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Dieu démission, Libé au pilon : qui de l'Eglise ou des médias est le plus imperméable à la logique de l'autre ?

Alors que Libération titrait mercredi "Dieu démission", une étude du centre américain Pew révèle que le pape attire principalement l'attention journalistique sur trois sujets : les visites internationales, les déclarations sur les prêtres pédophiles, et les discours de Noël.

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Dieu démission, Libé au pilon : qui de l'Eglise ou des médias est le plus imperméable à la logique de l'autre ?

Une de Libération, mercredi 13 février 2013. Crédit DR

Atlantico : Alors que Libé titre "Dieu démission", une étude du centre américain Pew révèle que le Pape attire principalement l'attention journalistique sur trois sujets : les visites internationales, les déclarations sur les prêtres pédophiles, et les discours de Noël. Peut-on dire que les médias ont un traitement partiel de l'Eglise catholique ?

Nicolas Senèze : J’aurais tendance à dire que les médias ont un traitement partiel sur la plupart des sujets qu’ils abordent. Je ne pense pas en conséquence que l’Eglise catholique soit logée à meilleure ou pire enseigne que les autres institutions. Le monde politique, parmi d’autres, est ainsi souvent résumé aux petites phrases qui animent sa surface et l’on ne voit que très rarement des articles de fond visant à expliquer les mécanismes concrets qui l’animent. On peut dire que le ressenti des fidèles face à des annonces médiatiques concernant l’Eglise est particulier, mais je ne verrais pas de réelle différence en dehors de celle-ci.

On pourrait même dire qu’une partie de la presse, en particulier la presse anglo-saxonne (Wall Street Journal par exemple), s’est intéressée à certains messages que Benoît XVI a souhaité faire passer sur les conséquences de la crise économique. 

François Miclo : Dans les rédactions, on n'a pas attendu Dan Brown pour savoir que le Vatican – ses secrets, ses caves, ses ors et son encens – faisait vendre. Le scandale aussi. Titrer aujourd'hui sur un scandale au sein de l'Eglise, c'est bingo ! Prenons le seul exemple de la pédophilie. Les médias nous ont bourré le mou avec l'idée que le pontificat de Benoît XVI était entaché par les scandales pédophiles. Sauf que c'est lui qui, contrairement à ses prédécesseurs, a voulu mettre bon ordre dans l'Eglise en brisant l'omerta qui prévalait jusqu'alors. De même, les éditorialistes persistent à gloser sur le rejet du préservatif par l'Eglise, alors que Benoît XVI en a admis, en 2010, l'utilisation prophylactique. Il n'innove même pas, il se situe juste dans la lignée du cardinal Lustiger qui, en 1988, disait que le préservatif était « un moyen de ne pas rajouter du mal à un autre mal ». Les médias n'ont pas seulement un traitement partiel de l'Eglise catholique : ils en ont, la plupart du temps, une vision totalement déformée, fausse, outrancière.

Jacques de Guillebon : Oui, bien entendu, le traitement médiatique de la vie de l’Eglise catholique est partiel - du moins si l’on se fie aux grands médias généralistes, qui sont grands par les moyens plutôt que par la profondeur de leurs analyses d’ailleurs. Mais passons. Les médias, tel que l’on entend ce mot aujourd’hui, ne sont pas coupables dans leur ensemble de maltraiter l’Eglise catholique, dans ce sens que c’est leur structure même qui leur interdit de comprendre cet objet gigantesque, historiquement, géographiquement, démographiquement et last but not least, intellectuellement et spirituellement qu’on appelle l’Eglise. Ainsi, ils voudraient mieux traiter son actualité qu’ils ne le pourraient pas, parce qu’ils sont devant quelque chose qui les dépasse.

Les critiques sur la communication brouillonne voire inexistante de l'Eglise sont-elles justifiées ou traduisent-elles une myopie volontaire des médias ?

Nicolas Senèze : J’aurais envie de répondre l’un et l’autre à la fois. Ces critiques sont justifiées dans le sens ou l’Eglise n’a jusqu’à récemment pas vraiment considéré la remise en cause de ses méthodes de communication. L’administration cléricale se contente traditionnellement d’émettre un message et s’attend à ce que les journalistes fassent le travail de mise en forme et d’exposition. On disait ainsi pendant longtemps que l’on trouvait deux types de journalistes au Vatican : ceux qui dépendaient directement du clergé chargés de répercuter « la bonne parole » et de l’autre les journalistes indépendants qui étaient plus ou moins hostiles à l’institution. L’arrivée de Greg Burke (ancien correspondant du Time Magazine au Vatican) à un poste équivalent à celui de directeur de communication a néanmoins fait évoluer ce schéma bipolaire et l’on peut aujourd’hui observer des prémices d’organisation en interne sur le plan de la communication.

François Miclo : Je ne crois même pas que cela soit volontaire. La myopie des médias est inconsciente. Elle tient surtout à ce qu'Edgar Quinet appelait, à la fin du XIXe siècle, « l'impensé de la laïcité » : pour cet anticlérical viscéral, la France n'était pas parvenue, avec la Révolution, à « extirper le papisme » du pays. Selon Quinet, le christianisme restait toujours aussi opérant et puissant dans les mentalités, même chez les plus laïques d'entre elles. C'est la tâche aveugle de nos sociétés occidentales : largement déchristianisées, leurs ressorts les plus profonds sont essentiellement chrétiens. Il y a de quoi causer, au plus honnête homme, des problèmes de vue.

