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Les dirigeants sociaux-démocrates européens reçus à l’Elysée : mais pourquoi la France a-t-elle zappé cette étape pour foncer direct au social-libéralisme ?

Ce samedi 12 mars, François Hollande réunit les sociaux-démocrates européens à Paris. Alors que François Hollande s'est souvent défini lui-même comme social-démocrate, la France n'a connu qu'une forme bien particulière et non assumée de social-démocratie.

Exception française

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Les dirigeants sociaux-démocrates européens reçus à l’Elysée : mais pourquoi la France a-t-elle zappé cette étape pour foncer direct au social-libéralisme ?

Atlantico : Ce samedi 12 mars, François Hollande réunit les sociaux-démocrates européens à Paris. Alors qu'il s'est souvent défini lui-même comme social-démocrate, peut-on vraiment dire que la France a connu la social-démocratie ? N'y a-t-il pas des spécificités bien françaises ?

Christophe Bouillaud : La spécificité française, c'est d'abord qu'en France on mène une politique social-démocrate depuis longtemps, mais sans l'affirmer clairement. La SFIO comme le Parti socialiste n'ont jamais été réellement révolutionnaires. Mais il existe une tradition de la révolution et de la lutte des classes à gauche qui a conduit les socialistes à ne jamais rompre complètement avec la dialectique révolutionnaire, quand bien même ils défendaient ou menaient une politique social-démocrate. A l'inverse, le SPD allemand par exemple, a rompu depuis longtemps avec cette rhétorique.

Ce décalage a d'ailleurs eu des effets désastreux sur François Hollande. Il a fait une campagne en 2012 dans laquelle il a employé une rhétorique révolutionnaire comme lors de son discours du Bourget par exemple, pour finalement faire passer la loi Macron ou proposer la loi El Khomri. Cet écart entre le discours et les actes a fini par être trop important et c'est ce que lui font et vont lui faire payer les électeurs de gauche. Pourtant, on peut penser qu'un discours plus en adéquation avec la politique menée aurait eu pour effet de moins révolter cet électorat.

Par ailleurs, une autre spécificité, c'est qu'en France, c'est l’État qui a pris des décisions législatives pour imposer un certain nombre de progrès sociaux. Ce ne sont pas les partenaires sociaux proprement dit qui ont pris des décisions.

Cela s'explique par le fait qu'il n'a jamais existé un mouvement syndical unifié. Il y a toujours eu plusieurs syndicats avec des lignes très différentes et qui n'ont jamais été capables de véritablement s'unir pour agir de manière coordonnée. Il existe une tendance révolutionnaire, historiquement la plus forte dans les syndicats et incarnée par le CGT ou FO, et une tendance plus réformiste comme la CFDT.

A l'inverse, en Allemagne, un syndicat comme le IG Metall représentait à lui tout seul le cœur de la classe ouvrière allemande. Par conséquent, une fois que le patronat s'était mis d'accord avec ce syndicat, les choses pouvaient avancer sans une intervention trop importante de l’État. Cela a permis la conclusion de solides conventions collectives de branches, car appuyées sur une force syndicale importante. Tandis qu'en France, les accords sont toujours beaucoup plus faibles car les syndicats sont divisés, ce qui a conduit l’État à trancher et imposer le plus souvent sa solution.

Alors que l'Allemagne ou d'autres démocraties européennes se sont tournées sans ambiguïté vers le modèle social-démocrate, comment expliquer cette spécificité du modèle français, social-démocrate sans le dire et surtout sans coopération avec les syndicats ?

Une des premières raisons tient au lien historiquement très faible entre le Parti socialiste et les mouvement syndicaux. Il n'y a pas de tradition bien établie d'actions coordonnées entre eux. A l'inverse par exemple de l'Angleterre où le Trade union congress – le syndicat ouvrier – a soutenu pendant très longtemps son parti politique, le Labour Party.

La deuxième raison de la spécificité française, c'est la concurrence entre les socialistes et les communistes. Pour garder le soutien des ouvriers et de la gauche révolutionnaire française représentée par le Parti communiste, les socialistes ont longtemps eu besoin de conserver une dialectique marxiste et révolutionnaire. Cela leur a rendu impossible le fait de s'affirmer sociaux-démocrates, ce qui aurait exigé une rupture avec ce discours.

L'autre raison, évoquée plus haut, c'est l'éclatement très frappant en France des mouvements syndicaux. A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la CGT s'est scindée en deux en CGT et CGT-FO. Le syndicalisme catholique s'est à son tour divisé en deux branches en 1964 entre CFDT et CFTC.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 12/03/2016 - 17:53 - Signaler un abus Social-Démocratie

    En fait, il me semble que ce que l'on appelle ''Social-Démocratie'', c'est la politique qui a été menée, avec grand succès, pendant les ''Trente Glorieuses''. Ce qui a été introduit au début des années 1980 par Reagan et Thatcher, c'est le ''Social-Libéralisme''. Et après 35 ans de mise en œuvre, cette saloperie a conduit le monde à son état d'absolu désastre actuel !

  • Par Anguerrand - 12/03/2016 - 17:59 - Signaler un abus Pour une raison simple

    La France a été le seul pays occidental à rester marxiste, et vient de comprendre qu'elle avait " oublié" une étape celle du social liberalisme, et devait donc oublier cette étape pour passer directement au social libéralisme. La France a toujours 20/30 ans de retard sur ses concurents et ça se voit dans nos résultats economiques donc de notre niveau de vie.

  • Par Ganesha - 12/03/2016 - 18:13 - Signaler un abus Anguerrand

    Anguerrand, vous avez donc décidé de concurrencer les plus grands comiques de votre époque : Buster Keaton, Charlie Chaplin, Laurel et Hardy ! Je suis déçu que vous ne me ressortiez pas votre immortel cri de guerre : ''Aucun Argument'' !

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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