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Deux fois plus de rapports homosexuels déclarés qu’il y a 25 ans : quel impact sur notre connaissance de la construction des orientations sexuelles ?

Selon une étude de la San Diego university, le nombre de personnes ayant des relations sexuelles avec une personne du même sexe a augmenté significativement (le pourcentage a doublé depuis les années 90) ces dernières années aux Etats-Unis. Une augmentation qui s'explique par une plus grande acceptation de l'homosexualité et une libéralisation des mœurs s'opérant chez les plus jeunes.

"Peace'n'love"

Publié le - Mis à jour le 12 Juin 2016
Deux fois plus de rapports homosexuels déclarés qu’il y a 25 ans : quel impact sur notre connaissance de la construction des orientations sexuelles ?

Atlantico : Selon une étude de la San Diego University, le nombre de personnes ayant des relations sexuelles avec une personne du même sexe a augmenté significativement (le pourcentage a doublé depuis les années 90, passant de 4% en moyenne à 8%) ces dernières années aux Etats-Unis. Est-ce également le cas en France ? Comment expliquer cette tendance ?

Alexis Rapin : Cette étude américaine s’inscrit dans la lignée d’une libéralisation des mœurs sur la sexualité constatée aux Etats Unis depuis trois décennies, qui contraste également avec l’émergence d’un fort mouvement de puritanisme porté par le symbole de l’anneau de chasteté chez les jeunes adultes.

Cette évolution s’explique notamment par l’arrivée de l’internet, la généralisation de l’accès à la pornographie et l’explosion de cette industrie dans les années 90. Par ailleurs, l’avancée récente des droits LGBT aux Etats Unis, a fait émerger un regard différent de la société sur les minorités sexuelles. Le recul de ferveur religieuse y joue également un rôle, la religion ne jouant plus son rôle de garant unique des bonnes mœurs.

En France, assez peu de données sont accessibles sur la sexualité des français. Cependant là aussi, on constate une évolution des chiffres avec le temps comparativement à des enquêtes plus anciennes. Les enquêtes françaises les plus récentes sont celles de l’enquête dite de "Contexte de la sexualité en France" (publié en 2008) faite auprès de 12 000 personnes âgées de 18 à 69 ans entre septembre 2005 et mars 2006 et celle de l’Ifop réalisé en 2014 pour le journal Marianne sur un échantillon de 9850 personnes. Il s’agit respectivement de la troisième et quatrième enquête quantitative sur les comportements sexuels des français après celle dirigée en 1970 par Pierre Simon (2625 personnes interrogées) et l’enquête ACSF (Analyse des comportements sexuels en France, 1992) qui portait sur 20 000 personnes. L’enquête CSF renoue avec la perspective proposée par Kinsey en 1954 en invitant les personnes interrogées à situer leur sexualité sur un gradient allant de l’hétérosexualité exclusive à l’homosexualité. 4 % des hommes comme des femmes déclarent avoir déjà eu des pratiques sexuelles avec un partenaire du même sexe, ce qui témoigne d’une nette augmentation des déclarations féminines par rapport à l’enquête ACSF. L’évolution des mentalités sur la sexualité explique en partie cette augmentation. Ces chiffres restent stables depuis 2006.

L’étude de l’Ifop en 2014 a montré que 3 % des personnes interrogées se considéraient comme homosexuels (5% des hommes, 1% des femmes), et 3% comme bisexuels (4% des hommes, 2% des femmes). Pour l’anecdote, on y apprend par ailleurs que plus d’un Français sur deux (51%) a testé la sodomie et 50% ont déjà eu un "one shot" (une relation sexuelle sans lendemain). 15% ont également tenté un plan à trois, 13% une aventure homosexuelle, 11% une relation avec une prostituée et 37% ont déjà eu une partie de sexe avec quelqu’un…  Alors qu’ils étaient en couple (45% des hommes, 29% des femmes).

Comment faire la part des choses entre ces différents facteurs ? Si l'on peut supposer que l'augmentation de relations entre personnes du même sexe est due à un phénomène d'acceptation globale de la population, peut on également identifier d'autres causes ? 

