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Division des groupes LR : comment les deux droites en sont venues à se mépriser profondément

Le rassemblement de la droite est mis à mal. Suite au second tour des élections législatives, et à l'initiative de certains cadres LR, un groupe LR "macron compatible" pourrait être amené à voir le jour à l'Assemblée.

Conflit interne

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Division des groupes LR : comment les deux droites en sont venues à se mépriser profondément

Atlantico : Dans le cadre de cette scission, un député aurait confié au journal le Monde "Ils installent un clivage en se décrivant comme les intelligents contre les gros beaufs qui s’opposent. Forcément, ils énervent beaucoup de monde". Alors que la coexistence de deux droites, au moins, peut être considérée comme un phénomène structurel, comment expliquer​, désormais, cette rupture ?​ Quelles sont les modifications, les changements, qui permettent une telle rupture ?

Maxime Tandonnet : Cette rupture s'explique par le contexte politique: en apparence, le rejet des partis traditionnels qui se sont succédé au pouvoir et la réussite électorale hors du commun  d'Emmanuel Macron. Toutes les catégories traditionnelles de la politique française ont été désintégrées, notamment la clivage droite gauche. Une partie de la droite, les constructifs, a choisi de jouer pleinement le jeu de l'entrée de la politique française dans une ère nouvelle. Ils se sentent donc à l'avant garde, plus modernes et plus intelligents que ceux qui sont demeurés dans "l'ancien système" considérés au fond comme des réactionnaires qui n'ont pas pris le train "en marche".

Les autres, la majorité de la droite, parient sur les difficultés à venir du nouveau pouvoir et demeurent dans une logique d'alternance à venir. Ce sont deux visions antagonistes de l'avenir politique du pays sur le quinquennat à venir et deux analyses divergentes du phénomène En Marche: une transformation profonde et durable pour les uns, une grande illusion, une recomposition en trompe-l’œil, sans doute vouée à l'échec, pour les autres.   

En en est on réellement arrivé à un stade de "deux droites irréconciliables" d'un point de vue idéologique, ou faut il plus y voir une accumulation de logiques personnelles ? Quels sont les précédents sous la Ve République ?

Je ne suis pas certain que la rupture en cours soit l'expression des vieux clivages à droite, notamment chiraquiens contre balladuriens/sarkozystes. Ainsi, dans l'avant garde supposée se trouvent des sarkozystes, alors que Mme Pécresse ou M. Baroin, qui n'ont pas cédé aux sirènes d'En Marche sont plutôt chiraquiens. De même, la cassure ne recouvre pas forcément la divergence idéologique traditionnelle entre le RPR souverainiste (ligne Pasqua/Séguin) et l'UDF européiste. Décidément, on est beaucoup plus dans des logiques de calculs individuels et carriéristes. Un précédent sous la Ve République vient aisément à l'esprit. En 1974, l'UDR – le mouvement gaulliste – soutenait Jacques Chaban Delmas, ex Premier ministre de Georges Pompidou. Une partie de cette formation, sous l'impulsion de Jacques Chirac, fit scission et se rallia à Valéry Giscard d'Estaing, centriste libéral, qui incarnait la modernité, le renouveau, le changement, provoquant ou facilitant la victoire de ce dernier. Là aussi, plus que l'idéologie, les calculs personnels l'emportaient. Jacques Chirac fut Premier ministre pendant deux ans. Puis les choses ont mal tourné. Il est entré, avec son RPR (l'ex UDR) dans une logique de fronde contre VGE et il a fortement contribué à l'échec de ce dernier lors de sa seconde candidature en 1981 contre François Mitterrand.

La droite est elle en situation de remporter des élections en cas de divisions ? La scission n'est elle pas une promesse de disparition ?

Difficile à dire. L'opinion publique est devenue insaisissable, imprévisible, prise de soubresauts erratiques. L'assise de popularité du nouveau pouvoir est extraordinairement faible: 32% des suffrages au premier tour des présidentielles avec une participation de moins de 50% cela donne un socle d'adhésion de 16%, extrêmement faible pour un début. Il suffit sans doute de très peu de chose pour que le nouveau pouvoir soit empêtré dans un vertigineux engrenage d'impopularité et sombre rapidement dans un rejet radical. On ne peut pas parler vraiment d'état de grâce et la nouvelle équipe, au bout de quelques semaines, est déjà engluée dans des affaires alors qu'elle avait bâti son succès sur une image de purification des mœurs politiques. Rien ne laisse prévoir une amélioration sur les grands sujets de préoccupation des Français, la violence, l'Etat de droit, la cohésion nationale, la maîtrise des frontières, la lutte contre les inégalités et le communautarisme... La rue et les syndicats menacent les projets de réformes sociales. Le climat d'euphorie, de culte de la personnalité et le charme qui règnent en ce moment sur les médias et une partie de la presse forment un écran de fumée cachant une situation profondément instable et précaire, sans doute plus complexe et plus périlleuse encore que les débuts de quinquennat Hollande. Dans peu de temps, une deuxième  vague de « dégagisme » risque de déferler au détriment des bénéficiaires de la première, encore plus violente. Dès lors, vers qui se tourner? Si une opposition modérée et républicaine ne parvient pas à s'imposer et à proposer une alternative crédible aux Français, les vainqueurs finaux de la décomposition politique seront les partis extrémistes, de droite comme de gauche et la France sombrera dans le chaos.

