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Désindustrialisation : quoiqu’on vous en ait dit récemment la spirale infernale de l’industrie française n’a pas été enrayée

Nous sommes nombreux à porter l'espoir d'un retour sérieux de l'industrie dans notre pays. Depuis quelques mois, des commentateurs se répandent en proclamant que la phase de désindustrialisation serait derrière nous. Hélas, leur démonstration est imparfaite et nous sommes encore loin du trop fameux bout du tunnel.

La preuve par quatre

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Désindustrialisation : quoiqu’on vous en ait dit récemment la spirale infernale de l’industrie française n’a pas été enrayée

Le 16 novembre 1982 étaient ouvertes, à Paris, les Assises nationales de l'industrie. Jean-Pierre Chevènement, ministre de l'industrie, plaida pour les nationalisations qui devaient permettre, selon lui, de relancer un secteur qui avait – déjà – perdu plus de 500.000 emplois durant le septennat de Valéry Giscard d'Estaing.

Louis Gallois, alors directeur général de l'Industrie, plaida pour la modernisation et – déjà – pour la compétitivité. Au demeurant, il est très intéressant de lire ces lignes de l'époque et de les comparer à certains passages du célèbre rapport Gallois de 2012 qui s'est concentré sur la compétitivité-prix et a négligé d'examiner la compétitivité hors-prix.

Le défi de l'effet-gamme

L'exemple du secteur automobile est assez stupéfiant autant qu'instructif. Renault aura raté son alliance avec Volvo en 1988 malgré les efforts de Gérard Longuet. L'idée était d'associer un constructeur de volumes à un opérateur de niche haut de gamme. L'exemple de VW et d'Audi démontrent que cette fusion aurait eu tout son sens.

De même, Renault a raté le rachat de Skoda et désormais, grâce aux efforts de VW, Skoda produit des véhicules de qualité qui dépassent le niveau de gamme de Renault. Ce double exemple montre notre faible capacité à nouer des alliances ( voir le récent cas d'Alstom et Siemens ) et notre niveau insuffisant de qualité. Il y a un effet gamme et qualité dont nous sommes trop souvent exclus.

Dès lors, il est puéril d'effectuer un solde entre les fermetures et les créations de sites industriels – comme l'a récemment effectué un média réputé comme Le Figaro – alors que la comparaison n'est que numérique et n'inclut pas de corrélation par la taille des établissements.

Dans un tel graphique, la fermeture d'un site de 450 personnes équivaut à l'ouverture d'un site de 23 personnes en production.

Le commerce extérieur :

Même le secteur de l'industrie agroalimentaire ne nous permet plus d'être premier en Europe ce qui traduit la crise de notre structure de coûts et nos positionnements concurrentiels imparfaits.

Il est loisible de proclamer que la croissance pour 2017 est robuste à condition de ne pas omettre qu'elle repose sur des pilotis nommés politique monétaire accommodante et taux d'intérêt bas.

Notre spécialisation internationale analysée avec minutie par la Coface se heurte à des faiblesses.

Le commerce extérieur est ainsi un vrai thermomètre de la consistance de la croissance d'un pays et dans le cas de la France, l'objectivité condamne à être lucide sur nos défaillances : le déficit escompté pour 2017 est de près de 65 milliards d'euros.

La Coface relève cinq éléments : " le nombre insuffisant d'entreprises exportatrices, l'affaiblissement du niveau de gamme, des efforts d'innovation insuffisants et deux autres points : l'endettement public élevé, le faible taux d'emploi des jeunes et des travailleurs âgés ".

 
Commentaires

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  • Par vangog - 02/11/2017 - 09:42 - Signaler un abus Une lente mais terrible chute de l’industrie française...

    résultat de quarante années de gauchisme...changeons tout! (Oh, la peur!)

  • Par ajm - 02/11/2017 - 10:19 - Signaler un abus Le mystère Toyota

    Comment se fait-il que Toyota arrive à produire dans le nord de la France des petites voitures en gagnant de l'argent alors que Renault et PSA externalisent cette fabrication de petits modèles peu chers en Europe de l'est, en Turquie etc.. ? Methodes de production, conception des modèles, formation des personnels ?

  • Par Olivier62 - 02/11/2017 - 11:02 - Signaler un abus Cause perdue d'avance ?

    A peu prés se conjugue pour la liquidation du (peu) qu'il reste de l'industrie française : élites totalement déconnectées et corrompues, gagnées au mondialisme financier et qui considèrent que le seul avenir de la nation est la dissolution; population indifférente qui vivote d'aides sociales; directions d'entreprises peuplées de carriéristes rois de la réunion et dont l'arrogance n'a d'égale que l'incompétence; Chine à qui on a fait cadeau de tous les processus industriels et de tout notre savoir-faire pour qu'elle exporte sans limites, etc. Bref le bateau coule normalement...

  • Par Raymond75 - 02/11/2017 - 11:07 - Signaler un abus Toyota

    Est ce que Toyota 'fabrique' des voitures en France, ou les 'assemble', les composants étant fabriqués à l'extérieur comme le fait l'Allemagne ? Toyota a inventé le système d'organisation 'Kanban' qui fut un modèle pour le monde entier. A Valencienne tous les sous traitants sont regroupés sur le même site, et la coordination est très forte. --- Les SMARTs sont aussi fabriquées en France.

  • Par Raymond75 - 02/11/2017 - 11:14 - Signaler un abus Maurice Allais et la pensée unique

    Maurice Allais fut le seul prix Nobel d'économie français. Il fut totalement ignoré des 'économistes', des enseignants et des médias. Pour résumer en une phrase, forcément simpliste, il disait qu'il fallait établir le libre échange en plusieurs étapes : d'abord entre des zones économiques homogènes, de niveau comparable, puis progressivement les regrouper avec d'autres zones de niveau supérieur. Sinon disait il, ce sera le règne de dumping fiscal et social, soit exactement ce qui s'est passé ! ------ https://www.les-crises.fr/le-testament-de-maurice-allais/ ------ Les deux idiots utiles de la finance internationale, Jacques Delors et Pascal Lamy, ont livré l'Europe, et le monde, à la concurrence de tous contre tous, ce qui a abouti à la situation actuelle, dont la désindustrialisation de la France n'est qu'une des conséquences.

  • Par Anouman - 02/11/2017 - 19:25 - Signaler un abus Desindustrialisation

    A supposer que cette phase soit derrière nous cela ne signifie pas que la réindustrialisation soit en marche. Les Allemands n'ont jamais laissé tomber et c'est sans doute pour ça qu'ils continuent d'être efficaces dans ce domaine.

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Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.

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