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Renversement

Publié le 9 août 2011

Dette : Les Etats-Unis face à la « revanche des humiliés »

La Chine exige que les Etats-Unis s'attaquent désormais à leur problème structurel de dette après la dégradation de la note américaine par Standard and Poor's. Dès lors, sommes-nous en train d’assister à la « revanche des humiliés », et par là même au passage de témoin pour la place de première puissance mondiale ?

 

 Crédit Valerie Everett/Flickr

Dès l’annonce de la dégradation de la note américaine par l’agence Standard & Poor's, la très officielle agence Xinhua s’est fendue d’un commentaire politique inédit en affirmant que la Chine, qui possède près de 7,5% de la dette américaine « a désormais tous les droits d’exiger des États-Unis qu’ils s’attaquent à leur problème structurel de dette ». En prenant position aussi fermement sur le terrain de la morale et non de la finance, sommes nous en train d’assister à la « revanche des humiliés », et par là même au passage de témoin pour la place de première puissance mondiale ?

Pour les spécialistes, le commentaire musclé de l’agence Xinhua n’a rien de surprenant, car l’agence officielle chinoise multiplie depuis quelques semaines les « avertissements » à l’encontre des Etats- Unis, se substituant ainsi probablement au gouvernement chinois afin que ce dernier n’apparaisse pas - officiellement - comme l’un des fossoyeurs de l’économie américaine.

Or, au-delà des inquiétudes légitimes que Pékin peut nourrir pour ses 1 600 milliards de dollars prêtés aux Etats-Unis, se profile en creux une course au leadership planétaire dans laquelle la Chine est désormais résolument engagée. En effet, si les analystes les plus optimistes estimaient que l’Empire du milieu  pouvait prétendre au statut de première puissance mondiale à l’horizon 2050, Pékin ne verrait pas d’un mauvais œil une accélération du calendrier, et serait même prête à donner un coup de pouce au destin.

Après la Chine, le Brésil et l'Arabie Saoudite

Cependant, dans cette course, les Chinois ne sont pas seuls car le Brésil - autre détenteur important de la dette américaine et pays émergent à la croissance dynamique - se positionne également depuis quelques jours, et veut faire valoir sa possession de près de 1,5 % de la dette américaine. Dans le prolongement des attitudes chinoises et brésiliennes, l’on devrait assister dans les semaines à venir à la multiplication de commentaires acerbes émanant d’autres porteurs de la dette américaine, dont certains pays du Golfe comme l’Arabie Saoudite.

Le monde serait alors dans une situation pour le moins paradoxale : les Etats-Unis, qui se voulaient les principaux promoteurs mondiaux de la démocratie et de la bonne gouvernance depuis plus d’un demi-siècle seront tancés par des régimes pour le moins autoritaires, ces derniers reprochant à "l’Oncle Sam" sa légèreté, voire son laxisme dans la gestion de sa dette et la mise en péril de leurs investissements. Hormis le cas du Japon et de la Grande Bretagne, qui ont destin lié avec les Etats-Unis de part l’interpénétration de leurs économies, l’attitude des autres pays qui possèdent une part de la dette américaine sera donc déterminante dans les semaines à venir. De leur choix dépendra l’entrée probable du monde dans une nouvelle crise économique dont personne ne peut, à ce jour, dessiner les conséquences.

Cette dynamique devrait de toutes les manières conforter la position chinoise dans le monde, Pékin ayant adopté depuis plusieurs années une approche singulière dans sa stratégie de conquête des marchés internationaux, dans laquelle le géant asiatique se refuse à toute ingérence dans les affaires internes de ses partenaires commerciaux. En Afrique, cette doctrine a permis une croissance sans précédent de la présence chinoise lors des dix dernières années, et a accéléré le déclin économique américain. Pour utiliser une formule à la mode, le monde est probablement en train de « changer de paradigme » et il sera passionnant de l’observer basculer. 

 
Commentaires

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  • Par Balbo - 11/08/2011 - 15:43 - Signaler un abus @CURIEUSE : Abdelmalek ne rêve pas ....

    il expose une réalité que les nos les occidentaux ont du mal à digérer.
    la chine est une puissance mondiale qui a su gérer ces dernières années son économies avec 1.5 milliards d'habitants.
    Son modèle économique est faible ...(c'est toujours simple de dire qu'un pays est une dictature) j'aimerais bien voir nos dirigeant gérer 1.5 milliards de personne ;-)

  • Par GBCKT - 11/08/2011 - 09:58 - Signaler un abus Arrogance américaien humour chinois..

