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Donald Trump, ce bug dans la matrice des campagnes électorales : comment le candidat républicain a-t-il pu déjouer à ce point tous les pronostics (et un tel scénario est-il imaginable en France) ?

Il y a encore dix mois, les médias le considéraient comme un clown. Aujourd'hui, le multi-milliardaire est presque assuré de représenter le parti Républicain à la présidentielle américaine. Rejet de l'establishment, stagnation des salaires et sentiment de déperdition de l'identité américaine ont formé un contexte favorable à son ascension, que n'ont pas relevé la majeure partie des observateurs politiques.

Cygne noir

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Donald Trump, ce bug dans la matrice des campagnes électorales : comment le candidat républicain a-t-il pu déjouer à ce point tous les pronostics (et un tel scénario est-il imaginable en France) ?

Atlantico : En juin 2015, Donald Trump annonçait sa candidature aux primaires du parti républicain pour l'élection présidentielle de 2016. Au départ considérée comme une candidature marginale, l'ascension de Trump n'a cessé de défier les pronostics des différents politologues. Avec le recul, et alors que Donald Trump a franchi la barre des 1 000 délégués avec l'Indiana, quels sont les éléments qui permettent de comprendre ce "cygne noir" (phénomène imprévisible) de la politique américaine ?

Yannick Mireur : Outre une confortable avance en termes de délégués, Donald Trump reste le favori dans le camp républicain, à plus de quinze points loin devant Cruz, qui s’est maintenant retiré.

L’écart dans l’opinion des sympathisants est nettement moins important du côté démocrate, confirmant le manque d’enthousiasme qui entoure Clinton, mais son avance est désormais imbattable pour Sanders en terme de délégués (2151 contre 1361, pour un seuil fatidique d’investiture de 2383). Clinton devance Trump au plan national, mais pas d’une distance permettant de penser que la Maison Blanche soit hors de portée pour le New Yorkais, même si cette hypothèse paraît intuitivement lointaine. En bref, une élection de Clinton par défaut semble le plus plausible, mais à condition de ne pas répéter l’erreur de l’alliance Cruz-Kasich qui a eu un effet boomerang terrible : donner l’impression de se coaliser pour voler la victoire au candidat du peuple (près de 60% des sympathisants républicains de l’Indiana disaient ne pas approuver l’alliance anti-Donald).

Car c’est bien là la raison du phénomène Trump, du cygne noir de cette candidature de folklore qui finit par s’imposer. La dérive de la politique américaine depuis 20 ans, depuis Bill Clinton et la "troisième voie", a abouti à un discrédit complet. Le manque d’autorité d’Obama, qui restera sans doute dans l’histoire de son mandat, n’a fait qu’enfoncer le clou un peu plus. Parallèlement, la déshérence du parti républicain, en perte complète de balises idéologiques et programmatiques, pris en otage par l’insurrection tea-partiste et amoché par la calamiteuse opération irakienne, a fait le reste. La polarisation de la vie politique washingtonienne, aggravée par l’obstructionnisme des républicains à la Chambre, a nourri un climat délétère que la détestation d’Obama par une partie des sympathisants républicains n’a pas contribué à enrayer. Quand donc une rupture décisive peut-elle briser les lignes et ouvrir une brèche dans ce bipartisme infécond, où rien n’est possible sans recours aux presidential orders (sorte d’équivalent de notre 49-3), puisque l’acrimonie au Congrès ne permet plus de concilier les partis.   

Lorsque Trump se lance, ce qu’on ne peut prévoir, c’est qu’il EST la rupture. Face à des candidats sans inspiration, le taureau de Manhattan renverse tout et parle au peuple, qui lève un sourcil, puis la tête. Enfin ! Un Américain, un vrai, pas un politicien de Washington, ni un crâne d’oeuf sorti d’Harvard ou de Darmouth (pas un énarque surprotégé par son statut, et qui n’a jamais vraiment gagné sa vie, dirions-nous en France). Ce phénomène-ci est imprévisible malgré les signaux sourds donnés depuis que les salaires des classes moyenne et ouvrière stagnent, c’est-à-dire depuis les années 1980. Mais à l’époque, la relance reaganienne avait donné un nouveau souffle à une économie en plein enlisement.

Jean-Eric Branaa : La première explication se trouve dans la "colère" des Républicains : la crise a été trop longue et les Américains veulent retrouver leur niveau de vie d’avant 2007. Or, si l’économie américaine est redémarrée, avec notamment un chômage qui se situe aujourd’hui à 4,9%, la réalité reste difficile pour la plupart des gens. Le salaire minimum est toujours à $7,25 et le salaire moyen autour de $9 de l’heure. Cette situation ressentie est aggravée par les multiples annonces, à la télévision ou dans les journaux, de réussites diverses ou, en particulier, par le fait que les millionnaires n’ont jamais été aussi nombreux qu’aujourd’hui aux Etats-Unis.

