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Dominique Strauss-Kahn, l’homme qui ne s’aimait pas

L’ancien patron du FMI se retrouve pour la sixième fois face à la justice. Aujourd’hui, pour proxénétisme aggravé. Ce personnage brillant a toujours vécu dangereusement. Se moquant des codes. Flirtant dangereusement avec la règle de droit. Il s’en est toujours sorti. Jamais la Vème République n’avait connu un homme politique aussi déroutant. Portrait.

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Dominique Strauss-Kahn, l’homme qui ne s’aimait pas

L’ancien patron du FMI se retrouve pour la sixième fois face à la justice.

  • Dans les années 80, la carrière de Strauss-Kahn s’annonce prometteuse. Bourré de diplômes (HEC,  Sciences-Po, agrégé de sciences économiques), il est professeur d’Université à un peu plus de 30 ans
  • Réélu député en 1988, il commence à se faire connaître au sein du PS en se faisant élire président de la très importante commission des finances de l’Assemblée nationale avant, trois ans plus tard, de décrocher le poste de ministre de l’Industrie d’Edith Cresson
  • En 1999,  survient le premier pépin lorsque DSK doit démissionner de son poste de Ministre de l’Economie et des Finances pour sa mise en cause dans l’affaire de la MNEF. Deux ans plus tard, il est relaxé.
  • Son arrivée à la tête du FMI en 2007 marque le point de départ – en réalité – la poursuite d’un chemin de croix qui trouve son apogée avec d’abord l’affaire du Sofitel de New-York suivie de sa mise en examen pour proxénétisme aggravé à Lille
  • Demeure une question : Dominique Strauss-Kahn, s’il était relaxé à Lille et s’il parvenait à démontrer qu’on a cherché à l’abattre politiquement en l’écartant de la présidentielle de 2012, pourrait-il rebondir  et retrouver une cote d’amour avec l’opinion publique?

 

C’est homme est une énigme. Qui est-il vraiment ? Ses amis le savent-ils ?  Sans doute après un  mois d’audience à Lille, qu’il soit relaxé  ou condamné, on en saura un peu plus sur celui qui demeure l’un des économistes les plus doués du pays.  Sans faire de la psychologie de bazar, Dominique Strauss-Kahn ne serait-il pas atteint d’une névrose d’échec ? Pour prendre l’exemple de l’affaire du Sofitel de New-York en mai 2011,  son comportement ne serait-il pas la manifestation crue, évidente, d’un homme tenté irrésistiblement par sa propre destruction, alors qu’il est virtuel candidat à la présidentielle ?  Car enfin, mieux que quiconque informé des mœurs et du puritanisme des Américains, l’ancien patron du FMI savait que se faire pincer « pour un acte inapproprié » sur une femme de chambre  d’un hôtel, noire de surcroît, l’écartait forcément de la course à l’Elysée en 2012…  D’ailleurs, ce 15 dimanche 2011, lorsque le monde entier, découvre  le directeur général du FMI, sur toutes les chaînes de télévision, encadré par quatre policiers impeccablement vêtus, visage hagard, qui se rend au tribunal de Manhattan  la cause est entendue : il ne pourra pas être candidat à la primaire du Parti socialiste. 

