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Difficile de garder un secret ? L'étude du cerveau explique pourquoi

Garder un secret ? Impossible. Freud le disait déjà : nous ne sommes pas fait pour retenir des informations ! Ou presque.

Mystère et boule de gum

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Difficile de garder un secret ? L'étude du cerveau explique pourquoi

Le cerveau n'est pas fait pour stocker des secrets. Crédit Reuters

Atlantico : D'après Freud, il est impossible de garder un secret : quand on ne parle pas directement, le corps le fait pour nous, via des mimiques ou des attitudes. Pourquoi réagit-on ainsi ? Quel est le mécanisme cérébral qui provoque ce genre de comportements ?

Jean-Paul Mialet : Il existe deux formes de langages. Le langage verbal, d'abord, contrôlé et maitrisé, qui exprime des connaissances. Le langage corporel, ensuite, qui exprime des émotions. Or, garder pour soi un secret, c'est être obligé de faire un effort pour le maintenir à distance de ce qu'on exprime verbalement.

Cet effort s'accompagne d'une inquiétude  de se trahir, qui peut apparaître dans le langage de la mimique et de la gestuelle.

Cela ne correspond pas à un mécanisme cérébral spécifique. Le système limbique, en charge des émotions, est en relation avec tout le système cognitif de l’hémisphère gauche qui intervient dans le langage verbal : le discours, même s’il mobilise des connaissances,  est inspiré et animé par les émotions. Mais le système limbique influence aussi, principalement via l’hémisphère droit,  une expressivité globale, qui à l'inverse du langage verbal, n'est ni filtrée, ni maîtrisée.

Les secrets peuvent agir de deux façons sur les émotions. D'une part on craint de se trahir et c'est une émotion que le langage de la mimique peut éventuellement révéler. D'autre part, le contenu du secret compte également. Il y a secret et secret ! Si je viens de tuer quelqu'un, il est évident qu'il sera plus difficile de ne rien laisser transparaître que si mon secret se borne à cacher à la caissière que je viens de voler une tablette de chocolat dans les rayons du supermarché.

Une étude publiée en 2007 dans American Journal of Psychology fait état d'un constat particulier : si garder un secret est si dur, c'est parce que ces secrets occupent une place trop importante dans le cerveau. Qu'est-ce que cela signifie ?  Comment stock-t-on les informations, et comment un cerveau peut-il se retrouver à court de place ?

La raison pour laquelle garder un secret est dur, c'est qu'il s'agit de quelque chose qui pèse sur la conscience. Dès lors, celle-ci se trouve toujours en situation d’alerte pour se défendre et  pour mettre le secret à l’écart, ne pas l'exprimer.

Le souvenir est stocké sous formes de traces dans la circuiterie cérébrale. Les traces mnésiques ont des localisations différentes selon qu'il s'agit d’images, de mots, de musiques. La reconstitution du souvenir par réactivation de ces traces fait appel à des zones diffuses du cerveau. Elle implique en fait l'ensemble du cerveau. Il n’y a pas de limite connue aux capacités de mémorisation du cerveau. En revanche, la capacité de récupération des souvenirs est limitée : on peut ne pas récupérer un souvenir dont les traces restent pourtant stockées dans le cerveau. En atteste l’activation électrique occasionnelle de souvenirs lointains, totalement oubliés, lors d’interventions neurochirurgicales.

Si notre mémoire semble ainsi illimitée, nous n'utilisons pas l'ensemble de cette mémoire, mais simplement une partie de celle-ci. On pourrait prendre l’image de l’ordinateur et dire que notre disque dur  a des capacités de stockage infinie, mais cette mémoire « morte » n’est exploitée qu’à travers une petite fenêtre de mémoire « vive » : la mémoire de travail. Cette mémoire-là  a des limites. Selon moi, les conclusions de l’American Journal of Psychology ne doivent pas être prises au pied de la lettre. Il ne s’agit pas de place dans le cerveau, mais de place dans la mémoire de travail. Le secret impose un effort de cloisonnement qui prend de la place dans la mémoire de travail et réduit la fenêtre de la mémoire vive dévolue à ce qui lui est étranger. Quand un individu s’entretient avec un autre en sachant pertinemment qu'il y a des éléments qu'il doit impérativement garder pour lui, ses pensées sont contaminées les informations secrètes qu’il convient de maintenir à l’écart. Plus on s’efforce de ne pas penser à quelque chose, plus on l’a en tête.

 
Commentaires

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  • Par copélia - 12/03/2014 - 12:18 - Signaler un abus demander à PB

    ses bandes ont eu des fuites!

  • Par el zorro - 12/03/2014 - 15:03 - Signaler un abus Doutes

    Personnellement je considère ce travail comme bien spécieux. En ce qui me concerne il y a des choses que je suis seul à savoir et que je n'ai jamais dites et ne dirait jamais. Cela n'entraine de ma part aucune gène ni aucun mal à l'aise

  • Par Ravidelacreche - 12/03/2014 - 16:03 - Signaler un abus Hémisphères ? hémisphère ?

    Il a une tête d'hémisphère mon cerveau ? :o))

  • Par François Homeland - 12/03/2014 - 16:32 - Signaler un abus Un secret partagé par plus de 1 personne n'est plus un secret...

    Argument pour garder le silence : "Si je vous dis ce que je sais, je serai obligé de vous tuer ensuite". En général, votre interlocuteur se demande si c'est du lard ou du cochon et ça clôt la discussion !

  • Par cpamoi - 12/03/2014 - 17:45 - Signaler un abus Ils paradent, coûtent une fortune et ne guérissent rien.

    Étonnantes études à raison d’une par semaine ! Les psychiatres ont trouvé un nouveau moyen de rafler des subsides aux États : l’étude sur la cervelle. Pas une semaine sans un cri de victoire ! Et au final ? Des hôpitaux psychiatriques qui sont des culs-de-basse-fosse, où ni la décence, ni l’humanité, ne s’invitent. Des médicaments hors de prix et, in fine, parfaitement inutiles, sont prescrits dans les cas d’Alzheimer et de Parkinson. Il n’y a que dans la médecine occidentale – trop structurelle – que la cervelle est devenue une sorte d’organe-dieu. Mais enfin, si cela rapporte du fric, qu’importe les résultats puisque personne n’en exige.

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Jean-Paul Mialet

Jean-Paul Mialet est psychiatre, ancien Chef de Clinique à l’Hôpital Sainte-Anne et Directeur d’enseignement à l’Université Paris V.

Ses recherches portent essentiellement sur l'attention, la douleur, et dernièrement, la différence des sexes.

Ses travaux l'ont mené à écrire deux livres (L'attention, PUF; Sex aequo, le quiproquo des sexes, Albin Michel) et de nombreux articles dans des revues scientifiques.

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