Evidemment la généralisation de la sexualité dans notre quotidien a une influence sur la représentation que l’on peut avoir de nos conduites sexuelles, cependant les pratiques dans la réalité ne se modifient pas avec le temps ni les époques. Leur visibilité est simplement plus grande de nos jours. Les moyens de communications sont omniprésents dans nos vies, l’accès à l’information étant très facile. L’image de la sexualité est partout, dans nos publicités, la mode, le cinéma ou les séries télévisées. Les messages diffusés ont valeurs idéologiques et se veulent les témoins de notre société actuelle. Il faut cependant reconnaître l’impact positif que peuvent avoir certains média pour aborder des sujets tabous et l’influence que cela peut avoir sur nos adolescents en pleine construction de leur identité sexuelle. L’homosexualité ou la bisexualité y est de plus en plus visible et plus admise. (SKINS, LWORLD). Même certains superhéros s’y mettraient !

La visibilité de l’homosexualité dans le monde du sport à haut niveau ainsi que l’évolution du droit des LGBT ("mariage pour tous"en mai 2013) contribuent également à une meilleure perception et acception de celle-ci. Sur le plan épidémiologique, l’étude CSF de 2008 confirme les facteurs à l’origine des évolutions actuelles et donne quelques éléments de réponse supplémentaires. Les taux de personnes ayant des relations sexuelles avec une personne du même sexe auraient surtout augmenté chez les jeunes et les diplômés. Les personnes qui avaient déclaré avoir eu des pratiques homosexuelles dans les douze derniers mois avaient des répertoires sexuels plus diversifiés que les autres : elles avaient débuté leur vie sexuelle plus jeunes, avaient davantage de partenaires sexuels, avaient une fréquence plus élevée de rapports sexuels et des pratiques plus diversifiées, elles vivaient également moins souvent en couple. La tolérance sociale à l’égard de l’homo ou de la bisexualité s’accroît également avec le niveau d’études et reste, quel que soit l’âge, plus marquée chez les femmes que chez les hommes. 

Que nous apprend cette évolution des facteurs qui déterminent nos orientations sexuelles ? Et notamment de l'importance respective de la biologie et de l'environnement social ou culturel ?

L’orientation sexuelle n’est pas quelque chose qui relève de la transmission héréditaire ou qui est de l’ordre de l’acquis, que ce soit du domaine éducatif, social ou culturel. Il n’existe aucun substrat biologique qui pourrait démontrer, et notamment pour l’homosexualité, qu’il existe un lien avec une anomalie quelconque biologique ou génétique et une orientation sexuelle particulière. De plus, l’orientation sexuelle chez l’Homme se situe sur un continuum entre homosexualité exclusive à hétérosexualité exclusive. Tout peut se rencontrer dans la nature. Quant à l’influence de l’environnement, malgré les vastes transformations sociales, démographiques et culturelles qui ont eu lieu en Occident depuis la seconde guerre mondiale, les chiffres de l’homosexualité (pour ne citer qu’elle) sont restés les mêmes. Cela suggère donc qu’il y a dans l’orientation sexuelle quelque chose d’irréductible qui est indépendant du contexte historique et social. Et cela s’oppose également à l’argument du choix individuel de l’orientation sexuelle. Vous ne vous posez pas la question de savoir pourquoi vous aimez plus la glace au chocolat plutôt que celle à la vanille ?!

Ainsi, l’apparente évolution des pratiques sexuelles n’est qu’un corolaire d’une meilleure visibilité. Rien de plus.

Propos recueillis par Thomas Gorriz

 

 
Commentaires

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  • Par cloette - 11/06/2016 - 10:10 - Signaler un abus Comme en politique

    Les sondages les chiffres qui influencent .... Mais que veulent ils exactement ?

  • Par Paul Emiste - 11/06/2016 - 20:41 - Signaler un abus Ouaip...

    Chez eux ils font ce qu´ils veulent, mais on ne touche pas à la famille!

  • Par Deudeuche - 11/06/2016 - 20:57 - Signaler un abus En clair

    De la persécution on est passé à l'acceptation quand on n'en fait pas la promotion... De cette déviance sociale.

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Alexis Rapin

Alexis Rapin est psychiatre et sexologue.

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