Insaisissable Strauss-Kahn ! Ceux qui l’ont côtoyé à la Faculté de Droit, comme son avocat, Lev Forster - qui le défend dans les procédures en diffamation - le décrivent comme un garçon certes ambitieux, mais qui ne la ramène pas. Son cursus semble tout tracé. Ce sera l’itinéraire d’un enfant gâté : HEC, Sciences Po, une licence en droit public et un doctorat en sciences économiques, ponctué  d’une agrégation d’économie en 1977. Strauss-Kahn a 28 ans. Toute cette palette de diplômes obtenue si jeune, voilà qui constitue un exploit. Un exploit incomplet, car il a échoué à l’ENA. Il s’en remet, puisque à un peu plus de 30 ans, en 1981, le voici professeur à l’Université de Nancy puis à celle de Nanterre. En 1986, après avoir été rejeté par les militants  locaux, DSK, devenu proche de Lionel Jospin, est finalement investi aux législatives  en Haute-Savoie, avec la bénédiction de Paris. Il entre pour la première fois à l’Assemblée nationale. Deux ans plus tard, il abandonne  la montagne pour se présenter dans le Val d’Oise. Elu au second tour,  il  décroche son premier poste important, celui de président de la Commission des finances.  Sa notoriété dépasse largement la rue de Solférino, tant et si bien qu’en 1991, François Mitterrand demande à Edith Cresson, Premier ministre de lui confier un poste. Strauss-Kahn est promu ministre de l’Industrie, fonctions  qu’il conserve jusqu’en 1993, année de la Bérézina subie par le PS aux élections législatives. Le jeune ministre n’y échappe pas : il est battu aux législatives à Sarcelles (Val d’Oise) par Pierre Lellouche. Qu’importe ! Le PS a besoin de lui. Car l’homme a du charisme. Lorsqu’il passe à la télévision, on est frappé par son don de la pédagogie et son sens de la  vulgarisation. Aussi naturellement, le président de Renault, Raymond Lévy  le fait venir au Cercle de l’Industrie  dont la vocation est la défense de l’industrie française à Bruxelles. Nous sommes à la fin des années 90.  DSK et son épouse, la  glamour Anne Sinclair, très populaire grâce à son émission 7 sur 7 sur TF1, forment un  couple dont on commence à se dire qu’il pourrait fort bien se retrouver un jour ou l’autre à l’Elysée. Sauf que déjà à l’horizon, des  nuages s’amoncèlent… ils témoignent qu’il y a chez Strauss-Kahn, une désinvolture coupable. Comme s’il avait la tentation de franchir une ligne jaune. Bref, d’aimer une certaine transgression qui pointera dans des histoires plus personnelles et qui vont lui coûter cher, même si à ce jour, aucun Tribunal ne l’a jamais condamné.

C’est à la fin des années 90 que survient le premier faux de Dominique Strauss-Kahn : à l’occasion de leur instruction sur l’affaire de la MNEF,  banale histoire de prébendes attribuées à certains militants PS - les juges parisiens Françoise Néher et Armand Riberolles tombent sur une facture  de  603 000 francs destinée à rémunérer Dominique Strauss-Kahn - désormais inscrit au barreau - pour les services qu’il a rendus en 1997 lors de la prise de contrôle par la MNEF d’une filiale de Vivendi. L’objet : la création de résidences hôtelières pour étudiants. Des investigations ont lieu pour savoir si la rémunération de l’ancien ministre de l’Industrie  est justifiée. Une foultitude de témoins  défile chez les juges. Certains disent qu’elle l’est. D’autres, que non. L’intéressé se montre formel. En substance : j’ai effectué un réel travail… Quand survient un  coup de théâtre : la PJ acquiert la certitude que la fameuse facture de 603 000 euros est bidon. Et pour cause : elle a été éditée sur une trame de papier fabriquée après la date réelle de l’émission de la dite facture. Strauss-Kahn avoue avoir menti, mais dira-t-il, sans intention délictuelle. Le 2 novembre 1999,  il se voit contraint de démissionner de son poste de ministre de l’Economie et des Finances avant d’être mis en examen pour faux et usage de faux.