Le populisme de Trump a également souvent été mis en avant pour expliquer ce phénomène. Bien sûr, c’est une réalité au sens qu’il joue le peuple contre les élites mais, aux Etats-Unis, tous les hommes politiques sont un peu populistes. La "valeur ajoutée" de Donald Trump, c'est sa démagogie. Il écoute ce qu'il se dit autour de lui et va dans le sens du vent.

Cette dimension, associée à un rejet de la part de tous les autres candidats, a conduit à la création d’un socle fort et solide : face au "Tous contre lui", les électeurs qui ont suivi Trump sont tombés dans un phénomène d’identification et de transfert et se sont fortement liés à leur choix de vote.

A cela s’ajoute enfin le rôle des médias, qui ont sous-estimé cette candidature, l’ont moquée et ont voulu la marginaliser. Cela a renforcé ce bloc autour du candidat. Il est évident que Trump ne correspondait pas à ce que les rédactions étaient prêtes à accepter. Les électeurs de Trump ont à leur tour rejeté ce choix qu’on voulait leur imposer par défaut. Trump a su jouer de cet avantage en entretenant de son côté une guerre contre les médias.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 05/05/2016 - 11:32 - Signaler un abus Plafond de Verre

    Article enthousiasmant ! Oui, Donald Trump a réussi à briser son ''Plafond de Verre'' ! Et, pas de doute, s'il est élu président en novembre, cela constituera un formidable coup d'accélérateur pour Marine Le Pen. Si vous y ajoutez une avance de Podemos en Espagne, un Brexit et déjà, la poussée des partis souverainistes en Autriche, Pologne, Hongrie et même de l'AfD en Allemagne, les conditions sont réunies pour un ''Printemps Européen'' ! Lecteurs d'Atlantico, arrêtez vos perpétuelles jérémiades sur l'Islam, vos répétitions à l'infini sur les méchantes citations du Coran ! L'Occident se remet debout en sortant de la Mondialisation Capitaliste !

  • Par zouk - 05/05/2016 - 11:33 - Signaler un abus Donald Trump vs situation française

    Nous sommes desespérés et surtout totalement égarés. L'immobilisme du gouvernement de Fr. Hollande, multiplié par un terrible brouillard autour de notre situation, économique ne particulier (dette = 100% du PIB!) rend impossible quelque prévision que ce soit pour les élections de 2017. Qu'en sortira-t-il?

  • Par vangog - 05/05/2016 - 11:41 - Signaler un abus Ce que vous nommez '"démagogie", "populisme"

    ce sont de la réactivité, de l'adaptabilité, ce dontont besoin les dirigeants de ce monde en accélération numérique, plus que de planificateurs et de technocrates...la mutation rapide du monde globalisé réclame une capacité d'adaptation très rapide, hors de tout schéma de pensée ou dogmatisme de style gauchiste, aux demandes et anfgoisses populaires, et cette adaptabilité deviendra la norme des dirigeants de ce monde. Trump a inventé une nouvelle norme politique, l'adaptisme ou réactivisme....Mais est-ce très différent du libéralisme de Reagan, qui s'était adapté, comme Trump, à la stature Présidentielle dans la dernière ligne droite de sa candidature, et au mépris des analystes et médias aux ordres du complexe militaro-industriel et financier?

  • Par MONEO98 - 05/05/2016 - 16:38 - Signaler un abus ce que je comprends de la situation

    1/ La presse Française a fait de Trump un abruti total ce que 3/4 de français ont pris pour argent comptant Pourtant ,il a eu de sérieuses difficultés financières du temps d'Ivana ,qu'il en soit revenu plu s fort prouve au moins une chose qu'un abruti se serait effondré 2/ La presse française a fait d'OBAMA un héros moderne .A l'expérience ,couleur de peau ou pas il n'a pas fait mieux que Carter l'un des pires Président des USA 3/ Obama aurait rétabli le plein emploi ? ce sont des stats socialistes comme Hollande le fait aujourd'hui/En vérité des centaines de milliers de gens sont exclus des listes et ne cherchent même plus de boulot/les boulots créés ne viennent pas de l'industrie mais des services sous payés. 4/ Trump raconte une histoire simple à tous ces gens l'Amerique peut gagner , ce que j'ai fait ,vous pourriez le faire avec fierté:"America is back" ,pour cela faut virer tous ces gens qui vivent sur votre dos à Washington c'est pour cela qu'il va gagner ou........ qu'il sera descendu avant Chez nous ça finira dans la rue et les militaires rétabliront l'ordre selon une tradition historique puis on trouvera une nouvelle onction républicaine

  • Par Lafayette 68 - 05/05/2016 - 16:56 - Signaler un abus L'Histoire va-t-elle se répéter ?

