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Mais qui détient la dette française ?

L’exemple grec a démontré le pouvoir exorbitant des créanciers privés de la dette des États dans le cours de la démocratie, et la conduite des politiques publiques. La situation de la France est tout aussi opaque.

Sort à crédit

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Nous réussissons l’exploit de ne rien savoir sur les détenteurs de la dette publique et de nous en satisfaire. Or, quand on sait le poids politique des créanciers privés dans le règlement de la question grecque, cette information n’apparaît pas totalement inutile.

Tôt ou tard, les créanciers privés ont un droit de veto sur les politiques publiques qui sont menées dans les pays endettés. Ils décident si les mesures sont suffisantes ou pas, et ils acceptent ou non une diminution de leur créance. L’exemple de la Grèce d’aujourd’hui montre bien tout le poids de ce pouvoir exorbitant dans le cours de la démocratie.

À l’époque où les États empruntaient auprès des particuliers sans faire appel aux marchés financiers, cette difficulté était de second ordre.

Les États avaient face à eux une multitude de petits porteurs sans véritable influence.

Depuis que les États recourent systématiquement aux marchés pour placer leurs emprunts, notamment sous forme d’obligations assimilables et non de titres au porteur, ils sont confrontés à une autre règle du jeu. Ils ont face à eux des lobbys organisés, des banques multinationales, des fonds, des investisseurs institutionnels, qui disposent tous d’une puissance de feu redoutable.

Dans le cas de la France, le placement de la dette a même fait l’objet d’une réforme administrative en profondeur à l’époque où Dominique Strauss-Kahn était ministre des Finances. L’Agence France Trésor (AFT) fut créée, en 2000, dans ce cadre, pour optimiser les coûts de placement de la dette sur les marchés.

L’AFT est une beauté extrêmement discrète. Elle ne dit pas grand chose d’elle. On sait juste que son comité stratégique est majoritairement composé de banquiers privés. Il est présidé par Jacques de Larosière, conseiller du président de BNP Paribas. On aimerait que l’AFT publie la rémunération que la BNP tire annuellement du placement de la dette de l’État pour être sûr (mais c’est du mauvais esprit) que cette coïncidence n’emporte pas de conflit d’intérêts.

Mais au fond, le sujet n’est pas là. On veut juste savoir qui détient la dette française. Et là-dessus, l’AFT ne dit rien, sauf qu’elle serait détenue aux deux tiers par des non-résidents. On notera la nuance sémantique. Non-résident ne veut pas dire étranger. Cela peut vouloir dire Français vivant à l’étranger. Ou Français achetant de la dette française depuis une holding familiale installée au Luxembourg ou dans un paradis fiscal.

Il ne s’agit pas là d’un fantasme.

Dans un rapport de janvier 2012 consacré à l’assurance-vie, la Cour des Comptes indique que 20% de la dette française sont détenus sous forme de contrats d’assurance-vie. Le cabinet Facts and Figures a publié le 17 février 2012 une étude indiquant que 20% de l’assurance-vie aujourd’hui sont collectés auprès des 68.000 ménages les plus riches, et que 50% sont collectés auprès des 20% les plus aisés.

De ces chiffres, nous pouvons extrapoler qu’entre 15 et 20% de la dette détenus par des Français résidents sont le fait des 20% des ménages les plus aisés, dans le cadre de la fiscalité favorable de l’assurance-vie. Cela signifie que la dette française constitue un placement utile pour des épargnants aisés ou riches qui souhaitent sécuriser une partie de leur patrimoine financier.

 
Commentaires

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  • Par Aristote - 26/03/2012 - 09:41 - Signaler un abus Pouvoir exorbitant ?

    Une solution simple pour contrer ce pouvoir "exorbitant" : ne pas s'endetter !

  • Par explorer - 26/03/2012 - 10:25 - Signaler un abus endettement techniquement obligatoire

    c'est techniquement impossible de ne pas s'endetter, compte tenu des règles budgétaire en vigueur, même avec un budget en équilibre. Pour ne pas s'endetter il faudrait un excédent budgétaire équivalent a une demi année.

