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Le dilemme du Royaume-Uni : la reprise demande plus de main-d'œuvre qu'il n’y en a mais les capacités d’accueil des immigrants sont déjà sous tension

Le Royaume-Uni va bien, un peu trop même : il manque de plus en plus de main d’œuvre qualifiée pour pourvoir les nouveaux postes créés par la croissance. David Cameron paye ainsi les conséquences de sa politique anti-immigration.

Paradoxe

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Le dilemme du Royaume-Uni : la reprise demande plus de main-d'œuvre qu'il n’y en a mais les capacités d’accueil des immigrants sont déjà sous tension

La société britannique est-elle aujourd'hui en mesure d'accueillir davantage d'immigrés ?

Guylain Chevrier : Comme l’Allemagne, l’Angleterre est confrontée à une injonction paradoxale, la nécessité d’avoir recours à la main-d’œuvre étrangère, tout en étant en mal d’intégration des populations migrantes qui arrivent sur son sol. Ce qui l’amène à freiner une politique qui a été longtemps celle d’un accueil inconditionnel uniquement fondé sur la logique économique. L’opinion britannique est beaucoup moins favorable aujourd’hui à cet accueil, puisque selon une enquête récente, seulement un britannique sur dix y est favorable.
Un sentiment qui ne peut qu’être renforcé par  l’incapacité de l’UE à résoudre sérieusement la crise migratoire actuelle, en nourrissant un peu  plus l’euroscepticisme, pour peser sur les décisions du gouvernement en la matière.
 

Quels sont les facteurs indépassables qui expliquent les crispations actuelles sur le sujet, alors même que le Royaume-Uni était un pays traditionnellement ouvert à l'immigration ?

Guylain Chevrier :  L’accroissement des blancs et pauvres à la marge de la vie des grandes villes pèse électoralement dans le sens d’un télescopage avec une immigration perçue comme un désavantage dans la course à l’emploi, même si cela devrait être modéré par une forte croissance anglaise et un faible taux de chômage. Ceci est à remettre dans le contexte d’une croissance qui profite d’abord aux secteurs porteurs à haut niveau de qualification qui ne concerne donc pas tout le monde et tout d’abord pas, derrière ce renouveau économique lié à la dévalorisation de la livre, une partie de l’Angleterre abandonnée à sa pauvreté. C’est de ce côté qu’il faut chercher aussi la dynamique d’une extrême droite qui était encore méconnue il y a peu outre-manche.  Les dernières statistiques publiées font état d’un solde migratoire de 260.000 personnes au Royaume-Uni au cours de l’année écoulée 2013- 2014, c’est-à-dire une augmentation de 43 % de plus que l’année précédente. Un autre phénomène vient renforcer une immigration déjà régulière ven
 

Quel regard les Britanniques portent-ils aujourd'hui sur le multiculturalisme ?

Guylain Chevrier : Dans ce contexte, l’évocation de plus d’immigration renvoie les Anglais à des risques supplémentaires du point de vue des tensions qui traversent déjà la société anglaise, alors que l’actualité est régulièrement secouée par des difficultés rencontrées avec les communautés dont les dérives communautaristes, comme l’application de la charia courte par des tribunaux islamiques, a pu défrayer la chronique. Il y a aussi les affrontements intercommunautaires qui font l’actualité, sans oublier les traces des attentats de Londres qui ont fait s’effondrer l’idée que le multiculturalisme exorcisait certains risques. On se rappelle que le Premier ministre britannique, David Cameron, comme la chancelière allemande Angela Merkel en 2010, avait dénoncé l'échec de la politique de multiculturalisme dans son pays, en appelant à mieux intégrer les jeunes musulmans pour lutter contre l'extrémisme. La marque d’un changement important dans la politique britannique à l'égard des minorités ethniques et religieuses. Malgré la volont

 
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  • Par Gré - 22/06/2015 - 15:05 - Signaler un abus "injonction paradoxale, la

    "injonction paradoxale, la nécessité d’avoir recours à la main-d’œuvre étrangère, tout en étant en mal d’intégration des populations migrantes qui arrivent sur son sol" ---------------- Il n'y a rien de paradoxal là-dedans. Il faut juste constater que les immigrés qui arrivent sur le sol de la GB n'ont pas les capacités requises et, au contraire, sont sources de problèmes. Donc, il est logique de refuser cette immigration pour choisir celle dont on a besoin. Peu de gens sont opposés à cette forme d'immigration.

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Guylain Chevrier

Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant , formateur et consultant.

Il est membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration.

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Pierre-François Gouiffès

Pierre-François Gouiffès est maître de conférences à Sciences Po (gestion publique & économie politique). Il a notamment publié "Margaret Thatcher face aux mineurs" (Privat, 2007), "Réformes: mission impossible ?" (Documentation française, 2010) et "L’âge d’or des déficits, 40 ans de politique budgétaire française" (Documentation française, 2013). Il tient un blog sur pfgouiffes.net.

Vous pouvez également suivre Pierre-François Gouiffès sur Twitter

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