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DGSI recrute espions : comment savoir si vous avez le profil (et ce à quoi ça vous engage vraiment)

La direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) recrutera dans les cinq ans à venir 430 personnes. Attention, si vous avez toujours rêvé de vous la jouer James Bond, vous pourriez bien être déçus.

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Publié le - Mis à jour le 19 Mai 2014
DGSI recrute espions : comment savoir si vous avez le profil (et ce à quoi ça vous engage vraiment)

Pas tout à fait comme James Bond...

Atlantico : La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), qui remplace la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), va recruter dans les cinq ans 430 analystes, interprètes, informaticiens ou chercheurs en plus des 3 600 policiers de l'actuelle DCRI. Quel est le profil recherché pour intégrer la DGSI ?

 
Eric Denécé : Les profils recherchés dépendent bien évidemment du poste dont il est question. Il s'agit là de postes tout à fait classiques qui sont ce que l'on appelle des postes périphériques qui sont des supports aux officiers de renseignement. 
 
Par exemple pour les traducteurs, il n'y a pas de diplôme type.
Ce que l'on recherche ce sont des personnes bilingues. La question à se poser est donc de savoir quelles sont les langues rares. Les dialectes les plus recherchés sont l'arabe en tant que telle mais aussi tous les dialectes des pays dont sont issus les terroristes. Il peut donc s'agir du tchétchène et d'un certain nombre de dialectes du Maghreb, d'Asie centrale, du Pakistan ou de l'Afghanistan. Ces langues ne sont pas rares dans l'absolu mais elles sont très peu parlées en France. Ces profils sont assez compliqués à trouver lorsqu'il ne s'agit pas de diplômés. On recrute donc parmi les minorités, les personnes réfugiées en France ayant servi d'interprète à l'armée française sur le terrain comme par exemple en Bosnie, en Afghanistan, etc.
 
Pour ce qui est du métier d'analyste, cela s'apprend. Peu de gens sont des vrais analystes avant d'entrer dans les services de renseignement. Dans le recrutement, on recherche donc avant tout un niveau de culture suffisant. On recrute donc généralement les analystes à Bac+5 ayant une bonne connaissance du monde arabe, du terrorisme ou d'un pays en particulier. En somme, des personnes disposant déjà une masse de savoirs qui leur permettra d'être plus rapides dans leur apprentissage du travail d'analyste. Travail qui n'est pas un travail de terrain mais qui consiste à faire dire un certain nombre de choses aux informations qui ont été récoltées. On recherche dans ce cas des diplômés en science politique, en sociologie internationale, en géopolitique, en relations internationales, en criminologie éventuellement, etc.  
Les services de renseignement ont aussi à l'esprit de recruter des gens avec un très haut niveau d'étude (de type doctorat) par exemple en termes d'interprétation des textes sur l'islam. Ces profils permettront d'apporter une réelle plus-value, une analyse macro-politique à long terme.
 
Parmi les informaticiens, on trouve ceux qui vont préparer les systèmes pour que les analystes puissent suivre constamment ce qui se passe sur les réseaux. Et la deuxième chose est de protéger les sites des attaques des hackers étrangers. D'autres sont des spécialistes de l'investigation informatique. 
 

Auparavant, il fallait passer un concours de la fonction publique pour entrer au service du contre-espionnage. Ce ne sera plus le cas. Cela permettra-t-il d'attirer d'autres profils ?

Dans un service de renseignement, il y a autant de métiers que dans d'autres entreprises. Il n'y a pas de profils particuliers, si ce n'est celui du poste dont il est question. Dans 90% des cas pour entrer à la DGSI, il faut avoir passé un concours administratif. Ces concours administratifs sont des systèmes de fourches caudines. Les sujets d'examen de ces concours sont à mon avis complètement inadaptés dans lesquels ont fait de la finance publique des collectivités territoriales, de la culture générale et dans lesquels la connaissance du renseignement et de la géopolitique joue un rôle mineur. 
A l'heure actuelle, il n'y a pas de concours qui permettent de recruter les profils recherchés, donc mieux vaut en effet recruter des contractuels. 
 

Au-delà des fantasmes, à quoi ressemble vraiment la vie d'un agent secret ? A quelles contraintes est-il soumis ? Au quotidien mais aussi sur le long terme ?

Ces nouvelles recrues ne seront pas dans le renseignement a effectivement démanteler des réseaux. Leur rôle sera de faire de la traduction des textes, des sites, d'aller sur Internet, d'améliorer la sécurité informatique. Ils ont effectivement un rôle à jouer mais ils ne sont pas en pointe en matière de renseignement, ils ne sont pas officiers de police judiciaire, ils n'ont pas le droit de procéder à une arrestation et généralement, ils ne quitteront jamais leur bureau. 
Les gens qui sont sur des postes de soutien font du bureau de 9h à 18h tous les jours. C'est un travail administratif classique même si la finalité de ce travail est le renseignement. La seule différence est qu'avant de les embaucher, ils feront l'objet d'une enquête assez sérieuse pour vérifier qu'ils ne soient pas dangereux, qu'ils ne présentent pas de vulnérabilités en matière de déstabilisation par l'étranger. 
Les officiers de renseignement sont pour leur part tous des officiers de police. Leur travail est de recruter des agents secrets. Un agent est un indicateur, c'est un délinquant au sens propre que l'on a recruté, que l'on forme et que l'on manipule. A ne pas confondre avec un officier de renseignement. 
 
 
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Eric Denécé

Eric Denécé, docteur ès Science Politique, habilité à diriger des recherches, est directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).

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