Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 18 Novembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Djihad : la Chine confrontée à une menace grandissante à son tour

Trois cent Chinois, en quasi intégralité des Ouïghours du Xinjiang, sont partis combattre aux côtés des islamistes au Moyen-Orient. L'islam, très présent dans cette région occidentale de la Chine, a tendance à se radicaliser.

Montée en puissance

Publié le
Djihad : la Chine confrontée à une menace grandissante à son tour

Atlantico : Pourquoi cette dérive vers le radicalisme islamiste dans une région certes troublée, mais qui ne semblait pas connectée au reste de l'islamisme international il y a dix ans ? 

Emmanuel Lincot : En août 2008, une vidéo initiée par le Parti Islamique du Turkestan a fait beaucoup de bruit en montrant Abdullah Mensur, Président du Comité ouïghour en Arabie Saoudite, une branche du Club des Jeunes Musulmans. Sa posture était martiale, son discours en revanche ne l’était pas. Il en appelait simplement au boycott des JO de Pékin. Mais symboliquement parlant, des signes de radicalisation étaient déjà là. Depuis, l’onde de choc créé par les Printemps arabes, dans l’ensemble de l’Asie centrale, se développe.

Au-delà de ces aspects conjoncturels, il existe des facteurs structurels permettant d’expliquer qu’une partie de la population, encore très marginale mais agissante, opte pour une radicalisation de ses choix politiques vis-à-vis de Pékin.

Le premier de ces facteurs est de nature économique. Même des observateurs Han, comme Wang Lixiong, l’ont remarqué : malgré l’extraordinaire développement des infrastructures au Xinjiang, les Ouïghours sont les laissés pour compte de la croissance. Frustrations donc. D’autant plus vivement et injustement ressenties que les peuples voisins turcophones - qui ont une très grande proximité culturelle et linguistique avec les Ouïghours - connaissent, quant à eux, et depuis l’indépendance de leur pays (1991), de très réels et positifs changements économiques. Enfin, l’influence de talips et de militants visant une alliance avec les mouvements jihadistes internationaux et pakistano-afghans est indéniable. Ces mouvements ont été fédérés au sein d’un courant, le Mouvement islamique du Turkestan oriental (MITO), structuré en 1997 par Hassan Makhsum, mort depuis. L’affaiblissement de ce courant, dû au harcèlement des services du contre-espionnage chinois, semble avoir connu toutefois une vigueur nouvelle au contact de djihadistes ouzbeks venus se former dans le nord de l’Irak. Statistiquement parlant, il faut être très prudent sur les chiffres concernant le nombre de combattants ouïghours. Pékin a sans doute intérêt de surenchérir le phénomène pour accélérer la répression dans une région où, rappelons-le, les tensions entre factions rivales au sein du Parti Communiste sont par ailleurs particulièrement importantes.

Le pouvoir central chinois use de la "manière forte" pour essayer d'écraser le phénomène. Pourquoi la répression semble-t-elle n'avoir que peu de résultats, alors que Pékin est plutôt "reconnu" comme efficace pour mater les mouvements de dissidence en général ?

Premièrement, le gouvernement central est hanté par le spectre d’un éclatement du cadre national, sur le modèle de l’Union Soviétique. Xi Jinping n’est pas Gorbatchev et entend le faire savoir. Deuxièmement, si une partie de la communauté ouïghoure - celle de la diaspora notamment - a pu se réjouir de la chute des dictatures arabes, Pékin continue de soutenir sans réserve les régimes qui ont pu se maintenir dans la tourmente, je pense en particulier à celui d’Assad en Syrie. Divergence de vues donc. Troisièmement, l’islam soufi - traditionnellement ancré dans les pratiques ouïghoures - est, de l’avis même des meilleurs spécialistes tels que Rémy Castets, violemment persécuté. Fermeture des tombeaux des Saints, mise sous surveillance étroite des loges soufies, vexations de toutes sortes allant jusqu’à interdire le port de la barbe…Tout cela concourt à une montée en puissance de la subversion. Pékin a condamné à la prison à vie, et en septembre dernier, l’une des figures les plus modérées de l’intelligentsia ouïghoure, Ilham Tohti, qui en avait appelé, dans un article publié sur un site hébergé aux Etats-Unis, à un plus grand respect du multiculturalisme au Xinjiang. Cette condamnation, qui paraît disproportionnée, montre que la radicalisation se retrouve de part et d’autre et laisse peu d’espoir à une réconciliation ou à une solution pacifique entre Pékin et la communauté ouïghoure.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par assougoudrel - 06/03/2015 - 10:06 - Signaler un abus En tous cas les autorités chinoises

    seront moins connes que les nôtres. Tous suspect sera zigouillé, au départ, comme au retour. Elles ne connaissent pas "pas d'amalgame".

  • Par jurgio - 06/03/2015 - 11:06 - Signaler un abus Cette bonne religion d'amour et de paix

    qui a déjà provoqué une dissidence dans le continent indien, nourrissant une guerre larvée depuis un siècle.

  • Par jurgio - 06/03/2015 - 11:08 - Signaler un abus Comment appelle-t-on déjà

    une chose qui s'enfle en un point, se répand puis se métastase de partout ?

  • Par zouk - 06/03/2015 - 13:05 - Signaler un abus Chine et Islamisme

    La recette chinoise est connue de toute éternité: assimilation par tous les moyens + priorité absolue aux Han, malgré les tensions avec les minorités : Tibet, Mandchourie et maintenant Xinkiang, ensuite ? Réussiront-ils avec le mouvement malheureusement proliférant de l'islamisme? Douteux...

  • Par ISABLEUE - 06/03/2015 - 14:44 - Signaler un abus Jurgio :

    Un cancer. Qu'il faut "neutraliser"....

  • Par Marie-E - 06/03/2015 - 17:40 - Signaler un abus la Chine

    réussira là où nous risquons d'échouer avec tous les bisounours qui ne comprennent rien au danger qui nous menace.

  • Par Bretondesouche - 06/03/2015 - 20:41 - Signaler un abus L islamisme

    A une vocation universelle,on se sent moins seul. Retenons leurs méthodes. Mao a transformé les mosquées en porcheries

  • Par ELLENEUQ - 07/03/2015 - 08:00 - Signaler un abus Si les chinois exterminent le

    Si les chinois exterminent le cancer des ouïgours, qui versera une larme, personne ! Si ça pouvait donner des idées à l'Europe, on commencerait à entrevoir une porte de sortie !

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Emmanuel Lincot

Emmanuel Lincot est professeur à l’Institut Catholique de Paris et spécialiste de l’histoire de la Chine contemporaine. Il est l’auteur d’un MOOC (Massive Open Online Course) avec le concours de France Université Numérique  sur "La géopolitique de la Chine". 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€