore, et dans le même ordre d’idées, les mécanismes d’orchestration de la rumeur qui défient souvent notre entendement ont été parfaitement explicités dans un registre proche par l’expert Laurent Gaildraud dans son livre du même nom. Je renvoie d’ailleurs nos lecteurs plus particulièrement intéressés par ces sujets non conventionnels passionnant, à la redécouverte indispensable de leurs ouvrages emblématiques.

Des livres qui passent également en revue un grand nombre des principales théories et expériences de la psychologie sociale. L’un des meilleurs restant selon moi l’excellent « traité de la servitude libérale / analyse de la soumission » de Jean-Léon Beauvois datant de 1994. Tous les effets narrés dans ces ouvrages sont évidemment démultipliés de nos jours par l’hybridation récente des dernières trouvailles expérimentales d’essence numérique et neuroscientifiques. Par définition pourrions-nous dire, afin de résumer simplement cette affaire, le « consentement » qui nous est quémandé par les organisations de tous poils ou les firmes multinationales à des fins commerciales ou marketing, est censé découler d’un choix initialement « libre et éclairé » de notre part. Faudrait-il encore pour ce faire qu’il soit une résultante véritable de notre libre arbitre, alors que rien n’est moins sûr. Pour le dire autrement : ou dire « non » resterait une option « envisageable » et « mobilisable » à tout moment par chacun de nous, à l’issue d’un simple examen de conscience. Hors dans les faits, ce n’est que très rarement le cas naturellement, puisque à une réponse négative de notre part correspond immédiatement une sanction / privation / suppression des services « appâts » proposés à nos intellects par leurs fournisseurs. Services bien évidemment addictifs sur le plan cognitif, et conçus comme tels, afin de les rendre parfaitement indispensables à nos psychismes postmodernes.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Raymond75 - 14/02/2018 - 17:04 - Signaler un abus Il suffit de ne pas utiliser ces logiciels

    Je n'ai pas de smartphone, ne suis utilisateur d'aucun 'réseau social', utilise un bloqueur de pub sur Internet, utilise 'startpage' comme logiciel de recherche, ne conserve aucun cookie, et je me désabonne immédiatement dès que je reçois un spam.

  • Par Essen - 14/02/2018 - 19:40 - Signaler un abus Idem que Raymond75

    Je ne suis pas utilisateur de réseaux sociaux (ils sont proscrits à la maison). Pas de smartphone non plus : j'ai un téléphone dont l'utilité originelle (on l'oublie trop souvent) est de téléphoner ! Si je veux regarder la télé, j'allume cet instrument extraordinaire qu'est la télévision. Si je veux surfer sur internet, j'ai un ordinateur particulièrement bien protégé ! Etc... Nous avons créé des besoins qui ne sont que futilités : avoir des infos tout de suite, pleins d'amis virtuels,... Tout ceci n'a qu'un but : remplir le vide abyssal de nos vies. Sauf que celui-ci n'est plus lorsque l'on mène une vie "normale" Après, cela arrange nos politiques car le peuple accepte de se faire lobotomiser avec le sourire

  • Par OLYTTEUS - 14/02/2018 - 20:13 - Signaler un abus Qwant en moteur de recherche

    et abandon des réseaux sociaux: telle est ma pratique depuis quelques mois. Qwant est,à présent,aussi performant que les autres.

  • Par edac44 - 15/02/2018 - 14:28 - Signaler un abus Sortez couvert !...

    Pour vos lecteurs pas encore versés dans le grand banditisme =======================================================> http://bit.ly/2EsJLEy =======================================================> http://bit.ly/2Et3LLm

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Franck DeCloquement

Franck DeCloquement est praticien et expert en intelligence économique et stratégique (IES). Membre fondateur du Cercle K2 et ancien de l’Ecole de Guerre Economique de Paris (EGE), il est en outre professeur à l'IRIS (Institut de Relations internationales et stratégiques) en "Géo-économie et intelligence stratégique". Il enseigne également la "Géopolitique des médias" en Master 2 recherche "Médias et Mondialisation", à l'IFP (Institut français de presse) de l'université de Paris II Panthéon-Assas. 

Franck DeCloquement est aussi spécialiste sur les menaces Cyber-émergentes liées aux actions d'espionnage économique et les déstabilisations de nature informationnelle et humaine. Il est en outre intervenu pour la SCIA (Swiss Competitive Intelligence Association) à Genève, aux assises de la FNCDS (Fédération Nationale des Cadres Dirigeants et Supérieurs), à la FER (Fédération des Entreprises Romandes à Genève) à l’occasion de débats organisés par le CLUSIS - l'association d’experts helvétiques dédiée à la sécurité de l'information - autour des réalités des actions de contre-ingérence économique et des menaces dans la sphère digitale. 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€