Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Lundi 27 Juin 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Les deux impostures du débat sur l’euthanasie

La décision rendue le 24 juin par le Conseil d’Etat dans l’affaire Vincent Lambert revêt une importance capitale et doit nous faire réfléchir sur la tournure passionnelle que prend aujourd’hui le débat sur l’euthanasie. Une tribune de Charles Beigbeder.

Tribune + Opinion

Publié le
Les deux impostures du débat sur l’euthanasie

Le débat sur l'euthanasie est loin d'être terminé Crédit Reuters

La décision rendue le 24 juin par le Conseil d’Etat dans l’affaire Vincent Lambert revêt une importance capitale et doit nous faire réfléchir sur la tournure passionnelle que prend aujourd’hui le débat sur l’euthanasie.

Tout d’abord, le mot lui-même est ambigu et ne devrait plus être employé dans le sens qu’il revêt actuellement. Non pour les raisons grotesques invoquées par Bernard Kouchner au micro de France-Inter le 26 juin : l’ancien ministre de la santé y déplorait en effet l’usage du terme euthanasie car « il y a le mot “nazi” dedans, ce qui n'est pas très gentil ».

Mais plutôt parce que ce terme n’est pas neutre. Etymologiquement, il signifie « bonne mort » (Eu/Thanatos).

Nul ne sait dans quel contexte précis l’a employé pour la première fois le dramaturge Ménandre, contemporain et ami du philosophe Épicure au IVème siècle avant Jésus-Christ. S’agit-il d’une mort douce et paisible, sans souffrances, convulsions ni déchirements ? Celle que décrit Suétone dans la Vie des douze Césars en évoquant la mort de l’Empereur Auguste : « Sa mort fut douce, et telle qu'il l'avait toujours désirée; car, lorsqu'il entendait dire que quelqu'un était mort promptement et sans douleur, il souhaitait pour lui et pour les siens une fin pareille, en se servant de l'expression grecque euthanasia » (1) Dans cette perspective, tout le monde souhaite une « euthanasia ».

Ou s’agit-il d’obtenir que chacun « puisse choisir les conditions de sa propre fin de vie, conformément à ses conceptions personnelles de dignité et de liberté » grâce au vote d’une « loi visant à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté » comme le réclame l’Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité (ADMD) sur son site (2). La différence est de taille et pourtant l’emploi du même terme introduit une confusion dans les esprits.

C’est ce qui explique que 89% des Français se déclarent favorables à l'adoption d'une loi autorisant l'euthanasie (3). Le sondage évoque également le « cas d’une personne atteinte d’une maladie incurable qui lui inflige des souffrances morales ou physiques  insupportables », et interroge les sondés sur la personne qualifiée pour demander l’euthanasie en lieu et place du patient. D’un côté, la « bonne mort », de l’autre, les « souffrances insupportables ». Il est évident qu’en présentant de la sorte l’alternative, le débat est piégé d’avance.

Car le plus souvent c’est la peur de l’acharnement thérapeutique ou d’une souffrance indicible qui conduit les Français à se déclarer majoritairement en faveur de la légalisation de l’euthanasie, à la différence des lobbyistes de l’ADMD qui invoquent le droit à l’euthanasie comme « l’ultime liberté » à conquérir, au nom du droit de chacun à disposer de sa propre vie, quel que soit son niveau de santé. L’imposture de l’ADMD consiste donc à jouer sur les craintes légitimes de toute personne devant la douleur, pour légitimer une position philosophique ultra minoritaire.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Ganesha - 28/06/2014 - 14:29 - Signaler un abus Libertés Individuelles

    Mr Beigbeder se livre à un combat d'arrière-garde ! Il prétend ne pas être influencé par les ''idéologies monothéistes moyen-orientales'', mais le fait est qu'il s'oppose à la Liberté ! Résumons ces derniers siècles : abolition de la torture, abolition du pouvoir absolu, droit de vote accordé aux hommes et ensuite, même aux femmes ! Droit de divorcer, accès à la contraception, et étape très importante : l'avortement. Dépénalisation de l'homosexualité, puis ''mariage pour tous''. Pour l'instant, ce qui freine en partie les suicides, c'est le manque de moyens efficaces : beaucoup de tentatives échouent : certains, surtout les jeunes et les femmes, n'ont pas envie ensuite de recommencer, mais d'autres en gardent des séquelles horriblement handicapantes. Bien-sûr, il ne faudra cependant pas mettre la ''pilule de mort'' en vente dans les supermarchés, mais organiser, médicaliser, sa distribution. Mr Beigbeder pousse même le bouchon très loin, lorsqu'il va jusqu'à contester la loi Leonetti actuelle, avec sa folle hypocrisie de la ''mort de faim et de soif''

  • Par Ganesha - 28/06/2014 - 14:36 - Signaler un abus Marche vers le Progrès

    Quant aux 1.500 comateux qui sont ''entretenus'' dans nos hôpitaux, la médecine, avec ses scanners et IRM, a désormais la possibilité de faire un pronostic précis de ceux qui ont au moins un minime espoir de se réveiller un jour. Reste un dernier point : à chacune de étapes de son évolution, il y a toujours des voix conservatrices qui s'élèvent pour dire que les ''citoyens de base'' sont trop faibles, trop stupides, trop incultes pour qu'on leur accorde une nouvelle liberté, qu'il va y avoir des dérives... C'est le risque que nous devons prendre si nous voulons que l'Humanité continue sa marche vers le Progrès !

  • Par cloette - 28/06/2014 - 20:38 - Signaler un abus Loi leonetti

    Si on coupe l'alimentation et l'hydratation, oui, le comateux meurt de soif plus vite , mais dans la souffrance

  • Par Ganesha - 28/06/2014 - 21:13 - Signaler un abus Dr Bonnemaison

    D'après ce que j'ai compris par mes recherches internet, les cas qui ont causé la mise en examen du dr. Bonnemaison, étaient justement des ''Leonetti'', qui étaient en train de ''crever de faim et de soif'', et il a seulement un peu forcé sur leur dose de calmant. Ce procès était en fait un ''événement médiatique'', créé de toute pièces, pour forcer la France à enfin modifier cette ''loi scélérate'' !

  • Par cloette - 28/06/2014 - 22:56 - Signaler un abus je ne suis pas sûre

    que tout ce qui est "nouveau " soit un progrès , dès fois oui, dès fois non, et tout progrès engendre des effets pervers . Pour l'Euthanasie, la mort douce, c'est bien, mais régler ainsi certains problèmes de descendants en attente d'héritage c'est dangereux, En ces temps incertains de "changement de civilisation " imposé, il vaut mieux éviter les lois .La mort regarde en priorité les médecins. Quant à la liberté individuelle poussée au maximum, c'est la jungle et la loi du plus fort, du plus riche !

  • Par Ganesha - 29/06/2014 - 07:30 - Signaler un abus Héritage

    Comme je le dis plus haut, à chaque fois que l'on crée une nouvelle liberté, il y a toujours la peur des dérives. Mais les enfants ne pourront ''tuer leur parents'' que si ceux-ci sont plongés, par maladie ou accident, dans un coma profond et irréversible ! La meilleure façon de lutter contre les privilèges des riches, c'est de les accorder aussi aux pauvres...

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Charles Beigbeder

Président de sa holding industrielle et financière, Gravitation SAS, Charles Beigbeder est engagé dans plusieurs mouvements liés à l'entreprise et à la vie de la cité.

Il est conseiller municipal du 8ème arrondissement de Paris.
 

 

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€