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Derrière la "purge" saoudienne, le premier signe d’une politique américaine plus efficace qu’il n’y paraît pour le Moyen Orient ?

Les Etats-Unis, fidèles alliés du régime saoudien, pèsent de tout leur poids pour une réforme du royaume.

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Derrière la "purge" saoudienne, le premier signe d’une politique américaine plus efficace qu’il n’y paraît pour le Moyen Orient ?

Mohammed ben Salman, nouvel homme fort du royaume, a organisé une nouvelle "purge" durant le week-end, semblant organiser ainsi un nettoyage du pays et asseoir son pouvoir. Comment interpréter ces actions au travers du prisme du soutien américain ? Ces "purges" peuvent-elles être vues comme une réelle lutte contre "l'islam politique" au sein du Royaume ?

Roland Lombardi : Effectivement, comme je l’avais annoncé dans un précédent entretien, en septembre dernier, la « Nuits des longs Cimeterres » se poursuit au pays des Saoud[1].

Ce week-end, dans le cadre d’une enquête sur la corruption, près de quarante dignitaires saoudiens, princes, ex-ministres et hauts responsables du régime ont été mis aux arrêts. Parmi cette nouvelle vague d’interpellations, figure l’ancien ministre des Finances Ibrahim al Assaf et surtout, le puissant prince Al-Walid bin Talal, une des plus grosses fortunes de la planète…

Parallèlement, le ministre de l’Economie et de la Planification, Adel al-Faqieh, le ministre de la Garde nationale Met’ib ben Abdallah et Abdallah Sultan, le commandant en chef de la marine saoudienne, ont été quant à eux démis de leurs fonctions.

Dans ces cas précis, pour être honnête, c’est la raison de la lutte contre la corruption qui est officiellement avancée. Cependant, au regard des personnalités dernièrement « embastillées », on peut aussi y voir des objectifs hautement plus politiques quant à cette nouvelle purge du week-end. En effet, c’est clairement la vieille garde du régime qui est - encore – visée. Clairement, le Prince Salman est en train d’asseoir son pouvoir.

Pour en revenir à la lutte contre « l’islam politique » ou son corollaire, «l’islam radical » proprement dit, il ne faut pas perdre de vue que parallèlement à l’ « épuration » politique à laquelle nous assistons, une sorte de « Perestroïka orientale » (réformes économiques et sociales) bat toujours son plein. Ainsi, au-delà des dernières déclarations du Prince Salman qui souhaite, comme il l’a promis, ramener son pays à une forme plus « modérée » de l’islam, une répression féroce et une véritable « opération têtes propres » (ou plutôt une « Danse du Sabre sur les mauvaises têtes ») dans les milieux religieux les plus extrémistes a toujours lieu. En quelques semaines, on a vu la police religieuse du royaume de plus en plus marginalisée et je rappelle que près d’un millier d’imams et des notables religieux douteux ont été littéralement raflés. En particulier chez les Sahwis, une fusion de salafistes et d’Ikhwanis (membres des Frères musulmans). Comme en témoignent les dernières arrestations de Salman al-Awda, Awad al-Qarni et Ali al-Omari, trois importants prédicateurs radicaux.

Pour expliquer cette tendance historique et, disons-le, révolutionnaire, qui touche pourtant le berceau du wahhabisme-salafisme (interprétation la plus rigoriste et la plus intolérante de l’islam), on évoque souvent le pragmatisme, la jeunesse et le modernisme du futur roi. Peut-être. Mais pour ma part, comme le sous-entend justement votre question, et on en parle peu, j’y vois en premier lieu son origine dans les grands bouleversements géopolitiques de la région de ces dernières années et bien sûr, le changement de politique du grand allié et soutien américain.

 
Commentaires

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  • Par Djib - 07/11/2017 - 09:13 - Signaler un abus La corruption, un délit qui n'a pas de sens en Arabie saoudite.

