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Derrière l'amende monstre contre Google un retour au fait du prince dont les perdants seront les consommateurs européens

La Commission européenne vient d'infliger une amende de 4,3 milliards d'euros à Google. Si la Commission mettait autant d'énergie à permettre aux acteurs européens de lutter à armes égales contre les géants américains ou chinois du digital, qu'à condamner les GAFAM, nous serions, comme au foot, les champions du monde.

Le contre

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Derrière l'amende monstre contre Google un retour au fait du prince dont les perdants seront les consommateurs européens

 Crédit ALAIN JOCARD / AFP

En infligeant une amende de 4,3 milliards d'euros à Google (!), la Commission vient d'apporter une nouvelle illustration d'une phrase de Ronald Reagan qui résumait en quelques mots la vision des technocrates de l'économie : « Si ça bouge, taxez-le. Si ça continue à bouger, régulez-le. Si ça s'arrête de bouger, subventionnez-le. » 

Si la Commission européenne, mettait autant d'énergie à permettre aux acteurs européens de lutter à armes égales contre les géants américains ou chinois du digital, qu'à condamner les GAFAM, nulle doute que nous serions, comme au foot, les champions du monde.

Ce qu'il faut savoir à propos de la condamnation d'Android :

Android fournit un des environnements les plus ouverts du marché (open source), contrairement à Apple (système fermé), mais  son propriétaire, Google, est condamné car ils ont su conquérir beaucoup de parts de marché (seulement 20% pour Apple). Si les consommateurs préfèrent Android, c'est parce que choisir Android c’est pouvoir choisir son hardware (le matériel) et beaucoup plus d’applications que sur n’importe quel smartphone (les utilisateurs peuvent choisir parmi 24 000 appareils de plus de 1 300 marques différentes).

Bien entendu, le développement de cet environnement n’est pas gratuit, et Google ne dégage pas sur ce software autant de marges que peut le faire Apple (150 € pour le téléphone sous Android le moins cher).

Cette décision est aussi mauvaise pour Google que pour les consommateurs, car elle menace l’équilibre de tout l’écosystème Android. C’est ce modèle qui a permis à Google de ne pas faire payer les constructeurs de téléphones ni de dépendre d'un modèle de distribution fermé et strictement contrôlé. La décision de la Commission bouleverse cet équilibre fragile et favorise les systèmes propriétaires fermés par rapport aux systèmes ouverts alors que 1,6 million d'Européens gagnent leur vie en tant que développeurs d'applications. 

Donc cette décision va à l’encontre de l’intérêt des consommateurs que la Commission est supposée protéger. Google ne faisait pas payer la licence aux constructeurs qui devaient en échange installer certaines applications Google. Puis le consommateur étaient libres de les supprimer pour en installer d’autres.

Une mesure protectionniste qui ne s'assume pas :

Il s’agit en fait d’un protectionnisme non-assumé, à l’encontre des GAFAM, animé par une volonté de la Commission de sanctionner ces leaders américains, alors que les pays de l’UE échouent à créer une environnement économique viable pour le développement de géants (fiscalité et règlementation). Demain pourtant, les GAFAM resteront leaders sur leurs marchés, et nos entreprises leaders européens continueront à manquer d'oxygène, de ressources financières et d'un marché intérieur assez puissant, pour rivaliser avec eux. 

Une mesure anti économique :

Cette décision va contribuer à continuer de décourager l’innovation en Europe et à créer un climat économique encore plus délétère. Il n’y a aujourd’hui aucun poids lourd numérique européen, les GAFAM sont américains, parce que l’Europe est hostile aux "grandes puissances financières". Pourtant, aujourd’hui c’est Google et les GAFAM, qui sont les plus capables d’innover rapidement dans la e-santé, la conduite autonome, l'I.A…

Il est faux de dire que la Commission protège ici son marché d'un monopole, alors qu'il n’y a en économique que des monopoles légaux. Oui, Google a une part significative du marché, mais n’est pas en situation de monopole. Même quand il y a un ultra-leader dans un secteur, il y aura toujours la possibilité pour un nouvel entrant de faire une nouvelle offre. L'histoire économique montre qu'à chaque fois, les grandes entreprises ont tendance à perdre en agilité et finissent par perdre pied dans la course à l’innovation. 

