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Ce diagnostic de la réalité que devraient commencer par faire les milliardaires français soudainement épris de justice sociale

Des hommes d'affaires tels que François Pinault ou Mathieu Pigasse ont fait part de leur inquiétude concernant la politique d'Emmanuel Macron. Une véritable prise de conscience des élites financières ?

Riches et pas contents

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Ce diagnostic de la réalité que devraient commencer par faire les milliardaires français soudainement épris de justice sociale

 Crédit LOIC VENANCE / AFP

Atlantico : Plusieurs hommes d’affaires critiquent et s’inquiètent de la politique sociale d’Emmanuel Macron, dont Mathieu Pigasse et François Pinault. L’ancien PDG du groupe de luxe Kering, estime dans une interview au Monde magazine parue ce vendredi, que le président de la République « ne comprend pas ses citoyens les plus pauvres ». Le milliardaire ajoute qu’il redoute qu’Emmanuel Macron "mène la France vers un système qui oublie les plus modestes". Comment analysez-vous cette déclaration de la part d’un homme d’affaires comme François Pinault ?

Jean-Paul Betbeze : En France, même les milliardaires ne sont pas comme ailleurs ! Aux Etats-Unis, où ils sont bien plus nombreux et aussi plus riches, beaucoup critiquent le Président Trump pour sa politique sociale et d’immigration, et surtout sur le commerce international. Certains, rares, l’encouragent dans une politique libertarienne. Surtout, les milliardaires américains ont créé beaucoup de millionnaires, au moins, que l’on songe aux actionnaires et aux salariés d’Apple ou Facebook, ou aux actionnaires de Berkshire Hathaway, le groupe de Warren Buffet. Enfin, de nombreux milliardaires américains ont prévu de léguer l’essentiel de leur fortune à des fondations caritatives, voire s’y engagent à temps plein, comme Bill Gates (deuxième fortune mondiale avec 90 milliards, derrière Jeff Bezos 112), dans la Fondation Bill-et-Melinda Gates.

Il n’est pas question ici de mesurer le talent, voire le génie de ces personnes, sans doute servies par la chance (qui sourit aux audacieux, comme on sait), mais de voir comment elles envisagent d’utiliser leur expertise et les résultats de leur succès, pour leur pays et, plus généralement, pour aider. Ces milliardaires américains font parfois de la politique, mais prêchent surtout par l’exemple.

Le cas français ne semble pas aller sur cette voie. Les milliardaires ici sont en général silencieux, plus souvent mécènes en art qu'en activités, moins encore activistes. Dans leurs entreprises, leur politique d’intéressement est plus généreuse, mais pas très différente des autres (non milliardaires), sans doute pour des raisons légales et fiscales. Enfin, on ne sait pas grand-chose de leur testament. C’est leur choix. N’est pas Soros qui veut.

Ce qui est plus étrange ici, c’est par exemple que François Pinault, troisième fortune française (autour de 27 milliards de dollars selon Forbes, mais trentième mondiale tout de même) s’en prend au Président de la République, qui « ne comprend pas ses citoyens les plus pauvres ». Il n’avance pas de preuve : son propos suffit, et moins encore d’explication : que veut dire « comprendre » ?

Veut-il donc proposer de surtaxer les gros héritages, comme le proposent certains soutiens du Président (puisque « les enfants des innovateurs sont souvent des rentiers » selon Philippe Aghion, Philippe Martin et Jean Pisani-Ferry). Veut-il plutôt donner ses milliards à la Fondation de France, financer une cause spécifique ? « Comprendre » : c’est faire quoi ? Et les milliardaires n’ont-ils pas un rôle particulier dans cette France qui n’aime pas beaucoup l’argent, mais qui a un taux de chômage structurel autour de 7% ?

 
Commentaires

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  • Par zelectron - 26/06/2018 - 10:37 - Signaler un abus erreur de diagnostic

    la répartition massique de la richesse en France est plutôt celle qui privilégie 10 millions de "statutaires" par rapport aux 10 millions de chômeurs et pauvres "amalgamés". Les riches ne sont qu'une portion infime de ces masses et distribuer une partie de leurs fortunes en "prêt à consommer" est illusoire ! En revanche soutenir les PME/ETI manufacturières et innovatrices semblerait cent fois plus profitable pour le présent et l'avenir.

  • Par F. Revellat - 26/06/2018 - 11:44 - Signaler un abus En clair : Il faut s’occuper

    En clair : Il faut s’occuper des pauvres mais pas avec mon argent évidemment ! La version milliardaire de « Not In My Backyard » : not with my money . C’est à hurler ....Les mêmes qui s’expatrient pour raisons fiscales, de fiscalisent a tour de bras, délocalisent ou réduisent leurs effectifs mais augmentent les dividendes.

  • Par Citoyen-libre - 26/06/2018 - 13:16 - Signaler un abus Vous avez dit bizarre !

    Quand un riche, qui ne sait même plus à quoi correspond 1000 euros, s'émeut des pauvres, en France, c'est qu'il commence à avoir péril en la demeure. La demeure étant la sienne. L'homme est ainsi fait, il est programmé pour monter les barreaux de l'échelle. Quand, les circonstances l'obligent à regarder les barreaux du dessous, c'est qu'il y a un intérêt (les socialistes) ou un danger (les non socialistes). D'ou l'avertissement à Macron. Faudrait tout de même pas que les sans dents, se réveillent et foutent le bordel.

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Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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