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Le diable se cache dans les détails des chifffres de l’Insee : ces 0,1% d’entreprises qui font l’économie française et démontrent son libéralisme à deux vitesses

Selon un rapport INSEE publié ce 15 mars, 52% de la valeur ajoutée, 70% des investissements et 83% des exportations de l'économie françaises sont réalisées par une poignée de 3000 entreprises, soit un millième du vivier total du pays. Une concentration qui n'est rien d'autre que le symptôme d'un autre mal français.

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Le diable se cache dans les détails des chifffres de l’Insee : ces 0,1% d’entreprises qui font l’économie française et démontrent son libéralisme à deux vitesses

L’ère de la grande entreprise est désormais révolue et l’innovation, la croissance et l’emploi viendront demain des seules petites entreprises. Crédit Reuters

Atlantico : Selon une enquête réalisée par l’INSEE, « l’essentiel  de l’activité économique des secteurs principalement marchands est porté par un nombre restreint d’entreprises. En 2013, sur les 3.3 millions d’entreprises, 3000 concentrent 52% de la valeur ajoutée, 70% des investissements et 83% des exportations ». Une telle concentration économique, autour de 3000 entreprises, est-elle un problème pour l’économie française ? Traduit-elle une trop grande protection des grands groupes, qui ne serait plus en phase avec la révolution digitale ?

Guillaume Sarlat : Deux théories prétendent que l’ère de la grande entreprise est désormais révolue et que l’innovation, la croissance et l’emploi viendront demain des seules petites entreprises.

Selon la théorie de la « frontière technologique », l’innovation aurait changé de nature ces dernières années. Alors que, depuis l’après-guerre, il s’agissait de copier ce que faisaient les pays les plus avancés et d’améliorer des objets existants (voiture, avion, fusée, ordinateur, téléphone…), il s’agirait désormais d’innovations de rupture radicale. Tant sur le plan de la technologie (fusion, génomique, intelligence artificielle…) que des services (biens partagés, véhicule sans conducteur…). 

L’enjeu ne serait donc plus d’investir massivement sur un petit nombre de projets, ce que sait faire la grande entreprise, mais au contraire d’entretenir le maximum de projets concurrents, ce qui correspondrait plus à une structure de PME et de start-ups.

La deuxième théorie est celle de l’uberisation. Les nouvelles technologies permettraient de casser les chaînes de valeur autrefois intégrées dans une seule et même (grande) entreprise. D’abord par la « désintermédiation », c’est-à-dire la mise en contact directe des consommateurs avec les producteurs (chauffeurs de VTC, développeurs freelance etc.). Et également avec l’externalisation et l’automatisation des services annexes, grâce à des technologies comme le cloud ou l’intelligence artificielle (Julie Desk…).

D’après cette théorie, le salariat serait en voie de disparition car tout le monde aurait vocation à devenir auto-entrepreneur et à offrir ses services directement à ses clients.

Ces deux théories ont sans doute une part de vrai, mais une part seulement.

La proportion des innovations de rupture a peut-être augmenté mais cela reste à démontrer. Ce qui est certain en revanche, c’est qu’avec l’avancée du progrès technique, les innovations deviennent de plus en plus complexes. Le code de base de Google comprend ainsi 2 milliards de lignes. Les innovations sont aussi de plus en plus interconnectées entre elles : les neuro-sciences font progresser l’informatique, qui elle-même est à la source d’avancées en médecine, etc. Cette complexité et cette interdépendance plaident en faveur de grandes organisations qui comme Google ont les moyens de poursuivre en parallèle plusieurs programmes lourds de recherche.

Par ailleurs, il ne faut pas surestimer l’uberisation. Derrière ce mot à la mode se cachent souvent des pratiques d’optimisation fiscale et sociale qui profitent d’un vide dans la réglementation. Et même dans des secteurs « uberisés », il y a toujours une plateforme (Uber, AirBnB…) qui met en relation les producteurs et les consommateurs, mutualise le coût de la constitution du réseau des utilisateurs et s’assure de la qualité des services.

Je ne vois donc rien de pathologique au fait qu’en France quelques milliers d’entreprises concentrent la majorité de la production et des investissements.

Quels sont les avantages d’une telle situation ? Qu’est-ce que l’économie française a à gagner d’une telle concentration ? Inversement, quels en sont les risques et les inconvénients ?

Plus que d’avantages ou d’inconvénients, je parlerais plutôt de responsabilités.

Le fait que l’essentiel de la valeur ajoutée, des investissements et des exportations soit concentré sur quelques milliers d’entreprises leur donne en effet des responsabilités. Vis-à-vis de la société en général, et des autres acteurs économiques en particulier.

Si ces grandes entreprises vont mal, si elles sont mal gérées, si elles n’innovent pas, c’est l’économie française dans son ensemble qui va aller mal. Alors évidemment, la collectivité ne peut pas obliger les grandes entreprises à avoir une bonne stratégie et de bons managers ! Mais elle peut y contribuer, par deux types de mesures au moins.

D’abord en privilégiant le long terme. Je suis favorable à une défiscalisation totale des revenus issus des investissements de long terme. Et il faut également sortir au plus vite de la politique de taux d’intérêt négatifs de la BCE, qui est sans effet sur la croissance et qui perturbe totalement les décisions d’investissement des entreprises.

 
Commentaires

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  • Par MONEO98 - 16/03/2016 - 09:28 - Signaler un abus c'est mon opinion et je la partage

    il n' y a pas beaucoup de grandes entreprises pour des raisons juridiques sociales ,syndicales et culturelle.Désormais soit on s'auto limite,soit on va à l'étranger soit on crée une nouvelle entité plus petite soit on se cache derrière un paravent juridique avec un entrepreneur officiel qui exploite en fait le savoir faire d'un groupe qui ne veut pas apparaitre ce n'est pas la pitrerie sur le CDI qui va me faire changer d'opinion les français s'adaptent à leur bureaucratie ...

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Guillaume Sarlat

Polytechnicien et Inspecteur des Finances, Guillaume Sarlat, a fondé et dirige à Londres une société de conseil en stratégie aux entreprises.

 

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