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Le dilemme LREM : comment construire un parti en état de marche tout en restant dans la soumission à la pensée complexe d’Emmanuel Macron ?

Le fonctionnement interne d​e LREM, totalement sous l'emprise du président de la République, va à l'encontre de la notion même de parti politique​, celle-ci étant de proposer un rôle intermédiaire entre le peuple et le gouvernement.

Injonction contradictoire

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Le dilemme LREM : comment construire un parti en état de marche tout en restant dans la soumission à la pensée complexe d’Emmanuel Macron ?

Atlantico : Le 18 novembre prochain, l'élection de Christophe Castaner, seul candidat en lice à la direction de LREM (une décision prise par Emmanuel Macron) aura lieu lors de la Convention du parti à Lyon. Une situation qui a pu créer quelques tensions en interne, notamment lorsque le sénateur LREM Julien Bargeton a indiqué "À mon avis, il serait souhaitable qu'il ne reste pas au gouvernement". Plus globalement, en quoi le fonctionnement interne d​e LREM, totalement sous l'emprise du Président, peut-il être considéré comme paradoxal avec la notion même de parti politique​, celle-ci étant de proposer un rôle intermédiaire entre le peuple et le gouvernement ?

Quelles sont les carences du parti en la matière ?

Jean Petaux : Ce qui est en question ici c’est la nature et la forme du parti politique que vous imaginez.  Il n’y a jamais un seul type de partis politiques. Le premier, Maurice Duverger en son temps (années 50), a fait la distinction entre « partis de masse » et « partis de cadres ». On peut même imaginer que bien avant lui, Roberto Michels le sociologue italien que l’on classe volontiers à droite, au sortir de la Première guerre mondiale, travaillant sur la social-démocratie allemande (le SPD), trouve dans le grand parti allemand, représentant de la classe ouvrière, tendance «  réformiste » par opposition au Parti Communiste allemand après 1921, affilié au Komintern, le ferment de la fameuse « loi d’airain de l’oligarchie » telle que Michels va la définir.

On peut tout à fait accorder crédit au politique britannique, Vincent Wright, très fin connaisseur par ailleurs de la vie politique française, qui fit de nombreux séjours en France en particulier en tant que professeur invité à Sciences Po Bordeaux dans les années 1980 – 1990. Wright distingue deux types de partis politiques dans son ouvrage : “Comparative party models : rational-efficient and party demarchy” (1971), Le parti efficace-rationnel (Rational efficient model), comprenons aujourd’hui en France, « La République en marche » (LREM) se caractérise par le fait qu’il met l’accent sur les échéances électorales en mettant peu en avant les critères idéologiques. Wright ajoute que ce type de parti se contente de « peu » d’idéologie. Ce qui peut se traduire de la façon suivante : les élus sont peu « chouchoutés » et le parti se réveille surtout en période électorale.

Donc LREM n’a peut-être pas vocation à être le relais ou l’intermédiaire entre le peuple et le gouvernement tel que vous l’imaginez dans votre question. Si tel est le cas et si aucune « formuie » ne vient compenser ce déficit sans doute congénital, on peut tout autant concevoir que LREM cesse d’être considéré comme la « courroie de transmission » du président Macron, au profit d’une image ou d’une représentation plus simple : LREM est destiné à emporter les élections. C’est «une » « machine électorale essentiellement. On voit bien la « filiation », elle est américaine et bouscule largement la culture et la tradition française en matière d’ingénierie institutionnelle en France.  

 
Commentaires

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  • Par l'enclume - 11/11/2017 - 14:40 - Signaler un abus Cela fait froid dans le dos, honneur à ces hommes et femmes.

    LREM est mal barré avec des petits cons comme l'abruti de service qui s'est fendu d'une déclaration humiliante pour les chômeurs. "d'aller en vacances aux Bahamas" avec les indemnités chômage. Ce trou du cul ne sait pas que les chômeurs ont cotisé avant la catastrophe, c'est donc un du. Les chômeurs font ce qu'ils veulent de leurs indemnités.

  • Par J'accuse - 11/11/2017 - 18:49 - Signaler un abus Les partis sont des obstacles à la démocratie

    Un parti sert d'abord à gagner des élections; prétendument avec le peuple mais en réalité contre, en lui mentant sur les programmes et en faisant des promesses que les élus ne tiendront pas. Après avoir servi de marchepied aux politiciens ambitieux et retords pour se faire élire, ils sont les godillots des élus pour voter leurs lois en simulant la légitimité démocratique. Il faut supprimer les partis.

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Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, ingénieur de recherche, politologue à Sciences Po Bordeaux, grande école dont il est depuis 27 ans le directeur de la Communication et des Relations extérieures. Auteur d’une dizaine d’ouvrages,  il dirige aux éditions « Le Bord de l’Eau » la collection « Territoires du politique » et y a publié en avril 2017 un livre d’entretiens avec Michel Sainte-Marie, ancien député-maire de Mérignac  intitulé « Paroles politiques ».  Parmi ses publications antérieures il a  codirigé aux Editions Biotop, en 2010,  Figures et institutions de la vie politique française.

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