  • Par brennec - 26/03/2012 - 10:26 - Signaler un abus Et allez donc...

    Le pouvoir exorbitant des créanciers privés a fait que ce sont eux qui se sont pris le défaut grec. Les banques centrales qui elles aussi détenaient de la dette grecque n'ont rien pris. ça c'est du pouvoir! exorbitant s'il vous plait. En fait ce pouvoir tient en peu de choses: le pouvoir de demander que la promesse de remboursement faite au moment de l'emprunt soit tenue, pour le reste c'est le pouvoir de voter avec les pieds: si la politique d'un état ne parait pas saine on ne prend pas ses obligations. ça aussi c'est un pouvoir exorbitant, celui de pouvoir décider de ne pas prèter. Ceci dit ce monsieur a cyniquement raison: il est surement plus facile d'entuber les français que les marchés.

  • Par aladine - 26/03/2012 - 11:31 - Signaler un abus je comprend mieux!!

    Pierre Moscovici, paparazzé par VOICI http://twitpic.com/5uqkwy - 2011-07-23 21:53:34 (marié a une jeune femme de 22 ans et meilleur ami de DSK!!maintenant je comprend mieux (un fils journaliste ,rédacteur en chef du JDD ,NICOLAS MOSCOVICI ) et encore les bons pistons de la GAUCHE

  • Par letroll - 26/03/2012 - 12:09 - Signaler un abus c'est plutôt bon signe

    la dette détenue par des non-résidents , c'est finalement plutôt bon !! quand nous ferons défaut, nous ruinerons surtout des non-résidents, et pas trop les petits épargnants français. le pouvoir des créanciers ? bof, ils ont du pouvoir parce que nous sommes gouvernés par des faibles , sinon ils ont tout à perdre :" quand tu dois 1000 euros à ton banquier tu as un problème, .. quand tu dois 1600 milliards d'euros à ton banquier, c'est lui qui a un problème "

  • Par Oli_34160 - 26/03/2012 - 12:18 - Signaler un abus letroll...

    ... Je "plussoie"

  • Par Ann O'nymous - 26/03/2012 - 13:16 - Signaler un abus Intéressant. Merci à

    Intéressant. Merci à l'auteur.

  • Par Benvoyons - 26/03/2012 - 15:24 - Signaler un abus Je pense qu'il y a plus grave pour la démocratie de la France

    la puissance des journalistes de gauche: En copinage, en affaire de St LUC avec les politiques 98% de gauche. La Mafia elle est là.

  • Par laurentso - 26/03/2012 - 15:35 - Signaler un abus @letroll

    Vu sous cet angle, évidemment... le problème de la dette devient moins lourd ! L'ennui est que la dette est également détenue par des Français, la plupart du temps sans qu'ils ne le sache (via l'assurance vie). Faudra un jour, décanter la bonne dette de la mauvaise, mais sans que la France n'y perde sa crédibilité. Bon courage à ceux qui en seront chargé.

  • Par fms - 26/03/2012 - 17:25 - Signaler un abus nos élus UMP ont raison...

    la transparence est une bonne chose. L'opacité et les petits arrangements entre amis abiment la démocratie. Mais il ne faut pas croire que cela résoudra le problème de la dette (comme pour le japon).

  • Par Aristote - 26/03/2012 - 18:03 - Signaler un abus @ explorer

    Si la dette française se limitait à financer une trésorerie représentant une demie année de budget, il n'y aurait pas de problème !

  • Par VeLiVoS - 26/03/2012 - 21:04 - Signaler un abus Ben voyons, @benvoyons ...

    ce n'est vraiment pas grave de perdre notre souveraineté sans même le savoir du moment que c'est votre chéri, Nicolas Sarkozy, qui nous entube !!! En vous lisant, je crois parfois rêver devant tant de partialité !!! Merci Monsieur Verhaeghe pour cet article !! Il serait bien maintenant que d'autres journalistes approfondissent ce sujet même si je crains que cela resté à l'état de vœu pieux. D'autant que les français ne sont pas si mécontents de consommer avec l'argent des autres ! Alors, autant oublier les conséquences.

