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Développement : une politique pour le reste du monde digne de l’ancien monde

"La politique du gouvernement en faveur des pays du nouveau monde reste marquée par les habitudes de l’ancien monde".

Triste constat

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Développement : une politique pour le reste du monde digne de l’ancien monde

 Crédit IAN LANGSDON / POOL / AFP

A l’occasion de la Conférence des Ambassadeurs, la stratégie en matière de politique de développement de la France a été esquissée : plus de moyens, plus de partenarial avec la société civile, et surtout une action renforcée de l’Agence Française de Développement (AFD). 

Disons-le sans ambages : au-delà d’objectifs généreux que l’on peut partager, la politique du gouvernement en faveur des pays du nouveau monde reste marquée par les habitudes de l’ancien monde.
 
Premièrement, elle acte la continuité de la politique du chiffre, écartant une approche qualitative du développement. Le projet de budget pour 2019, en cours de finalisation, prévoit 1 milliard d’euros d’engagements supplémentaires dès 2019. Elle accompagne les propositions inflationnistes du rapport du député Berville : création de nouveaux dispositifs (Fonds dédié à l’innovation et à l’expérimentation, programmes d’expertise ou liés aux diasporas) et augmentation des moyens (soutien des ambassades aux initiatives locales et de la société civile, action humanitaire et de stabilisation).
En un mot, c’est bien une politique du « toujours plus », alors que la priorité, compte tenu de l’état des finances publiques et de l’inefficacité constatée de cette politique, est d’évidence une politique du « mieux ». De surcroît, cette politique amplifie le risque financier élevé qui pèse sur les Etats confrontés à un mur de dette contractée pour financer des projets souvent sans rentabilité effective. Aussi, l’exposition aux risques financiers de l’AFD, dont le bilan s’élève désormais à 40 milliards d’euros fin 2017 (et 12 milliards de hors-bilan) n’est pas suffisamment considérée.  
 
Deuxièmement, une politique aveugle aux tendances, sans vision. La France s’obstine dans sa posture naïve à l’égard de la Chine, dont l’action en Afrique est innervée par ses objectifs de puissance. Le pacte chinafricain (investissements dans les infrastructures physiques et numériques) risque ainsi d’accélérer la fin de la France en Afrique. La Chine apporte aux Gouvernements africains des solutions d’investissement accéléré et leur permet de se détourner des critères de démocratie et de bonne gouvernance. Dans un tel contexte, la marginalisation de la France est inéluctable. Pire : alors que la question migratoire est au centre des préoccupations des français et qu’elle fracture l’Europe, la stratégie présentée n’en dit rien ou presque, pas plus d’ailleurs que sur la place de nos entreprises. La Chine, elle, mobilise ses géants BATX au service d’une stratégie économique de long terme en Afrique. 
 
Troisièmement, une gouvernance dysfonctionnelle. La montée en puissance de l’AFD traduit une approche erronée de notre politique extérieure : on augmente les moyens de l’AFD quand ceux du Quai d’Orsay diminuent. Pourtant, la Cour des comptes critiquait dès 2012 le déficit de tutelle politique sur l’AFD. Contre toute logique, et au mépris des prérogatives du Ministère des affaires étrangères qui est pourtant son administration de tutelle, c’est l’AFD qui s’affirme.
 
Alors que faire ? Qu’il soit permis ici de tracer deux pistes. 
 
Tout d’abord, réduire et prioriser nos interventions : assumer une politique qualitative, abandonner l’objectif de 0,7 % du PIB qui ne relève d’aucune rationalité, réduire nos interventions et les concentrer là où elles sont utiles. La réorientation de notre APD passe notamment par la réduction de nos contributions multilatérales en se désengageant des organisations ne relevant pas d’une géographie prioritaire et aux petits fonds multilatéraux non stratégiques et en imposant la baisse des charges des organisations multilatérales, notamment salariales et de pensions. Les interventions bilatérales (dons-projets, subventions aux ONG) doivent être réduites, plus transparentes, et mieux priorisées. 
 
Ensuite, encourager l’initiative privée. C’est largement aux entreprises de gagner la bataille du développement. Aux startups technologiques, pour abaisser significativement le coût du développement qu’il s’agisse de l’accès à l’eau (désalinisation), à l’énergie (solaire) ou des questions de santé. Aux grands groupes de trouver des solutions pour les pays se développent par leur formation, leurs infrastructures... Pour les entreprises françaises, il s’agit de trouver des relais de croissance et de capitaliser véritablement sur les dynamiques de la Francophonie économique.
 
 
Commentaires

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  • Par theodorum - 13/09/2018 - 11:39 - Signaler un abus Entreprises : vers une nette baisse des impôts ?

