Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 25 Juin 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Derrière les comptes cachés de Jérôme Cahuzac, l'hypothèse jamais démentie d'un trésor de guerre destiné à une campagne présidentielle de Michel Rocard

Un extrait de Dissimulations, de Jean-Luc Barré, aux éditions Fayard.

Bonnes feuilles

Publié le - Mis à jour le 8 Février 2016
Derrière les comptes cachés de Jérôme Cahuzac, l'hypothèse jamais démentie d'un trésor de guerre destiné à une campagne présidentielle de Michel Rocard

Après son départ du ministère de la santé où il collaborait avec le ministre de l'époque, le rocardien Claude Evin, Jérôme Cahuzac a ouvert une société de conseil travaillant pour les laboratoires pharmaceutiques. Ces même labos que ceux auxquels il avait affaire comme collaborateur du ministre. 

Extrait : 

Jérôme Cahuzac ne se cache nullement de cette autre activité professionnelle qui n’a rien d’illégal. Mais il est, en revanche, plus discret sur ce que recouvre exactement cette seconde source de revenus.

Et pour cause : une partie de ces honoraires, non déclarés au fisc, sert à alimenter un compte à l’étranger.

Au fil des années, la société Cahuzac Conseil travaillera pour différents laboratoires : Fabre, Sandoz, Servier, Roche, Inothera, Rhône-Poulenc... Mais les seules rémunérations occultes liées à cette activité que son dirigeant a perçues hors de France seraient celles des laboratoires Pfizer : 817 000 et 504 000 francs versés successivement sur son compte suisse en janvier et mai 1993. À cette dernière date, c’est une somme globale de près de quatre millions de francs (l’équivalent de 600 000 euros) qui a été transférée sur ce compte, alimenté pour le reste par des versements de montants souvent trop élevés – le premier de 285 000 francs en novembre 1992 – pour venir de son seul travail de chirurgien. L’origine de ces fonds sera d’autant plus difficile à déterminer par les enquêteurs ayant mené des investigations au siège de plusieurs laboratoires qu’il ne subsiste plus aucune trace, vingt ans plus tard, de leur provenance, en raison de l’ancienneté des faits, de l’absence de témoins et de documents, comme de l’imprécision des relevés bancaires suisses. Mais c’est surtout leur véritable finalité qui reste à élucider...

L’ancien collaborateur de Claude Évin sert-il ici ses propres intérêts ou agit-il en service commandé, dans le cadre d’une mission financière qui lui aurait été secrètement confiée ? Sciemment ou non, Jérôme Cahuzac laisse la porte ouverte à toutes les suppositions lorsqu’il dit avoir voulu éviter, en dissimulant une partie des sommes issues de ses missions de conseil, que celles-ci puissent passer pour « la contrepartie de services rendus » à l’époque où il officiait au ministère de la Santé. C’est pour ne pas raviver les soupçons qu’il aurait préféré ne pas les déclarer et se faire rétribuer directement sur un compte occulte. Comme s’il s’agissait de placer en lieu sûr un argent dont l’usage aurait pu paraître suspect.

 

L’hypothèse d’un « trésor de guerre » accumulé en sous-main par les rocardiens, à l’instar des autres familles politiques, n’aurait rien d’invraisemblable. Aucune loi n’encadrait encore le financement des par- tis. Faute de réglementation, tout dans ce domaine semblait permis ou presque. Les abus étaient, si l’on peut dire, monnaie courante. Et le parti socialiste n’était pas le moins épargné par les scandales qui s’ensuivaient à intervalles réguliers...

 

Vingt-cinq ans plus tard, c’est d’abord par un silence amusé que Jérôme Cahuzac réagit quand on l’interroge sur son rôle au sein de l’équipe rapprochée de Michel Rocard. L’ironie contenue de qui préfère encore se taire que d’avoir à « tout déballer ». Y compris lorsqu’on lui apprend que son ancien leader, dont il est resté longtemps proche, proclame aujourd’hui sur les plateaux de télévision qu’il ne le connaît plus, qu’il ne veut plus entendre parler de lui. De l’art de renier certaines relations quand elles sont devenues embarrassantes...

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par vangog - 07/02/2016 - 17:31 - Signaler un abus Ah! C'était la belle époque...

    Celle où les partis UMPSECOLOCOCOS se finançaient grâce aux mutuelles étudiantes, grâce aux syndicats et associations subventionnées, grâce aux marchés publics...mais ça, c'était rien que pour le plan A. Il fallait un plan B, au cas où l'option Presidentielle A se cassait la gueule, ou pour servir de moyen de pression sur le plan A...et c'est là où les entreprises intervenaient directement...entreprises pharmaceutiques, de presse, de bâtiments..."c'est pas grave, car c'est le client qui paie, en bout de course!"...

  • Par Anguerrand - 08/02/2016 - 07:05 - Signaler un abus Décidément Tous les partis trichent pour se financer

    Meme le FN est empêtré dans des affaires de finances, ce parti qui se presente comme " une blanche colombe" n'a pas dérogé à la ( mauvaise " règle. Tous ces parti trichent chacun a à façon, ne nous faisons pas d'illusion c'est bien nous qui payons.

  • Par jurgio - 08/02/2016 - 10:47 - Signaler un abus Un procès Cahuzac qui devient très gênant

    et qui devrait être, semble-t-il, reporté jusqu'à... (2017, deuxième semestre ? Pas mal ?) En attendant, il doit y avoir mieux pour la Gauche comme enfumage... (et si on ressortait le cadavre de Kadhafi ? Pas mal ? ) Bien sûr, des trahisons infectes, des turpitudes à n'en plus finir mais, comme dirait l'ambitieux Mitterrand, c'est uniquement pour le grand bien de la nation. Cette grande nation.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean-Luc Barré

Éditeur, écrivain et historien, Jean-Luc Barré est le directeur de la collection « Bouquins ». Collaborateur de Jacques Chirac pour la rédaction de ses Mémoires, il est l’auteur entre autres d’une magistrale biographie de François Mauriac en deux volumes parue chez Fayard en 2009 et 2011 et récemment rééditée en « Pluriel ». Il vient de publier "Dissimulations - La véritable affaire Cahuzac" aux éditions Fayard.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€