Jacques de Guillebon : Brouillonne, oui, la communication du Saint-Siège au sens strict l’a été, et le demeure parfois encore. Sans doute parce que derrière les murs du Vatican, ne le cachons pas, s’agitent des factions contradictoires. Ceux que Benoît XVI a appelé « les loups » lors de son élection. Mais la communication de l’Eglise, c’est aussi et d’abord la voix du Pape, des évêques, des prêtres et des laïcs actifs. En son sens de parole de sagesse et d’espérance pour les siècles, cette communication fonctionne. Quand le Secours catholique aide 1,5 million de personnes en France chaque année, c’est de la communication qui fonctionne.

 
Commentaires

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  • Par 20dicte - 14/02/2013 - 10:00 - Signaler un abus Qui n'a pas de Dogme? auquel

    Qui n'a pas de Dogme? auquel cas il n' y aurait de partis politiques et encore moins de journalistes!!!

  • Par Nico Attal - 14/02/2013 - 11:44 - Signaler un abus Marx est mort mais Dieu est bien vivant

    Libé représente bien cette presse démagogue prenant volontiers un ton prophétique pour énoncer des « vérités » maintes fois démenties par l'histoire, en abusant d'un langage fossilisé, tiré de la Vulgate marxiste ("troupes", "réactionnaires"… ça fait rire au XXIème siècle). Le titre de Libé fait penser au grand "penseur " et non moins habile "stratège" Staline : "le Vatican, combien de divisions?". La réalité, c’est que l'empire soviétique, qui devait durer autant que l’humanité radieuse, s'est écroulé au son des trompettes de Jéricho du Pape Jean-Paul, révélant toute l’étendue d’un des pires cauchemars qu'ait connus l'humanité. L'autre exterminateur des religions, le nazisme, usait de la même propagande aveugle et arrogante avec son Reich "qui devait durer mille ans". N’en déplaise à Libé, les religions ont la peau dure : le judaïsme a plus de 7000 ans, le catholicisme plus de 2000 et l’Islam plus de 1400. Libé peut tranquillement continuer à déblatérer de son côté.

  • Par mascarine - 14/02/2013 - 11:56 - Signaler un abus pauvre libé

    obligé de coller à la connerie de ses lecteurs , pour vendre son torchon !

  • Par Ravidelacreche - 14/02/2013 - 16:51 - Signaler un abus qui de l'Eglise ou des médias...

    A l’école primaire privée Notre-Dame de St Mihiel dans la Meuse, on exige des élèves de CM1 qu’ils apprennent par cœur un verset du coran dans le cadre d’un cours sur l’islam. Vu dans l'Est Républicain

  • Par ElmoDiScipio - 14/02/2013 - 17:21 - Signaler un abus C'est quoi le tirage de Libé ?

    ....

  • Par golvan - 14/02/2013 - 20:29 - Signaler un abus Environ 160 000

    Environ 160 000

  • Par Apicius - 14/02/2013 - 20:39 - Signaler un abus "Libération" ?

    La crétinerie qui s'étale ...

  • Par Teo1492 - 14/02/2013 - 23:40 - Signaler un abus Libération : faillite ?

    il paraît que Libé a des soucis financiers... Normal, c'est là où mène le journalisme de caniveau...

  • Par Le gorille - 15/02/2013 - 06:12 - Signaler un abus Sérieux cet article ? J'en doute

    Le Vatican a-t-il besoin d'une 'com' ? Bon, le Pape semble répondre en ayant institué le tweet au Vatican. Pour moi, la 'com' du Pape doit rester très loin de l'agitation journalistique, car son message essentiel n'est pas de l'ordre de l'événementiel. Benoît XVI vient même de dire que l'on commençait tout juste à sortir du "Vatican II virtuel", celui créé par les journalistes qui ne comprenaient (strictement ?) rien ! Alors, restons prudent dans l'appréciation "brouillonne" de cette communication. Jésus envoyait ses disciples 2 par 2. Le Pape a une armée de clercs. Alors, où est le défaut ?

  • Par ElmoDiScipio - 15/02/2013 - 15:08 - Signaler un abus Non non Golvan, Libé c'est ...

    119.311 exemplaires en moyenne sur l'année 2012 et 8.919 en numérique. (données officielles OJD). Pas 160K. Ce n'est même plus un lecteur de quotidiens sur 15 !!!! Libération est au journalisme ce que le PC est à la politique ... un achat militant de profs de l'EN. Avec la même tendance à la forte baisse sur un an que Le Monde et avec la même situation déficitaire et au bord du dépôt de bilan malgré les 20 millions d'Euros d'aides et de subventions d'Etat. Libération se prend pour le Guardian ou la Repubblica mais ces deux vrais journaux de gauche, c'est pas Joffrin et Demorand et ce ne sont des torchons de tout juste 15 pages....

  • Par ElmoDiScipio - 15/02/2013 - 15:20 - Signaler un abus (suite)

    et j'oubliais de dire que Libé a fait ses chiffres médiocres en pleine année des Présidentielles avec le retour de la gauche au pourvoir qui auraient du porter le journal aux cimes .... l'année 2013. La fin d'année 2012 a été catastrophique. J'ai vu 160K c'est le tirage pas la diffusion ... 25% de déchet il sont encore moins ecolo que leur demeuré de Huet et son pseudo Green friendly blog Sciences2...

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Jacques De Guillebon,François Miclo et Nicolas Senèze

Jacques de Guillebon est essayiste,  journaliste indépendant et éditorialiste pour le mensuel La Nef.

Il est notamment l'auteur de Nous sommes les enfants de personne (Xénia, 2010), du Nouvel ordre amoureux (L'Oeuvre, 2008) et publiera prochainement un nouvel ouvrage intitulé L'anarchisme chrétien.

François Miclo est rédacteur en chef de tak.fr. Twitter : @fmiclo

Nicolas Senèze est journaliste, diplômé de l'École supérieure de journalisme de Lille, Nicolas Senèze a travaillé au service Religion du quotidien La Croix de 1999 à 2009.

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