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Tigre de papiers verts

Publié le 14 février 2012

Nous devrions dévaluer l'euro.
Mais les Chinois feront tout
pour s'y opposer via le dollar...

Sommet Union européenne-Chine ce mardi. Au programme notamment, la question de la dévaluation du yuan. Un pari difficile : c'est la Chine qui possède la main mise sur les monnaies mondiales.

 

Atlantico : Chacun fait assaut de solutions pour sortir la France de la crise de l'euro. La dévaluation de la monnaie unique serait-elle une solution ? Peut-on imaginer dévaluer l'euro dans une économie mondialisée où le yuan prend de plus en plus de pouvoir ?

Antoine Brunet : Dans les années du bon sens, les années 1945 à 1982, il était admis qu’un pays en difficulté devait, pour se redresser, adopter un dispositif qui combinait des mesures majeures d’austérité budgétaire avec une dépréciation sans retour de sa monnaie. Après 1945, de tels dispositifs furent éprouvés avec succès, en particulier au Royaume-Uni à trois reprises, en Italie à deux reprises, et même en France avec le plan De Gaulle-Rueff qui, après 1958, sut combiner la rigueur budgétaire avec une dévaluation majeure du franc.

Quelle était alors la logique ?

Pour redresser les finances publiques, il faut procéder à des ajustements budgétaires inévitables sans faire basculer l’économie en récession franche. Toute récession franche nuit en effet fortement aux finances publiques et il est par ailleurs difficile de sortir l’économie d’une récession quand on lui applique par ailleurs l’ajustement budgétaire.

La bonne méthode consiste alors à stimuler l’économie à travers une amélioration sensible de son commerce extérieur au moment où on s’apprête à lui faire subir une cure de rigueur budgétaire. Il s’agit pour cela d’obtenir une amélioration brusque et sensible de sa compétitivité-prix. Bien entendu, la déflation salariale est totalement inadéquate parce qu’elle précipiterait le basculement en récession qu’il s’agit précisément d’éviter. C’est pourquoi une dépréciation brusque de la monnaie s’avérait à la fois souhaitable et indispensable. Un recul significatif de l’euro est indispensable et devient urgent.

On aura compris que la réussite du plan de redressement budgétaire généralisé que s’impose la zone euro depuis l’été 2011 est mal engagée. Des mesures de rigueur budgétaire ont déjà été consenties par de nombreux pays et d’autres sont programmées. Mais tout cela ne s’accompagne d’aucune dépréciation de l’euro. Et, en conformité avec notre grille de lecture, de nombreux indicateurs montrent déjà que la Zone Euro, y compris la France et sans doute l’Allemagne elle-même, a commencé à glisser en récession.

La méthode n’est pas la bonne. La zone euro, pour réussir son redressement budgétaire a maintenant cruellement besoin d’une dépréciation brutale de l’euro. Si les anciens mécanismes de marché continuaient à s’appliquer, cette dépréciation brutale de l’euro aurait dû survenir très spontanément à mesure que les difficultés de survie de l’UEM devenaient de plus en plus patentes. D’ailleurs les statistiques indiquent qu’au deuxième semestre 2011, les spéculateurs traditionnels avaient pris des positions baissières de plus en plus marquées à la baisse de l’euro contre dollar. On était donc dans le cas d’une spéculation qui se serait avérée "rééquilibrante" parce qu’elle aurait induit le recul très souhaitable de l’euro contre dollar et contre yuan.

Qui donc a privé la Zone Euro du recul de l’euro dont elle a tant besoin ?

Ce mouvement spéculatif qui aurait été rééquilibrant n’a pas abouti. Beaucoup de hedge funds ont en définitive perdu de l’argent en jouant un recul de l’euro qui ne s’est pas concrétisé. Dans le même temps, la BCE et la Fed ont pourtant continué à s’abstenir de toute intervention sur le marché des changes. Seul l’Etat chinois présente à la fois la volonté et la capacité de contrecarrer un mouvement spéculatif de grande envergure qui, par exception, présentait le mérite de rendre enfin l’Europe plus compétitive. L’Etat chinois en a la capacité.

 
Commentaires

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  • Par cqoiqéqon - 15/02/2012 - 10:21 - Signaler un abus A choisir je préfère un

    A choisir je préfère un régime fort plutôt que laxiste , partisan et corrompu. Rien n'étant parfais en ce bas monde, les exceptions confirmant souvent la règles, et la nature ayant horreur du vide je confirme ma pensée novlangue, confuse et aveugle qu'à ne pas avancer...forcément on recule.

  • Par vangog - 15/02/2012 - 01:30 - Signaler un abus le Yuan est la nouvelle arme idéologique de la Chine

    La Chine a réussi à faire financer par une économie Capitaliste un système de dépense réglementé par le parti Socialiste au profit, non pas du peuple, mais des copains du parti, et elle peut se moquer des gouvernements Européens qui ont raté le financement de leurs dépenses sociales par l'économie capitaliste. La dévaluation que la Chine permettait, autrefois, d'un petit pays, elle ne le permettra pas de l'Europe, car la Chine a intérêt à laisser l'Europe s'enfoncer dans le marais de ses dépenses, afin, plus tard, d'y faire pousser du riz.: C'est une nouvelle version du supplice chinois...

  • Par Equilibre - 14/02/2012 - 22:29 - Signaler un abus Guerre et paix.

