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Discours au Congrès : ces 3 dossiers sur lesquels Emmanuel Macron aurait tout intérêt à sortir de l’ambiguïté

Affaires étrangères, fiscalité et sécurité sont les trois côtés du triangle des Bermudes en Macronie. Ce discours devant le Congrès devra sortir le quinquennat de l'incertitude sur ces sujets.

Règle de trois

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Discours au Congrès : ces 3 dossiers sur lesquels Emmanuel Macron aurait tout intérêt à sortir de l’ambiguïté

Atlantico : Ce 3 juillet, Emmanuel Macron se présentera devant le Congrès, à Versailles, dans un discours qui devrait permettre d'éclaircir les positions du nouveau Président sur certaines thématiques. Que cela soit sur les questions de politique étrangère, de sécurité, ou des questions budgétaires, Emmanuel Macron ne semble pas encore avoir imprimé une direction suffisamment claire pour le pays. Sur ces 3 questions, quel est le voile que le Président se devra de lever pour enfin clarifier ses positions ? 

Edouard Husson : Je vous propose de dépersonnaliser la question, pour commencer l'analyse.

Sur les trois sujets majeurs que vous mentionnez,  la France poursuit à peu près la même politique depuis une trentaine d'années. En politique étrangère, François Mitterrand a fait revenir la France dans l'organisation occidentale de l'Europe et du monde - le basculement fut définitif, paradoxalement, à l'occasion de la fin du communisme. L'Union Européenne, dont les traités font référence à l'OTAN est le cadre dans lequel s'est déployée la politique étrangère française de l'ère Mitterrand à aujourd'hui. En matière de sécurité, même chose, il faut remonter à François Mitterrand, au moment où sont conçus les accords de Schengen. Jamais aucun président français ne les a, depuis lors, remis en cause, même quand il devenait clair que la sécurité aux frontières de l'Union n'était pas assurée avec la rigueur promise dans le cadre de Schengen. Quant aux questions budgétaires, elles sont, là encore, traitées, depuis 1983, dans le cadre obligatoire de la convergence monétaire franco-allemande. Le problème n'est pas l'équilibre budgétaire - il doit toujours être une priorité; mais la politique de changes fixes  (jusqu'à ne plus pouvoir en sortitr par la monnaie unique), système dans lequel s'est enfermée la France - alors que nous vivons depuis les années 1970 en régime mondial de changes flottants. Remarquons que le pays n'arrive jamais à revenir à l'équilibre budgétaire souhaité car le pays est privé de cet instrument que devrait être l'ajustement monétaire permanent à la conjoncture mondiale. Il me semble que, sur le budget, le nouveau président a déjà levé un coin du voile: la France tiendra ses engagements budgétaires sans exiger une politique de change active de la part de la BCE - rien de nouveau sous le soleil élyséen ; en matière de sécurité, on ne voit pas venir d'exigence sur l'application stricte des accords de Schengen par nos partenaires; quant à la politique étrangère,  le nouveau président envoie des signes contradictoires vis-è-vis des Etats-Unis mais il n'a jusqu'ici pas signifié autre chose que sa volonté de rester dans le cadre occidental. 

Christophe Bouillaud : Il me semble tout de même que la  ligne générale  du « macronisme » est déjà très claire à ce stade, entre le parcours d’Emmanuel Macron lui-même, sa campagne électorale pour la présidentielle, et ses premiers actes en tant que Président de la République, pour ne pas parler de l’orientation de ses premier et second gouvernements. D’un point de vue très général, Emmanuel Macron est donc libéral en économie, européiste en géopolitique, et bonapartiste dans sa relation à la société française. Cela veut dire par exemple, comme on l’a vu lors du dernier Conseil européen, qu’il veut relancer l’ «Europe de la défense » en lien avec l’Allemagne, et si possible obtenir une « Europe qui protège », toujours en lien avec l’Allemagne, en matière économique et sociale. De ce même fait, il ne peut qu’être pour un sévère ajustement des finances publiques françaises pour respecter les règles en vigueur depuis le Traité de Maastricht. La Cour des comptes vient en plus de lui donner son appui marqué à travers son récent Rapport. Sa réforme du marché du travail part de considérations semblables, avec un fort affichage face aux investisseurs pour constituer la vitrine extérieure d’une France qui se réforme enfin et où l’on peut donc investir sans appréhensions excessives. Pour ce qui est des questions de politique étrangère et celles de sécurité, on sent bien déjà que le réalisme l’emporte en pratique sur les grandes envolées qui célèbrent par ailleurs la France patrie des Droits de l’Homme. Le discours de Versailles devrait donc confirmer cette triple orientation générale – libérale, européiste, bonapartiste - en l’inscrivant dans l’intérêt général de la France et des Français sur le long terme. 