Deux ans plus tard, le 7 novembre  2001, le Tribunal correctionnel de Paris le relaxe en écrivant noir sur blanc que « jamais une telle affaire n’aurait dû franchir les portes du Tribunal. » Victoire bien tardive, mais le mal était fait, d’autant qu’à l’occasion de cette histoire de la MNEF, les juges avaient découvert que Strauss-Kahn avait pris quelques libertés avec la déontologie, en acceptant de conseiller des entreprises qu’il avait eu sous sa tutelle en qualité de Ministre de l’Industrie. Que ce soit EDF, Cogema, Alsthom qui, à l’époque, lui versent de confortables honoraires pour rémunération de ses services.  En 2001, une nouvelle affaire le rattrape. Elle date de l’époque où Strauss-Kahn était à Bercy. C’était dans les années 98-99 lorsque  le ministre avait accordé un dégrèvement fiscal de 160 millions de francs au couturier Karl Lagerfeld. Certes, la somme n’a rien d'anodine, mais ce genre de remise n’est pas exceptionnelle. Mais là où l’affaire suscite interrogations c’est lorsqu’on  apprend,  qu’au même moment ou à peu près, le Ministre  s’est fait remettre la fameuse cassette Méry par l’avocat de Lagerfeld. Dans cet enregistrement, une  confession du  trésorier occulte du RPR, Jean-Claude Méry, à l’origine des affaires de la mairie de Paris, on y apprenait une foule de secrets concernant le Parti gaulliste. Aussi, une telle arme dans les mains de DSK, que l’on disait  déjà en piste pour la présidentielle de 2002,  pouvait-elle s’avérer meurtrière…  Eh bien, on découvrait un Strauss-Kahn, étourdi, à cent lieux d’écouter la cassette. Et l’ancien  ministre de répéter que s’il l’avait bien eue en sa possession, il ne l’avait jamais visionnée. Il l’avait égarée. L’opinion rira de la curiosité si peu aiguisée de l’ancien ministre. Mais pas le Procureur de Paris d’alors, Jean-Claude Dintilhac qui estimait  qu’il existait de fortes présomptions de faits de corruption passive à l’encontre de l’ex-ministre.  La Cour de Justice de la République se profilait. Lorsque le procureur général  près la Cour de cassation, Jean-François Burgelin décidait de ne pas saisir la CJR, estimant, qu’en l’état,  il manquait des indices pour justifier une telle saisine du chef de concussion. Au bout du compte, personne ne fut poursuivi.

 
Commentaires

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  • Par MIMINE 95 - 08/02/2015 - 10:23 - Signaler un abus C'EST QUOI UN ECONOMISTE BRILLANT ?

    Quelqu'un pour qui l'argent n'a pas d'odeur et le respect des autres aucune utilité? Quand à la Brillance de DSK en économie, je demande des preuves concrètes. Parce moi son bilan ne me parait pas si brillant que ça.

  • Par Phlt1 - 08/02/2015 - 10:57 - Signaler un abus @mimine 95

    Très juste.!. De quel "talent" d'économiste parle t'on.?. Si c'est pour nous annoncer que la France est en déficit et qu'elle ne devrait pas l'être...OK...on le sait. Si c'est pour nous dire que l'Etat est bouffi de graisse et que c'est lui qui coule la France, OK...on le savait avant lui.. Personnellement je ne vois pas ce qu'il y a de brillant chez lui, y compris dans ses analyses.

  • Par Anguerrand - 08/02/2015 - 12:19 - Signaler un abus DSK comme Hollande n'aiment personne

    C'est bien ce que disent les ex proches des deux hommes, alors il est probable que se sont deux " grands" complexés qui n'ont de cesse de prouver qu'ils sont importants, mais sur le fond ils ne s'aiment pas. C'est bien pour cela que ces hommes sont dangereux.

  • Par langue de pivert - 08/02/2015 - 12:36 - Signaler un abus DSK : l'homme qui n'aimait

    DSK : l'homme qui n'aimait pas les femmes ! ☺

  • Par jurgio - 08/02/2015 - 13:40 - Signaler un abus « Omne animal triste...

    ... poste coitum. »

  • Par bjorn borg - 08/02/2015 - 14:50 - Signaler un abus @vangog

    Vous en avez encore après Poutine? Taisez vous SVP !!!!

  • Par Vincennes - 10/02/2015 - 10:53 - Signaler un abus Appréciant, en général les articles de G.GAETNER, déçu de lire

    "DSK demeure l'un des économistes les plus doués de sa génération" !!! sachant qu'il n'avait même pas vu arriver les crises précédentes et qu'il est impossible de trouver un bouquin d'économie écrit de sa main.....il est même capable, selon des étudiants, de dire le contraire de ce qu'il avait dit la veille. Par contre il serait bien d'approfondir à qui a profité "cette affaire" !!

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Gilles Gaetner

Gilles Gaetner est journaliste d'investigation chez Atlantico. Il a été journaliste aux Echos, à la Vie française, au Point et de 1986 à 2009, rédacteur en chef adjoint à L'Express, chargé de l'investigation.

Il est l'auteur de La République des copains (Flammarion, 2005), Réglements de comptes pour l'Elysée - La Manipulation Clearstream dévoilée (Oh! Editions, 2006, avec Jean-Marie Pontaut),  La République des imposteurs (L'Archipel Editions, 2014) et Les journalistes ne devraient pas dire ça (L'Artileur, 2017).

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