Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 10 Décembre 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Discrètement, les banques centrales stockent de l’or (tout ne serait donc pas rose au paradis de l’euro ?)

"L’or est une monnaie. Et c’est toujours, jusqu’à preuve du contraire, une monnaie de premier choix. Aucune autre monnaie fiat, y compris le dollar, ne peut lui rivaliser". C'est ce qu'a déclaré l'ex-directeur de la Fed, Alan Greenspan, fin octobre, lors d’un passage remarqué à New-York au Council On Foreign Relations.

Plus fort que le dollar

Publié le

Il n’y a d’ailleurs pas vraiment besoin de ces déclarations assez iconoclastes de la part d’une personne qui a passé presque 20 ans dans une institution basée sur la monnaie fiat, pour se rendre compte que ce qui se passe actuellement sur le marché de l’or est particulièrement troublant.

Si l’on peut passer rapidement sur les mouvements sporadiques étranges du marché de l’or « spot » apparus dernièrement, en mettant cela sur le compte d’algorithmes boursier facétieux, ou d’erreurs humaines rigolotes et qui donnent lieu à de jolis graphiques comme ci-dessous, il n’en reste pas moins que d’autres mouvements, bien moins sporadiques, bien plus profonds, sont apparus depuis ces derniers mois, mouvements qui laissent penser que certains refusent obstinément d’admettre une fois pour toute que l’or est une relique barbare, zut à la fin.

 

Cliquez pour agrandir le graphique

 

Bien sûr, je pourrais ici rappeler, comme je l’ai fait à de nombreuses reprises, que ce marché est particulièrement bidouillé, ce dont quelques articles de presse se font l’écho ces derniers jours suite à une recherche académique qui a ainsi montré qu’au moins 50% du temps, la détermination du prix de l’or fixé à Londres était manipulé par les cinq grandes banques qui participent à ce « fixing » (Deutsche Bank, HSBC, Barclays, Bank of Nova Scotia, et Société Générale).

Mais ces éléments, aussi déterminants soient-ils pour comprendre à quel point on tente de tenir le grand public à l’écart de l’or, ne forment qu’un intéressant décor pour ce qui se passe au niveau des États et de leurs banques centrales. Ainsi, depuis plusieurs années maintenant, la Banque Centrale chinoise achète massivement de l’or. Si l’on s’en tient aux chiffres officieux (les officiels étant, de l’aveu de tous ceux qui suivent un peu les marchés mondiaux de l’or, particulièrement sous-estimés), les Chinois disposeraient de plus de 3000 tonnes d’or dans leurs coffres, ce qui les placerait parmi les nations les mieux fournies, derrière les États-Unis dont le stock officiel n’a plus été audité depuis quatre décennies. De la même façon, le stock russe n’a pas arrêté, lui aussi, de grimper avec des achats réguliers et conséquents de métal jaune.

Cependant, ce sont de nouveaux éléments récents qui forcent l’observateur moyen à se pencher à nouveau sur la question du rôle de l’or dans la politique monétaire mondiale. Par exemple, le fait que l’Ukraine a officiellement reconnu ne plus avoir d’or dans ses réserves, quasiment, pouf, d’un coup. Par exemple, alors que l’Allemagne a réclamé il y a des mois le rapatriement de son or entreposé à la Fed de New-York, et qu’officiellement pour des raisons de sécurité, elle s’était résigné à n’en recevoir que quelques tonnes tous les ans jusqu’en 2020, les Pays-Bas ont réussi l’opération qui a consisté à récupérer très discrètement chez eux plus de 120 tonnes de leur métal là encore stocké dans les locaux de 33 Liberty Street à Manhattan.

C’est la Banque centrale néerlandaise qui l’a d’ailleurs annoncé, expliquant que l’opération avait été mise en place pour « consolider la confiance du public dans la capacité de la Banque centrale à gérer les crises », ce qui est une façon polie d’admettre que l’or joue toujours un rôle certain dans l’établissement de cette confiance monétaire. Au passage, on ne cherchera pas à savoir pourquoi ce pays a rapatrié exclusivement l’or entreposé sur le territoire américain et n’a pas touché à celui stocké à Londres et au Canada. Et pendant que les 122 tonnes d’or néerlandais rentraient au bercail, la Banque Centrale Allemande, peut-être un peu aigrie de n’avoir pas bénéficié des mêmes facilités de rapatriement que sa collègue des Pays-Bas (?), se fend d’un intéressant document expliquant qu’elle peut à présent envisager décemment l’achat d’or auprès des particuliers, ceux-ci détenant une grosse partie de l’or disponible sur le marché, et ce afin de « libérer les liquidités dormantes » qui auraient le bon goût de revenir dans la consommation normale par le biais de ces achats. Autrement dit, les banquiers centraux allemands souhaitent aller chercher l’or où il se trouve, en offrant de larges billets libellés en euros. Le message est passé, si ça vous tente…

 
Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

H16

H16 tient le blog Hashtable.

Il tient à son anonymat. Tout juste sait-on, qu'à 37 ans, cet informaticien à l'humour acerbe habite en Belgique et travaille pour "une grosse boutique qui produit, gère et manipule beaucoup, beaucoup de documents".

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€