 
Commentaires

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  • Par J'accuse - 03/07/2017 - 10:13 - Signaler un abus L'illusionniste en action

    L’ambiguïté de Macron n'est rien d'autre que le flou d'Hollande enjolivé par la presse: laisser croire à tous (partis, syndicats, électeurs) que la politique qui sera menée leur conviendra, et au final ne pas faire de vrais choix, ce qui mécontentent tout le monde. Il tentera donc d'y rester le plus longtemps possible. Je fais le pari qu'on n'en saura pas plus ce soir, mais il sera chaleureusement applaudi par sa majorité élargie, et bien sûr encensé par nombre de journalistes hypnotisés.

  • Par vangog - 03/07/2017 - 10:18 - Signaler un abus "Libéral en économie, Macron"???????

    Nous ne devons pas évoquer le même libéralisme que celui qui est évoqué dans l'école de science pipologie, Bouillaud! Macron a été ministre de l'économie d'un gouvernement qui a pulvérisé les taux de prélèvements obligatoires et amené la part de l'état socialiste à un record mondial: 57% du PIB..,rien, mais alors rien de libéral là-dedans! et puis...le libéralisme, c'est la transparence et la confiance...tout est opaque chez Macron! Il est déjà en train de reporter à plus tard (fin du quinquennat?...) toutes les promesses qui l'ont fait élire par les benêts, et il n'a toujours pas dit où il trouverait les huit milliards que le gouvernement Valls-Macron-Homlande avait escamotés...c'est le propre du socialisme, Bouillaud! Pas le libéralisme...

  • Par cloette - 03/07/2017 - 11:07 - Signaler un abus C'est pourtant simple

    La mission de Macron est pour commencer l'Europe fédérale et élargie. . La prioritè donnée aux multinationales ,et â la haute finance . Et Installer, d'après ce qu'on constate , un pouvoir autoritaire qui lui plait bien ! Jupiter oblige !

  • Par Michèle Plahiers - 03/07/2017 - 13:20 - Signaler un abus Le gros caillou

    L'emplacement du parlement européen. Pour Merkel, c'est clair: Bruxelles. Les républicains ne veulent pas en entendre parler...http://www.lalibre.be/actu/international/la-cdu-allemande-passe-a-l-offensive-elle-veut-en-finir-avec-le-parlement-europeen-a-strasbourg-595a0387cd706e263e97a1bc

  • Par Michèle Plahiers - 03/07/2017 - 13:31 - Signaler un abus Rien

    Les paroles de Macron sont claires: si tu n'as pas réussi dans la vie: tu n'est rien. S'il échoue avec le Parlement européen,.... la place du "RIEN" le guette,.....

  • Par Outre-Vosges - 03/07/2017 - 14:37 - Signaler un abus L'intérêt de Macron n'est pas celui de la France

    C’est la France qui aurait intérêt à ce qu’on sortît de l’ambigüité, Macron lui-même a tout intérêt à rester dans le vague puisque c’est sur ce vague qu’il a été élu.

  • Par Deudeuche - 03/07/2017 - 16:12 - Signaler un abus @Outre Vosges

    Bof l'essentiel c'est de petarder le Grand Est!

  • Par gerint - 03/07/2017 - 22:16 - Signaler un abus Pour ceux qui doutaient de l'obscénité de Macron

    Je pense que ça devient clair

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Edouard Husson

Edouard Husson est historien. Ancien vice-chancelier des universités de Paris, ancien directeur général d'Escp Europe, il a fait ses études à l'Ecole normale supérieure et à Paris Sorbonne, dont il est docteur en Histoire. Edouard Husson a été chercheur à l'Institut für Zeitgeschichte de Munich (1999-2001) et chercheur invité au Center For Advanced Holocaust Studies de Washington (en 2005 et 2006). Il a également été fait docteur honoris causa de l'Académie de Philosophie du Brésil (Rio de Janeiro) pour l'ensemble de ses travaux sur l'histoire de la Shoah.

Il est aussi vice-président de l'université Paris Sciences et Lettres (www.univ-psl.fr)

 

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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