    Oncle Sam : " Vous lancez un porte avion, menace pour la région"
    La Chine " C'est un navire que nous utiliserons pour la recherche scientifique" 300 m de long, 70 de large, belle bête.
    Ils possèdent déjà ce qui doit accompagner en mer.
    Niveau technologique? TGV Chinois, accident à 350 km/h, ils réduisent à 300.

  • Par HR - 10/08/2011 - 16:38 - Signaler un abus 2ème avertissement

    L'an dernier, la Chambre des Représentants des USA avait averti la Chine qu'elle ne tolérait plus le yuan complètement sous-évalué et qu'elle envisageait des mesures de rétorsion.
    La politique de la Chine, une des pires dictatures exploiteuses de son peuple, qui ferait rougir de honte le pire Républicain américain capitaliste exploiteur, ne peut plus durer.

  • Par bobocleaner - 10/08/2011 - 10:03 - Signaler un abus il y a un point ou on peut rendre hommage aux US

    c'est le seul pays ou une agence comme SP peut réellement déplaire aux politiques.
    c'est pas demain la veille que Dagong va noter vraiment les municipalités chinoises ruinées par la corruption .
    Quoi que : les Chinois apprennent vite et travaillent dur .

  • Par stef25 - 09/08/2011 - 18:01 - Signaler un abus la Chine, créancier des USA... suite

    Tu dois un dollar à ta banque, c'est ton problème. Tu dois 100 millions à ta banque, c'est le problème de ta banque. C'est ce qu'expérimente la Chine !

  • Par stef25 - 09/08/2011 - 17:59 - Signaler un abus la Chine, créancier des USA... suite

    La Chine détient des dollars qu'elle se voit désormais obligée de conserver au risque de les déprécier. Quel serait l'impact d'une vente massive de dollars sur la valorisations de ses avoirs ?

  • Par stef25 - 09/08/2011 - 17:55 - Signaler un abus la Chine, créancier des USA...

    ...rien ne l'y oblige. C'est en refusant de vendre les dollars reçus par les exportateurs chinois pour bloquer l'appréciation de sa monnaie que la Chine se retrouve dans cette position. Elle (la banque centrale) donne du renminbi aux exportateurs et conserve les dollars (réserves de change) qu'elle investit en bons du Trésor. On ne peut gagner sur tous les tableaux. - à suivre

  • Par stef25 - 09/08/2011 - 17:49 - Signaler un abus double jeu

    les chinois sont malins. Ils exhortent les USA à régler leurs problèmes structurels de dettes, position compréhensible du créancier, mais surtout pour que leur meilleur client continue de leur acheter leurs produits, position tout aussi compréhensible du fournisseur.

  • Par Hannarendt - 09/08/2011 - 15:57 - Signaler un abus A qui profite le crime?

    donneuse de leçon, arrogante, suffisante, l'amérique s'est retrouvée dans une position où elle se fera désormais systématieument signifier son irresponsabilité dans sa gestion de la dette. Ceci ne doit pas faire reculer pour autant le combat pour la démocratisation. si le changement de paradigme évoqué par Abdelmalik Alaoui se déroule au bénéfice exclusif de la Chine, sauve qui peut!

  • Par CURIEUSE - 09/08/2011 - 14:01 - Signaler un abus Abdelmalek reve d'un declin americain ...

    pour le remplacer par une dictature.

  • Par jiceco - 09/08/2011 - 13:14 - Signaler un abus Chine USA 2

    La parenthèse de l'exception occidentale est en train de se refermer. La liberté individuelle, son corrolaire économique : le libéralisme et son corrolaire politique : la démocratie sont dépassés. Retour au mercantilisme et au nationalisme ... Ne pleurons pas sur notre sort. Lénine avait raison : nous avons fabriqué la corde pour nous pendre ...

  • Par jiceco - 09/08/2011 - 13:10 - Signaler un abus Chine USA

    La Chine a ses propres difficultés qui pourraient être fatales également à son dynamisme économique. Mais elle est d'ores et déjà le leader mondial parce qu'elle est assis sur un tas d'or (réserve de change) et offre les perspectives de croissance de son très vaste marché intérieur ...

Abdelmalek Alaoui

Abdelmalek Alaoui est associé-gérant de la société de conseil en veille stratégique Global Intelligence Partners.

Il est l'auteur du livre Intelligence Economique et guerres secrètes au Maroc (Editions Koutoubia, Paris).

 

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