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Derrière l'offensive des pays du Golfe contre le Hezbollah, leur rapprochement avec Israël contre l’arc chiite

Au-delà de leur ennemi iranien commun, Israël et les pays arabes du Golfe ont des intérêts partagés et entretiennent des relations officieuses. L'alliance objective qui les unit ne se transformera pas en alliance officielle en raison du problème palestinien, véritable pierre d'achoppement des relations entre l'état hébreu et les membres du Conseil de Coopération du Golfe.

Contre nature ?

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Derrière l'offensive des pays du Golfe contre le Hezbollah, leur rapprochement avec Israël contre l’arc chiite

Atlantico : Le Hezbollah, soutenu par l'Iran, est reconnu comme une organisation terroriste par Israël et les pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) tandis que les rebelles sur le terrain syrien qui sont soutenus par le CCG sont considérés comme des groupes terroristes par l'Iran. Au-delà de cette guerre de qualification, les terroristes des uns étant les alliés des autres, il est indéniable qu'Israël et les pays arabes du Golfe ont un ennemi commun : l'Iran. Quelles sont les origines et les causes de cette hostilité vis-à-vis de l'Iran tant du côté israélien que du côté des pays du Golfe ?

 

Gil Mihaely : La révolution iranienne de 1979 a mis en place un régime et un système politique fondés pour la première fois sur l’islam politique. Dans une région où la religion est une donnée fondamentale – dans le cas de l’Arabie saoudite, le rôle de gardienne des lieux saints est même la base de la légitimité – cela signifiait un bouleversement profond, d’autant plus grave que l’Iran est chiite, ce qui ajoute une dimension supplémentaire aux tensions générées par le changement de direction à Téhéran. Très vite, la guerre entre l’Irak et l’Iran a démontré à quel point la situation était dangereuse et d'une certaine manière, nous vivons et subissons toujours les conséquences des évènements de 1979-1988. L'Iran est devenu une puissance régionale avec une forte dimension idéologique et le djihadisme sunnite est en quelque sorte la réponse au radicalisme chiite. Dans ce contexte, et puisqu'à la suite des accords de Camp David signés en 1979 entre Israël et l’Egypte plus aucun acteur arabe n'envisageait sérieusement la disparition d’Israël, son existence subie est devenu un atout, notamment face à l’Iran et à ses alliés.  

Alain Rodier : Israël a trois ennemis : l'Iran, l'Iran, l'Iran. En effet, l'Iran est considéré par l'état hébreu comme une menace existentielle et l'effort nucléaire iranien suscite de grandes craintes chez l'état d'Israël. Ce dernier a d'ailleurs tout fait pour ralentir et faire capoter le processus de négociation de l'accord nucléaire signé par le P5+1 (les 5 membres du Conseil de sécurité et l'Allemagne) et l'Iran le 14 juillet 2015. A l'heure actuelle, l'Iran est l'ennemi principal d'Israël. Cela est lié au fait que la menace conventionnelle contre l'état hébreu a radicalement changé depuis les printemps arabes : désormais, aucun Etat de la région ne représente une menace alors que dans le passé, l'Irak, la Syrie et l'Egypte (pays avec lequel Israël a eu de nombreux conflits, notamment la guerre du Kippour) représentaient des menaces.

Les pays du Golfe, quant à eux, accusent Téhéran de vouloir créer un arc chiite qui partirait d'Iran et reposerait sur la Syrie, l'Irak, le Hezbollah très bien implanté dans une partie du Liban et dans une moindre mesure le Bahreïn et le Yémen. Ces deux derniers pays constituent des points d'achoppement : au Bahreïn, où la majorité de la population est chiite tandis que la famille royale est sunnite, les pays arabes du Golfe craignent une révolte et plus encore la contagion de la protestation dans leurs propres frontières ; au Yémen, où se déroule une guerre, la moitié ouest du pays est tombée dans les mains des Houthis, qui sont soutenus par Téhéran et les anciens partisans de l'ex président Saleh et affrontent les forces du président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi et une coalition de pays arabes emmenés par l'Arabie saoudite.Le sentiment que Téhéran a des volontés hégémoniques dans la région est partagé par tous les pays sunnites du Golfe.

Israël et les pays du Golfe s'unissent donc contre un ennemi commun.     

Des actions communes et concertées ont-elles été mises en œuvre par Israël et les pays du Golfe pour contrer la menace iranienne ?

Gil Mihaely : Selon le SundayTimes, l’ancien chef du Mossad, Meïr Dagan, s’est rendu en Arabie Saoudite pour discuter d’une coopération militaire dans le cadre d’une attaque contre l’Iran. On sait également qu’Israël entretient des relations quasi officielles avec le Qatar depuis vingt ans et on peut donc supposer qu'entre les dirigeants israéliens et les gouvernements de la région, il existe des contacts plus ou moins directs, dans la région où ailleurs.    

Alain Rodier : On a appris grâce à Wikileaks que des relations tout à fait concrètes ont pris forme entre les pays du Golfe et l'état d'Israël. Certaines rencontres non officielles ont eu lieu. Le cas du Qatar est un peu à part. En effet, le Qatar a annoncé que dans le cadre de l'organisation de la prochaine coupe du monde de football, les Israéliens seraient invités. Par ailleurs, entre le Qatar et Israël, les relations économiques et d'affaires se développent, notamment au travers des financements qataris en Israël. 

 
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Gil Mihaely

Gil Mihaely est historien et journaliste. Il est actuellement éditeur et directeur de Causeur.

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur en 2015 de "Grand angle sur les mafias" et de " Grand angle sur le terrorisme" aux éditions UPPR (uniquement en version électronique), en 2013 "le crime organisé du Canada à la Terre de feu", en 2012 "les triades, la menace occultée", ces deux ouvrages parus aux éditions du Rocher, en 2007 de "Iran : la prochaine guerre ?" et en 2006 de "Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme" aux éditions ellipse, Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier "la face cachée des révolutions arabes" est paru chez ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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