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La dissuasion nucléaire française : une force européenne malgré les Européens

Le livre "La dissuasion nucléaire" d'Edouard Valensi (L'Harmattant) divulgue les secrets de la force de frappe française : l'aventure technologique qui a donné à la France des forces stratégiques au premier rang mondial; le combat mené par l'Europe pour interdire à la France de se doter d'armes nucléaires ou encore le jeu ambigu des Etats-Unis. (1/2)

Bonnes feuilles

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La dissuasion nucléaire française : une force européenne malgré les Européens

La France possède la bombe nucléaire Crédit REUTERS/Reuters TV

La force de dissuasion n’est pas seulement française, elle est également européenne. C’est une évidence.

Pour en être convaincu il suffit d’imaginer un instant que Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev, plutôt que d’accepter de libérer les pays du bloc de l’Est, ait choisi une ligne dure et qu’il ait sévèrement menacé l’Allemagne Fédérale au lieu d’accepter la chute du Mur de Berlin. N’aurait-on pas vu les Allemands, par millions, chercher refuge en France ? A coup sûr, pendant des jours et des nuits toutes les autoroutes, toutes les routes, tous les chemins permettant d’entrer en France auraient été saturés. Faut-il rappeler que la France a toujours indiqué que ses frontières géographiques ne marquaient pas les limites de ses intérêts vitaux, mais en se gardant d’être trop précis 419 :

  •  dans des instructions données aux forces armées en 1964, le général de Gaulle aurait d’ailleurs précisé que la France devait « se sentir menacée dès que les territoires de l’Allemagne fédérale et du Benelux seraient violés »,

  • le Livre blanc sur la défense nationale en 1972 affirme également :  « La France vit dans un tissu d’intérêts qui dépasse ses frontières. Elle n’est pas isolée.

  • (..) Nos intérêts vitaux se situent sur notre territoire et dans ses approches ». 420

La France, têtue, a toujours souhaité que la force de dissuasion trouve une reconnaissance européenne. Dans un premier temps, Charles de Gaulle, que l’on surprend ici à rêver, a pu espérer qu’elle puisse être une force européenne indépendante bâtie avec l’aide financière de l’Allemagne et de l’Italie. Etienne Manac’h explique qu’il pensait alors pouvoir partager cette forces avec les Six de la Communauté européenne aux mêmes conditions que celles offertes pour l’emploi des bombes américaines par les pays membres de l’OTAN.421

La force de dissuasion française pourrait se voir donner une dimension européenne, mais elle resterait une force française. C’est ce que de Gaulle répond, interrogé par Ludwig Erhard : « Si l'Europe voulait absolument prendre son indépendance, serait-il réaliste de penser que l'Amérique continuerait à défendre l'Europe? Que seraient alors ses défenses nucléaires ? La Force de frappe serait- elle alors une force européenne ? » De Gaulle a répondu abruptement ce serait une force française. » 422

Cinquante ans plus tard, rien n’a changé ; le 21 mars 2008, à l’occasion de la présentation du sous-marin nucléaire lanceur d’engins, Le Terrible, lePrésident de la République renouvelle l’engagement nucléaire européen de la France :

  • « S’agissant de l’Europe, c’est un fait, les forces nucléaires françaises, par leur seule existence, sont un élément clef de sa sécurité. Un agresseur qui songerait à mettre en cause l’Europe doit en être conscient.

 
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Edouard Valensi

Edouard Valensi est l'auteur de "La dissuasion nucléaire, les terrifiants outils de la paix" aux éditions de l'Harmattan

Il est resté pendant dix ans à la tête de la cellule qui a programmé la force de dissuasion française au sein de la Délégation générale pour l'armement.

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