    Enfin ! La raison l'emporte finalement, c'est retour sur terre ! Depuis le temps qu'on nous dit - l' Allemagne, dont ce n'est pas l'intérêt à court terme, et les économistes en général- qu'il nous faut diminuer nos prélèvements, et qu'on voie la croissance de l'Irlande grâce à son impôt sur les sociétés attirant Google, Amazone etc..., la raison s'impose ! Il faut être réaliste, on ne peut pas demander aux entreprises de ne pas rémunérer leurs actionnaires, sinon ceux-ci vendraient et les cours baiseraient, en faisant des proies faciles. En imposant les sociétés plus que les autres la France avait un comportement stupide, je dirais même sectaire si c'était le fait de la gauche ! Pas fatal ! Ce ne sera pas suffisant, mais c'est un pas dans le bon sens, au propre et au figuré, un minimum !Il y a des entreprises qui pourraient embaucher, il faut les y obliger. C'est possible par une relation obligatoire entre valeur ajoutée et masse salariale. C'est un bouleversement énorme mais inévitable. On ne peut pas continuer à empiler les dettes. Du nouveau est nécessaire. On ne peut pas non plus faire une politique de demande frontières ouvertes et concurrences déloyales ouvertes.

  • Par theodorum - 13/09/2018 - 11:50 - Signaler un abus Article paru dans Boursier.com le 22 03 2014

    C'était après la déclaration d'Éric Scmidtt patron de Google sur la fin du monde. Hélas, Macron continue la malédiction de nos énarques de droite ( on les comprend ) et de gauche, qui refusent la réalité , rélitée bien soulignée en 2015 par l'institut molinari qui classait la France au 28 ème rang pour le poids des charges sociales. Or la compétitivité des produits français en dépend, car les entreprises les incluent dans leur prix et la TVA s'y ajoute sur le marché intérieur ! Comme autistes difficile de trouver mieux !

  • Par theodorum - 13/09/2018 - 11:53 - Signaler un abus DÉNONCIATION RÉCURRENTE DU POIDS DES COTISATIONS

    - Pierre de Calan, PDG des anciens chantiers de l’ Atlantique, membre de l’Institut écrivait le 13 Novembre 1991 «  L’activité ne reprendra, le chômage ne se réduira sensiblement que le jour où l’allègement des charges qui pèsent sur les entreprises permettra à celles-ci d’accroître leurs débouchés intérieurs et extérieurs. » - Pierre Bauchet, Professeur d’Économie et Président de Paris I Sorbonne , dans un article de La Croix intitulé « Contre le chômage importé » écrivait le 11 Mai 1994 : »Le lecteur me pardonnera de répéter que tout chômage supplémentaire entraîne de nouvelles charges sociales et familiales, alors qu’elles sont déjà excessives en France. Toute délocalisation de postes de travail conduit donc fatalement à un nouveau recul de notre compétitivité et à de nouvelles délocalisations, qui sont de véritables « importations » de chômage. Elle ouvre une sombre perspective de chômage permanent en Europe, même avec la reprise ».

  • Par theodorum - 13/09/2018 - 11:56 - Signaler un abus Suite ...

    - Michel Feltin écrivait dans La Croix le 6 Septembre 1996 « L’impôt sur le revenu baisse, l’injustice augmente » et dans un cadre intitulé repères- source OCDE, le journal soulignait l’exception française « L’impôt sur le revenu est faible en France en comparaison des autres grands pays industriels. Motif : la France privilégie les cotisations sociales. A l’étranger on recourt plus volontiers à l’impôt sur le revenu. » - Le 20 Septembre 2007 dans Le Point le Professeur Jacques Marseille écrivait « La France est le pays où les cotisations employeurs sont, et de très loin, les plus élevées, 42,3 % contre 21 % en Allemagne, 10,5 au Royaume Uni, 7,8 aux États-unis et 0,7 % au Danemark. » Il était partisan de remplacer les cotisations par la TVA, dite TVA-emploi. - Il soulignait aussi l’anormalité du financement des allocations familiales, du RMI/RSA et de la CMU par les cotisations sociales pesant sur les prix, soit 5.4 et 6.7 % pour le chômage sur les rémunérations brutes de l’ordre de 820 Mds€, soit 99 Mds + la TVA  = 110 Mds !

  • Par theodorum - 13/09/2018 - 11:57 - Signaler un abus Fin

    - Nos dirigeants n’ont pas compris,comme les experts que  comparer des ventes de vêtements ou de chaussures avec des ventes de centrales nucléaires c’est oublier qu’en France déjà il y a un grand écart entre les salaires pratiqués dans ces fabrications demandant peu de qualification et ceux pratiqués en haute technologie ou industrie du luxe, sans compter l’effet de niches permettant de grosses marges, alors que, quand il s’agit de pays pauvres cet écart est à multiplier par 10 et cela sans compter les charges sociales et environnementales, d’où un effet de ciseaux énorme et qui explique la dette, dette qu’il faut donc inclure dans la balance commerciale ! Une malheureuse exception ! http://www.lefigaro.fr/assets/infographie/print/2anime/web_2015_salaire_pouvoir_achat3/achat.html

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