    Après Carter ( genre Obama) est venu Reagan , moqué en France par les médias et intellos prétentieux ...comme pour Trump . On a vu la fin de la guerre froide et le retour de l'Amérique ...

  • Par MONEO98 - 05/05/2016 - 17:17 - Signaler un abus long mais pas idiot

    https://leblogalupus.com/2016/04/23/le-declin-du-modele-post-crise-de-2008-par-bruno-bertez/

  • Par Ganesha - 05/05/2016 - 18:49 - Signaler un abus Gendarmes du Monde

    Cela fait 70 ans que les USA se croient investis du rôle de ''Gendarmes du Monde'' ! Ce furent d'abord quelques tentatives de s'opposer au Communisme en Asie du Sud-Est. Et depuis 30 ans, au Moyen-Orient… S'opposaient-ils à l'Islam ? Pas du tout : ils défendaient leur approvisionnement en pétrole et ils espéraient promouvoir la survie d’Israël ! Qu'un candidat à la présidence de ce grand pays déclare renoncer à cette folie névrotique qui a causé des dizaines de millions de morts en pure perte, quelle merveilleuse nouvelle !

  • Par Liberte5 - 06/05/2016 - 00:06 - Signaler un abus Les USA ont toujours plusieurs longueurs d'avance....

    sur l'Europe en général et sur la France en particulier. Dans le domaine politique les schémas sont différents et ne peuvent se comparer. Toutefois pour la France, le bouillonnement actuel, étouffé par les médias peut, un jour, déboucher sur un phénomène qui renversera la table. L'élection d'un Juppé pourrait accélérer les choses, car actuellement tout tient grâce à des médias qui sont les chiens de garde du système. Pour D. Trump aucun candidat en France n'offre ce profil et ceux qui voudraient mener un tel combat, ils seraient barrés dans les médias, dans lesquels ils n’auraient pas accès.

  • Par Nicolas V - 06/05/2016 - 10:15 - Signaler un abus Vangog, Ganesha, Liberte5, ok av vous

    MLP a l'option de renverser la table ...ou pas ... Le buzz peut marcher. Son histoire de "France apaisée " alors que nous bouillonnons de colère , ça le fait pas. Ns serons apaisés lorsque nous aurons récupéré notre territoire. Pr cela, il faudra entrer en guerre. MLP a ttes les armes , la corruption de l'oligarchie étant patente. L'autre arme est la démocratie participative . Mais avant, il faut une poigne de fer et l'alliance av l'Armee. Pb, ns avons des généraux corrects ms des fichés S ds l'Armee. Pb, des jeunes voulant entrer ds l'Armee pr défendre leur pays , se retrouvent ds un no man's land. Rien n'est prévu

  • Par Nicolas V - 06/05/2016 - 10:31 - Signaler un abus Admettons ..,

    MLP , second tour à 48%, rien n'est perdu. On a les legistlatives à gagner. Très dur, pourtant, car le vrai élu de Bilderberg n'est pas Juppé, il fait de la figuration comme Hollande, Sarko et les autres. Déjà, stoppez TV à la moindre apparition des "vedettes américaines ". Ça ne ns intéressé pas. N'achetez aucun journal. Pr connaître les positions de l'ennemi, vs avez tte la presse mainstream gratuite sur le net. Pr être "informés ", allez sur les reseaux. On en apprend de belles ... 2 ex : MSF pris la main ds le sac (hôpital syrien", déjà détruit en oct 2015, relayé par presse hors France. Presse belge : connexions entre Abdelslam et police et services belges. Et c'est du mainstream mais hors France. On en a plein d'autres ...qui écrivait , Charlie/Bataclan "cui buono"? Hein?

  • Par Nicolas V - 06/05/2016 - 10:41 - Signaler un abus De l'intérêt de lire la presse étrangère

    New York Times cette année "Daesh est une création de la CIA". Hillary Clinton(sauf presse frenchie) "nous avons créé Al Qaïda". Le Bild est pas mal non plus. Les blogs vous renvoient sur les articles de la presse libre bien que mainstream.

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Yannick Mireur

Yannick Mireur est l’auteur de deux essais sur la société et la politique américaines (Après Bush: Pourquoi l'Amérique ne changera pas, 2008, préface de Hubert Védrine, Le monde d’Obama, 2011). Il fut le fondateur et rédacteur en chef de Politique Américaine, revue française de référence sur les Etats-Unis, et intervient régulièrement dans les médias sur les questions américaines. Son dernier ouvrage, Hausser le ton !, porte sur le débat public français (2014).

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Jean-Eric Branaa

Jean-Eric Branaa est spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’université Assas-Paris II. Il est notamment l'auteur de Hillary, une présidente des Etats-Unis (Eyrolles, 2015), Qui veut la peau du Parti républicain ? L’incroyable Donald Trump (Passy, 2016), et d'American Touch (Parlez-moi de vous), aux édition de Passy (2016).

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