 
Commentaires

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  • Par MonacoPhil - 21/06/2017 - 08:50 - Signaler un abus Droite vs Gauche?

    Comment peut-on encore penser un seul instant que le fameux clivage droite/gauche existe. Il n'y a que des collectivistes (étatistes) et des libéraux (reposant sur les libertés individuelles). Tous les gouvernements qui se sont succédés depuis au moins 1981, n'ont fait que créer un monstre étatique qui avale presque 60% de la richesse produite. Marine Le Pen a raison de parler de l'UMPS. En Marche en est la démonstration incontestable. Il est temps de revenir à la réalité et pour ce faire commencer par revoir les termes utilisés et leurs définitions. Seuls les journalistes peuvent le faire. J'ai placé un peu d'espoir en Atlantico, mais j'ai bien peur qu'il soit mal placé. Il est temps d'élever le débat, de revenir aux fondamentaux. Collectivisme ou libéralisme, voilà le choix que ce pays doit faire s'il veut survivre, certainement pas celui de la droite et de la gauche.

  • Par antidote - 21/06/2017 - 09:46 - Signaler un abus assainissement de la droite !

    Il serait tant que les rats quittent le navire et aillent voir ailleurs . Il est impératif que la droite républicaine fasse le ménage et que l'on sache qui est qui . Trop de pique assiette donnent une mauvaise image à un parti ,il est primordiale de siffler la fin de la partie .Les centristes n'ont rien a faire avec les valeurs d'une droite tel que nous l'entendons . Ils sont beaucoup trop versatiles à nos convictions et ont trop tendance à flirter avec la gauche .

  • Par J'accuse - 21/06/2017 - 10:02 - Signaler un abus Les crabes s'agitent dans le panier

    Il n'y a pas plus deux droites que deux gauches: il n'y a que des postures carriéristes. Chacun se positionne pour savoir où il aura le plus de chances: soit espérer un poste (peut-être au gouvernement) en se prétendant pro-Macron, soit espérer la chute du macronisme pour prendre la relève en s'affirmant anti-Macron. L'avenir du pays? Ils s'en tapent comme de leurs premières couches.

  • Par cavalier26 - 21/06/2017 - 10:03 - Signaler un abus La droite la plus bête du monde

    En France nous avons la droite la plus bête du monde et je le déplore. Un boulevard lui était offert et ces pantins n'ont pas été capables de s'entendre et de faire bloc sur un programme... Des exemples stupides tels que Juppé - Fenech et Cie. Fenech d'ailleurs n'a pas été réélu et bien fait pour sa g...

  • Par Marc54 - 21/06/2017 - 10:41 - Signaler un abus Tout ceci est très bien.

    En 1990, le RPR prônait la fin des aides sociales pour les étrangers, l'incompatibilité entre République et Islam, le droit du sang, etc... Alors que la situation s'est considérablement dégradée depuis, l'UMP puis LR à tout oublié et s'est rapproché d'un mondialisme totalement bizounours. Il est temps que la vraie droite reprenne ses esprits et s'éloigne de cet esprit bobo qui mine notre société et nous mène à notre perte.

  • Par gerint - 21/06/2017 - 11:18 - Signaler un abus @Marc54

    Exact à mon avis

  • Par lafronde - 21/06/2017 - 11:35 - Signaler un abus @MonacoPhil L'économisme est réducteur.

    Vous dites "il n'y a que des collectivistes (étatistes) ou des libéraux". C'est réduire le débat à l'économie. Ce qui a marqué notre pays, c'est l'étatisme, commué en centralisme progressiste lors de la Révolution. Périodiquement ce progressisme est revenu sous des avatars différents : socialisme quarante-huitard (de 1848) anticléricalisme républicain de la IIIe, front populaire, mai 1968, mitterrandisme. Aujourd'hui l'avatar du progressisme n'est plus économique, il est sociétal. Les pays d'Europe insèrent à grand frais des populations migrantes venus des pays les plus arriérés de la planète. Aucun bénéfice économique. C'est un Constructivisme sociétal : l'UE veut compenser la faible natalité européenne, par l'immigration disponible sur le marché du migrant. C'est à terme un génocide au moins culturel. C'est cela la "construction européenne" que l'UE voulairt imposer à tous mais dont certaines nations se retirent sagement : Suisse, Royaume uni, Hongrie Pologne. Au contraire des pays se précipitent vers le chaos migratoire : Grèce, Italie, Allemagne. Quelle voie suivra la France macronienne ? La Liberté identitaire, voire ethno-identitaire mérite aussi d'être défendue.