    Il ne peut pas y avoir de délit de corruption an Arabie Saoudite pour les simples et bonnes raisons que 1/ la famille Saoud est juridiquement propriétaire du pays, le seul au monde d'ailleurs à porter le nom des dits propriétaires et que 2/ cette activité est donc logiquement réservée à ceux qui en font partie. Dès lors tous les nombreux princes et princesses du royaume disposent du droit de "taxer" tous les contrats signés dans le pays et peuvent en outre, par l'obligation faite à toute entreprise d'être représentée par un "sponsor", racketter ceux qui souhaitent investir en Arabie Saoudite. Ce qui vient de se passer, c'est que ces "privilèges" viennent simplement d'être retirés à certains, tombés en disgrâce. Pour autant, l'Arabie Saoudite ne sera jamais un pays de droit.

  • Par Jamar - 07/11/2017 - 09:57 - Signaler un abus La purge...

    Ah !... Les Ricains commenceraient à voir un peu clair ?... Jamar.

  • Par Marie-E - 07/11/2017 - 10:47 - Signaler un abus l'Orien est toujours compliqué

    on lit beaucoup de choses sue ce qui se passe actuellement en fait tout et son contraire. C'est pourquoi je tiens à dire que je trouve passionnant ce qu'a écrit Roland Lombardi : très intéressant et très détaillé... on voit qu'il connaît bien contrairement à certains. Vraiment très intéressant entre cet article, ceux nombreux et pour cause de l'Orient le Jour intéressé au 1er chef et ce qui s'écrit en Israël (faut trier) intéressée au 2e (?) chef. Au fait c'était quoi la visite secrète (qui s'est vu) du prince saoudien Mohammed Ben Salman en Israël ?

  • Par vangog - 07/11/2017 - 11:53 - Signaler un abus Grâce aux USA, l’islam avance sur les pas de la sagesse...

    La politique américaine est, pour l’instant, un sans-faute au moyen-orient. Les fauteurs de trouble iraniens semblent abandonner leur bras armé Hezbollah à la vindicte israélienne, et Moscou imprime ses pas dans ceux de Donald, le fanatisme islamiste est vaincu partout (c’est là qu’il est le plus dangereux pour les dirigeants lâches: attention la France!)...Que demander de plus? Que vous le vouliez ou non, les hommes du Président américain sont à la manœuvre, et son image de chien-fou, dans les médias gauchistes occidentaux, est très loin de la réalité...et loin, surtout, des résultats! Attendons que le Prince Mohamed Ben Salmane ait purgé la cour Saoudienne de tous ses corrompus, de tous ces princes dégénérés qui financent en coulisse le wahhabisme, et voyons comme un heureux présage la volonté d’un « islam modéré ».

  • Par kelenborn - 07/11/2017 - 13:54 - Signaler un abus Evidemment

    Complet au lieu de Complait, c'est pas repéré par le correcteur d'orthographe!

  • Par Liberte5 - 07/11/2017 - 14:19 - Signaler un abus Analyse fine et pertinente de Roland Lombardi .

    D'autres commentateurs commencent aussi, mais timidement, à reconnaître que les USA jouent un rôle clef dans ce bouleversement au Moyen Orient en général et en Arabie Saoudite en particulier. Tout cela tient à la politique voulue par D. Trump et réalisée par le secrétaire d’État et les généraux en charge du dossier. Le désastre Obama est maintenant derrière. Les médias Français continuerons bêtement à dénigrer D. Trump qui présente, pourtant là, un bilan que personne n'osait espérer.

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Roland Lombardi

Roland Lombardi est consultant indépendant et analyste chez JFC-Conseil. Il est par ailleurs docteur en histoire et chercheur associé à l'IREMAM, Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman d’Aix-Marseille Université, également membre actif de l’association Euromed-IHEDN.

Il est spécialiste des relations internationales, particulièrement de la région du Maghreb et du Moyen-Orient, ainsi que des problématiques de géopolitique, de sécurité et de défense.

Sur Twitter @rlombardi2014

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