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Dernier discours sur l'état de l'Union : pourquoi le bilan d'Obama au Moyen-Orient est calamiteux (et celui d'Hillary Clinton pourrait bien être pire)

Depuis 2009, Barack Obama est aux commandes d'une politique étrangère dictée par un monde de plus en plus multipolaire et turbulent. Appuyé par ses secrétaires d'Etat Hillary Clinton puis John Kerry, Obama a hérité d'un monde marqué par la Guerre contre la Terreur et les erreurs de son prédécesseur.

Retrait non maîtrisé

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Dernier discours sur l'état de l'Union : pourquoi le bilan d'Obama au Moyen-Orient est calamiteux (et celui d'Hillary Clinton pourrait bien être pire)

Atlantico : En juin 2009, à l'occasion de son discours du Caire, Barack Obama avait cherché à rompre avec la politique de Georges Bush envers le monde musulman. Sept ans plus tard, les Talibans se font menaçants dans toutes les provinces d'Afghanistan, l'EI, né sur les cendres de la guerre civile irakienne a montré qu'il pouvait frapper partout où il le souhaitait et les pays touchés par les révolutions arabes affichent une fragilité déconcertante. Comment les choix d'Obama ont permis ce chaos dans ces régions ultra-sensibles ?

Yannick Mireur : Le blocage principal à la rénovation esquissée par Obama en 2009, et l'échec le plus marquant, est sans doute l'écrou israélien. Le rejet de tout abandon de la colonisation, qui est illégale, marque à la fois les limites de l'influence du président américain face à un Congrès phagocyté sur la question israélo-palestinienne par le très actif lobby AIPAC, et la fin de toute possibilité de rupture avec l'imaginaire "processus de paix". Une telle rupture aurait contribué à renverser la perception de l'Amérique dans les opinions arabes, elle lui aurait gagné en partie "les esprits et les cœurs", selon l'expression américaine. Elle aurait aussi pu ouvrir la voie à une influence nouvelle dans la région, qui aurait pu s'exercer deux ans plus tard, lors des révoltes de 2011. C'eût peut-être été la vraie "démocratisation", non pas imposée comme le projetaient les dits "néoconservateurs", mais encouragée par les USA à partir de mouvements locaux puissants comme ceux que l'on a vu surgir. L'influence américaine aurait peut-être ainsi pu gagner en force et servir à résoudre ou mitiger les grands sujets géostratégiques sensibles, comme l'opposition sunnite-chiite qui pèse aujourd'hui fortement sur la région. Or les Etats-Unis se retrouvent affaiblis, décrédibilisés, limités aux seuls intérêts bien compris des uns et des autres. Le seul dossier sur lequel Obama pouvait agir assez librement était l'Iran, et c'est une réussite que l'AIPAC et les plus obstinés opposants républicains n'ont pu empêcher. C'est cela l'héritage majeur d'Obama dans la région.

Ailleurs, il était probable que l'intervention en Afghanistan ne pût aboutir à grand-chose puisque c'est une stratégie plus large, englobant le Pakistan, qui s'imposait. Obama a pesé les choses - on le lui a assez reproché - pour décider, à juste titre, de retirer les troupes américaines, selon la volonté d'une majorité de ses concitoyens. Les USA ne pouvaient s'installer dans ce pays de pierres et de vent pour cent ans ! John McCain était bien conscient du risque d'engrenage, lui aussi. Et donc les Talibans sont réapparus. Le "nation-building" des "guerriers de bibliothèque" qui ont inspiré la politique de Bush, était une désastreuse illusion dans un tel pays. 

La clef véritable est le Pakistan et Obama ou un autre président n'aurait eu qu'une marge limitée pour influencer le système pakistanais. Là aussi, une politique réussie au Proche-Orient aurait dégagé une plus grande efficacité, c'est pourquoi le conflit israélo-palestinien conditionne les autres blocages dans le monde musulman. On ne peut parler d'affaiblissement des liens entre USA et Israël mais de désaccord fondamental, qui n'a pas remis en cause le soutien militaire américain. Cela fait quarante ans que le contribuable américain finance la politique militaire israélienne : pour servir quel intérêt national américain ? Difficile à dire aujourd'hui. Cette politique est devenue largement contre-productive et nul n'y gagne, ni Israël, ni ses alliés ou partenaires occidentaux ou arabes.

 
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Yannick Mireur

Yannick Mireur est l’auteur de deux essais sur la société et la politique américaines (Après Bush: Pourquoi l'Amérique ne changera pas, 2008, préface de Hubert Védrine, Le monde d’Obama, 2011). Il fut le fondateur et rédacteur en chef de Politique Américaine, revue française de référence sur les Etats-Unis, et intervient régulièrement dans les médias sur les questions américaines. Son dernier ouvrage, Hausser le ton !, porte sur le débat public français (2014).

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