    Le neuro ne devait-il pas nous protéger des turpitudes du monde?. Caramba, encore raté! Il n'y a pas de capitaine dans ce "machin" européen. Avant même de se poser la question d'une dévaluation, qui en prendra la décision de la faire? Avec quelle majorité, si il y en a besoin d'une? Et quel impact?
    @cqoiqéqon.
    1) il y a un début à tout. Ne pas oublier que l'on parle de finance, non d'invasion militaire.
    2) Pour vous, le Tibet, c'est pas une invasion, c'est une extension de territoire? La novlangue a de beaux jours devant elle avec vous.
    3)De loin, les fondements politiques issus d'un Confucius ressemblent à s'y méprendre à un régime fort, pour ne pas dire totalitaire (sur le plan des libertés individuels), voire à un impérialisme avec comme valeur le yuan, tout comme les américains ont le dollar et certains le neuro.

  • Par cqoiqéqon - 14/02/2012 - 20:43 - Signaler un abus Ceci dit

    Ceci dit continuons à ralentir le fédéralisme Européen (81%des Français sont pour l'euro mais 51% sont Eurosceptique ...déjà là c'est absurde !) et n'ayons aucun doute sur le fait que nous serons Sionnisés à notre tour.
    La Chine sait qu'un triptique yuan dollard euro est beaucoup plus stable pour l'ensemble du monde qu'un Dollard va en guerre (qui est d'ailleurs en passe d'avoir tiré ses dernières cartouches avec son QE3)
    tout ceci étant dit je suis ravi de tout exposé qui énonce clairement la guerre des monnaie en cours. Bravo bravo

  • Par cqoiqéqon - 14/02/2012 - 20:18 - Signaler un abus l'analyse est surement fondée

    l'analyse est surement fondée mais les conclusions absolument fausses.
    Jamais en 8000ans d'histoire, cette civilisation n'a envahie par la force qui que ce soit. Elle à étendue ses territoires asie mineur, Mongolie et plus récemment Tibet de façon à combler des vides et particulièrement de gestion politique ou religieux. Cette extension s'est faite par la culture.(notez que c'est pas difficile d'être séduisant quand vous avez le Taoisme, le Boudhisme et des fondements politiques issus d'un Confucius à comparer avec du tribalisme ou nos fondements occidentaux qui, après 2000ans d'évolution, nous expose sa splendide sauce chianlli droite gauche). En revanche, tous les conquérants de la Chine, se sont Sionnisés.
    Quelle ne soit pas invasive ne signifie pas pour autant qu'elle se laisse fagociter... et ni les armes ni les dollars des yes we can ne leur mettrons la pression!
    c'est comme ça et faudra s'y faire, ils sont moins cons, travaillent plus et consomme moins.

  • Par Ravidelacreche - 14/02/2012 - 19:39 - Signaler un abus dépréciation brutale de l’euro.

    Oui mais par rapport à quelle monnaie ?!

  • Par Jaedena - 14/02/2012 - 17:06 - Signaler un abus Peu utile

    Car l'allemagne avec un euro dévalué sera toujours plus compétitive que nous.

  • Par alankin - 14/02/2012 - 12:51 - Signaler un abus @iznogoud

    pas tout à fait d'accord avec vous. nous ne sommes plus sous les années Mitterrand, où la dévaluation venait aussi de la planche à billet, ce qui aurait pu permettre d'investir dans des projets à valeur ajoutée. là l'euro flotte sur les marchés et s'il baisse, on n'a pas plus de capacité d'investissement dans le pays. cela ne fait que hausser la compétitivité.
    sur l'article, de nombreux économistes disent que le flottement des monnaies est complètement faussé par le surplus des réserves de change. Et prédisent, après les crises des dettes souveraines, un second choc d'apocalypse sur la crise des monnaies...
    Il est donc normal que l'on ait ce genre d'aberration : une monnaie en difficulté qui monte...

  • Par iznogoud - 14/02/2012 - 11:25 - Signaler un abus Pourquoi cet oubli sélectif ???

    Dans les premières années Mitterrand, le franc a été dévalué ... 3 FOIS ! Et pour quel résultat ? AUCUN : la politique économique de gauche et / ou Keynésienne de "relance par la consommation" est MAUVAISE.
    Donc la dévaluation peut aider..... mais seulement si elle ne s'accompagne PAS d'une augmentation des dépenses de l'Etat NI SURTOUT d'une augmentation des minimas sociaux et du SMIC !

  • Par azeit4 - 14/02/2012 - 10:55 - Signaler un abus une partie de l'iceberg seulement

    Bonjour,
    Bonjour,
    Vous dénoncez a juste titre le controle de sa monnaie par la chine.
    La chine représente grosso modo 25 milliards d'euro de déficit commercial.
    Ce qui représente globalement autant que le déficit commercial avec l'allemagne.
    Pourquoi donc s'interesser à la chine qui doit manipuler sa monnaie pour maintenir sa compétitivité-prix et pas à la zone euro.
    En effet, la manque d'harmonie fiscale et règlementaire en europe conduit des pays a ne pouvoir corriger les écarts de productivité qui se crée années après années entre les états membres (je pense notamment à allemagne/france).
    Cordialement

Antoine Brunet

Antoine Brunet est économiste et président d’AB Marchés.

Il est l'auteur de La visée hégémonique de la Chine (avec Jean-Paul Guichard, L’Harmattan, 2011).

 

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