  • Par Olivier62 - 21/06/2017 - 12:25 - Signaler un abus Le LR, une coquille vide promise à disparition.

    L'explosion du LR était prévisible. Cela fait des décennies, depuis Chirac en fait, que ce parti est devenu de centre-gauche, libertaire, mondialiste et pro-immigration, tout en essayant de faire croire qu'il avait encore des valeurs gaullistes (qui sont l'exact contraire de ce que promeut le LR !). Que le LR finisse absorbé par Macron est logique, puisque l'un et l'autre ont les mêmes opinions dans à peu prés tous les domaines. C'est paradoxalement une victoire pour le FN qui a toujours poursuivi la fin de la fausse droite RPR/UMP/LR.

  • Par GPM - 21/06/2017 - 12:48 - Signaler un abus Explosion du FN et des LR : excellente recomposition

    C'est très bien. UDI et constructifs refont le centre droit et compte tenu des ennuis du Modem, une partie du Modem peut les rejoindre. Les autres LR récupèrent pour partie des décus du FN. Pas de quoi s'émouvoir. C'est normal et c'était ainsi avant que Mitterrand sponsorise le FN. Le clivage droite/gauche n'est pas le seul mais il est vivant et pour encore un moment.

  • Par Poussard Gérard - 21/06/2017 - 13:18 - Signaler un abus Idiots utiles?

    Pour le dandy nazillon? Les cons....tructifs qui veulent avec macron exploser la droite reformatrice.. Leurs électeurs doivent enrager...car ils ont ete trahis par ces gens sans conviction et indignes

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 21/06/2017 - 16:12 - Signaler un abus La droite subit le même sort

    La droite subit le même sort que la gauche et pour les mêmes raisons..... Les ringards antieuropéens comme Guaino, contre les modernes européens et libéraux comme Solère....tout les oppose au même titre que Valls et Hamon qui n'ont plus rien en commun.

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 21/06/2017 - 18:55 - Signaler un abus Bayrou entre fesse droite et fesse gauche ...

    Aujourd'hui Gauche et droite ne veulent plus rien dire.... la preuve, le programme économique de MLP plus à gauche que celui de Mélanchon..........la gauche libérale est souvent plus à droite que la droite sociale.... Alors qu'on en finisse avec cette notion qui avait peut être un sens au 19ème siècle mais d'un ringardisme absolu au 21ième.

  • Par maite77 - 22/06/2017 - 07:45 - Signaler un abus mon vote bafoué

    Mr Jégo fait scission (comme je le pressentait) pour rejoindre les "constructifs". Je n'y voit que division, trahison, calculs individuels et carriériste.J'ai toujours pensé que l'on ne pouvait pas compter sur la fiabilité des centristes (élus grâce aux voix de la droite) et du respect du vote de leurs électeurs. Une électrice LR en colère

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 22/06/2017 - 13:56 - Signaler un abus @maite77

    Aucune raison d'être morose....depuis 1958 les députés ne servent à rien, sauf dans le cas d'une cohabitation. Le vrai pouvoir est entre les mais du président et des hauts fonctionnaires...les députés ne sont que des bons à rien qui se contentent d'approuver le programme présidentiel mis en oeuvre par l'administration. Quand aux ministres, compris le premier, ils n'ont aucun pouvoir, mais servent de fusibles pour protéger le président pendant 5ans.

  • Par evy - 22/06/2017 - 14:34 - Signaler un abus La scission

    C'est en fait ceux qui s'imaginent les plus intelligents qui dérapent. Thierry Solere et Lagarde ont le même égo surdimensionné que Bayrou. Ils éspéraient un petit job ministériel ou un titre mais nada ! Un groupe d'opposition peut être utile mais cette bande de naze ont les dents qui rayent le parquet.

  • Par Liberte5 - 22/06/2017 - 19:05 - Signaler un abus PS et LR ont, pour ratisser large, fait cohabiter la carpe et le

    lapin. Ce grand écart a sa limite. Cela marche tant que le parti est dans l'opposition, mais cela devient intenable au pouvoir, car les contradictions internes apparaissent au grand jour, ne permettant pas de mener une politique cohérent voire difficile pour régler les grands problèmes. Il va y avoir une recomposition des partis et cela est une bonne chose, obligeant PS et LR à avoir enfin un programme clair correspondant aux souhaits de la base. Ce qui était loin d'être le cas à LR où seuls les caciques avaient droit de parole.

  • Par casanostra - 23/06/2017 - 09:03 - Signaler un abus Les Constructifs !!!

    Avoir été le porte parole de M.Fillon, maintenant le "fidèle constructif" prêt à aider M.Macron pour le bien de la France, c'est quoi, un prestidigitateur? Personnellement la recherche d'un portefeuille ministériel me semble plus exact.

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Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet est historien, et ancien conseiller de Nicolas Sarkozy. Il est l'auteur de Histoire des présidents de la République (Perrin, 2013), et alimente régulièrement son blog personnel.

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