  • Par Benvoyons - 26/03/2012 - 23:36 - Signaler un abus Velivos: le problème c'est la dette pas qui la détient

    Moins tu as de dette moins tu te prêtes le flanc à la pression. Si la dette est trop importante il est sur qu'il y aura une pression sur le remboursement et le coût. La morale d'Eric "Les États avaient face à eux une multitude de petits porteurs sans véritable influence". Donc il est plus facile de les baiser. Les fondamentaux d'Eric ne sont pas les miens;Il parle de 1929? Mais il oubli que les sommes empruntés par les états avant étaient beaucoup moins importantes et les outils bancaires rudimentaires Aujourd'hui Les petits porteurs Français sont déjà a l’œuvre en Europe via les sicav et assurances vies via la Banque où assurances. Les caisses de retraites sur plus de 30 à 40% de la dette. Eric écrit comme toujours en se mordant la queue. Maintenant les sommes sont plus importantes plus régulièrement; il faut plus de flexibilité; alors que l'emprunt chez le particulier directement par le trésor public aurait un coût 10 fois supérieur en gestion.

  • Par iznogoud - 27/03/2012 - 09:17 - Signaler un abus Merci Mitterrand...

    .... eh oui, une fois encore : c'est lui qui a décidé que la France devait emprunter auprès des banques, au lieu d'auprès des français...... Qui a dit copinage de gauche ? ;-)

  • Par letroll - 27/03/2012 - 11:16 - Signaler un abus @iznogoud : Miterrand n'y est pour rien

    La loi qui oblige à emprunter aux banques et pas à la Banque de France est bien antérieure à Miterrand et est due à un gouvernement de droite en 1973 ( loi Rotshild avec Pompidou et Giscard dans le rôle de la gauche ), réformée en 1993 pour mise en conformité avec les traités européens. Collusion entre la droite et les banquiers !! déjà !!

  • Par letroll - 27/03/2012 - 11:40 - Signaler un abus la dette aux mains des petits épargnants

    la dette des états n'est plus une dette sure. La plupart des états occidentaux vont être obligés de faire défaut au moins partiellement sur leur dette, ou s'en sortiront par l'inflation qui leur permettra de rembourser, mais en monnaie de singe. les petits épargnants doivent absolument sortir de l'assurance vie avant de se faire plumer. il en est de même pour les retraites par capitalisation, les retraités américains se sont déjà fait tondre, les autres vont suivre.

  • Par Benvoyons - 27/03/2012 - 12:27 - Signaler un abus letroll: vos affirmations peuvent être intéressantes

    Pouvez vous chiffrer et expliquer plus avant car vous utilisez plusieurs techniques financières sans références.

  • Par letroll - 27/03/2012 - 19:11 - Signaler un abus @benvoyons - quelques chiffres

    pas de technique financière de haut niveau, je reste très terre à terre. Des chiffres de dettes "réelles" des états ont été calculés et publiés par des journaux ou économistes qui se sont "amusés" à ajouter ce que les états vont devoir payer, pas seulement ce qu'il y a au bilan officiel. Un journal économique Allemand a ainsi fait le calcul que l'état Allemand va devoir sortir pas loin de 7.000 milliards d'Euros pour payer tous ses engagements, bien loin des 2.000 milliards annoncés. La dette des USA ( état fédéral + états + Freddy + Fannie ) atteint pratiquement les 25.000 milliards de dollars. Je suis à la recherche du calcul équivalent pour la France ... ça doit pas être triste non plus. Conclusion : on ne paiera pas ... actuellement nous empruntons pour rembourser et nous empruntons également pour le FSF, le MES, la Grèce ....

  • Par LSD - 27/03/2012 - 23:34 - Signaler un abus opacité

    pourquoi une telle opacité sur ceux qui detiennent notre dette? Est ce politiquement incorrect? Nos créanciers sont ils des gens connotés rothschild et cie?

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est l'ancien Président de l'APEC (l'Association pour l'emploi des cadres) et auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'ENA (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un DEA d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

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