15 ans en arrière, l’UE désignait Microsoft comme ennemi, depuis son « monopole » est tombé, grâce au marché libre... et pas grâce à la Commission européenne.

 

 
Commentaires

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  • Par gerint - 19/07/2018 - 10:22 - Signaler un abus Google peut emmerder les Européens

    Plus que le contraire. Déjà en détournant à son profit nos meilleurs cerveaux en les payant mieux et en leur offrant des structures de travail alléchantes. Voire en diminuant les services névralgiques auprès des consommateurs européens qui n’auraient pas forcément d’alternative autre sinon auprès d’Apple ou en passant par des développeurs moins structurés et moins fiables. Ou en augmentant ses tarifs. De plus Trump pourrait augmenter les rétorsions contre les produits européens. Mais déjà en faisant appel de la décision d’amende avec une bonne connaissance des vices de la Commission

  • Par Citoyen-libre - 19/07/2018 - 11:15 - Signaler un abus Article subventionné par Google ?

    Ne pas voir la puissance de Google dans les années à venir, ce n'est pas seulement une ânerie, c'est une trahison. Google, par Androïd est en train de s'approprier absolument toute la vie privée des consommateurs. Quand vous rechercherez un job, un prêt, une assurance, une location, vos interlocuteurs sauront tout de vous, vos déplacements, vos loisirs, votre religion, vos penchants sexuels, vos lectures, vos distractions, vos photos, vos courses, vos dépenses, vos maladies, etc. Et à la sortie se dessinera un profil pour chaque individu. Et c'est l'ordinateur de l'organisme auquel vous vous adressez, qui décidera, selon des critères bien établis, si vous êtes éligibles ou non, à votre demande. Taxer Google, c'est commencé à se battre contre ce monstre de pouvoirs qui va réguler nos vies et certainement les pays. Il est plus que temps de réagir. Pour info, Google sait avant l'OMS, les piques des épidémies.....dans le monde.

  • Par Fred VS - 19/07/2018 - 11:37 - Signaler un abus microsoft

    a toujours le monopole sur les pc. Son influence a diminué justement parce que les gens utilisent leur smartphone plutôt que leur pc

  • Par lorwakaf - 19/07/2018 - 11:42 - Signaler un abus D'accord avec l'article

    Hostile à Google j'étais , converti je suis car marche mieux. Possibilité de limiter ses traces si on veux: utiliser Firefox, moteur de recherche duckduckgo.com, etc. En parallèle, la commission empêche la formation de champions européens pour des raisons de position dominante : Siemens + Alstom et Legrand +xxx avant. A quand le démantèlement d'airbus ???

  • Par gerint - 19/07/2018 - 13:12 - Signaler un abus Citoyen-libre

    Ce que vous dites est vrai mais ne concerne pas que Google. L’avénement de l’IA va généraliser le phénomène.Apple, Amazon... mais aussi nos administrations à commencer par le fisc, la police et les organismes de santé, d’assurances...

  • Par vangog - 19/07/2018 - 22:55 - Signaler un abus L’UE aggrave son erreur!

    Dans la grande tradition des économies socialisantes, l’UE répond à un problème de monopole par la taxe, sans se poser la question de l’origine du monopole....les grandes Nations comme la Russie et la Chine ont parfaitement compris le danger que représentaient les GAFAMs américains pour leurs économies, et ils ont suscité intelligemment les génériques de ces GAFAMs....Mais l’UE technocratique est trop habituée à la soumission pour comprendre cette reaction protectionniste et intelligente de survie ...ayant raté le protectionnisme intelligent, il ne reste à l’UE socialisante que la solution de la taxe. Cette solution conduira l’UE aussi surement vers la soumission totale aux GAFAMs américains, que le socialisme a conduit ses peuples à la pauvreté...

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Guillaume Labbez

Après un début de carrière en cabinet ministériel sous les gouvernements Raffarin et de Villepin, Guillaume Labbez devient Conseil en communication et en affaires publiques et Maître de conférences en Négociation à l'école d'Affaires publiques de Sciences Po. Engagé dans le débat d'idées, il est administrateur de la Fondation Concorde, secrétaire général de DroiteLib' et membre du bureau politique des Républicains.

 

 

 

 

 

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