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"Le parachutage est non seulement légal, mais parfaitement légitime"

En pleines élections législatives, convient-il de rappeler que le député est l’élu de la nation défendant l’intérêt général. S'élever contre le parachutage est un non sens, d'autant plus que ce dernier peut directement profiter à la circonscription représentée.

Pratiques démocratiques !

Publié le

Atlantico : Dans le cadre des élections législatives, le parachutage politique a été particulièrement décrié. Pourquoi les partis politiques s'en remettent-ils à cette pratique ?

Michel Hastings : Les critiques ont toujours accompagné la pratique du parachutage. Mais elles redoublent souvent lorsque les médias s’emparent de cas emblématiques, concernant des personnalités politiques d’envergure nationale, dont les candidatures sont alors assimilées, par leurs adversaires, à de vulgaires stratégies de "recasement" à la suite d’une alternance politique.

Toutefois, derrière ce terme imagé de parachutage, existe une pluralité de situations concrètes. Le parachuté peut être un ministre, dont la carrière politique n’avait pas jusqu’alors eu besoin de recourir à l’onction électorale, et qui entend désormais transformer sa notoriété nationale en ressource pour une implantation locale (Rama Yade à Colombes).

Le parachutage peut également être le moyen de récompenser la fidélité et le travail d’une personnalité (Henri Guaino dans les Yvelines). Il peut aussi s’inscrire dans une stratégie à moyen terme consistant à changer de circonscription pour en conquérir une autre, dont le poids politique et symbolique peut constituer un tremplin pour un futur destin national (François Fillon à Paris).

Enfin, le parachutage peut signifier un défi politique dès lors que la circonscription à conquérir est porteuse d’enjeux politico-médiatiques (la XI° circonscription du Pas-de-Calais où s’affrontent deux parachutés, Marine Le Pen et Mélenchon). En fait, chaque parachutage est un scénario singulier.

Les élections législatives sont nationales, tout comme les enjeux discutés à l'Assemblée nationale. N'est-il pas alors normal de ne pas s'en remettre systématiquement au champion local, et de parachuter une personne a priori plus compétente sur ces sujets nationaux ?

Michel Hastings : Constitutionnellement, le député est l’élu de la nation et son rôle de « faiseur de lois » consacre l’idée d’une représentation nationale défendant l’intérêt général. Dès lors, le parachutage est non seulement légal, mais aussi parfaitement légitime au regard de la doctrine démocratique et républicaine.

En pratique les choses sont plus complexes. La compétition électorale se fait, notamment en France avec le mode de scrutin uninominal, dans le cadre territorialisé des circonscriptions. Le lien politique entre l’électeur et son représentant transite donc par un terroir précis, c’est-à-dire un espace de proximité et d’identité, porteur d’une histoire longue, de traditions politiques et culturelles dont les populations attendent plus ou moins confusément que leur représentant en soit une sorte d’émanation.


Dans quelle mesure un candidat "d'envergure nationale", avec un
réseau "parisien", peut faire joueur ses réseaux pour "défendre" au mieux sa circonscription ?

Michel Hastings : Un candidat d’envergure nationale apporte d’abord avec lui une notoriété, voire une popularité qui bénéficiera en cas de succès électoral à l’image et à la renommée de la ville ou de la région (Alain Juppé à Bordeaux, Martine Aubry à Lille).

Il apporte surtout avec lui des ressources institutionnelles et politiques susceptibles de favoriser sa circonscription au niveau des politiques publiques : aider à l’implantation d’un site industriel, d’une grande école, peser lors d’un arbitrage financier qui verra une ligne de TGV desservir sa commune. Sa connaissance des réseaux administratifs, économiques nationaux sera utilisée pour débloquer et accélérer des dossiers complexes. Les exemples ne manquent pas d’élus parachutés qui ont ainsi contribué au développement de leur « point de chute », mais ces succès ne reposent pas que sur l’activation de réseaux nationaux. Tout parachuté doit rapidement composer avec les puissants élus locaux, présidents de région ou de département.

 
Commentaires

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  • Par brennec - 10/06/2012 - 12:55 - Signaler un abus Comme un doute!

    Que les députés défendent l'intéret général, si tant est qu'un tel intéret existe, est tout simplement un mythe. Un député défend d'abord et avant tout sa propre carrière et, en second lieu, les intérets de sa clientèle qu'il caresse dans le sens du poil pour assurer sa réelection. Toujours il privilégiera sa circonscription au détriment de l'intéret prétendu général. Ceux qui ne rentrent pas dans ce cadre et s'estiment investis d'une mission pour la france sont une infime minorité.

  • Par letroll - 10/06/2012 - 13:49 - Signaler un abus critères de base

    -ne pas voter pour celui qui a déjà fait plusieurs mandats, pour favoriser le renouvellement - ne pas voter pour ceux qui sont déjà conseillers généraux ( ou autres postes équivalents ) pour limiter le cumul - éviter de voter pour un parachuté qui se moque éperdument de sa circonscription - après tout ça, le choix devient difficile .. surtout si en plus on essaye d'éviter les fonctionnaires je vais peut-être rester à la maison cet après-midi :-))

  • Par creuxduloup - 10/06/2012 - 17:12 - Signaler un abus creuxduloup

    Si monsieur Hastings a raison, alors, seule la proportionnelle intégrale est juste, c'est à dire, rien que des apparatchiks comme députés !

  • Par rêveuse - 10/06/2012 - 22:04 - Signaler un abus et Jack Lang?

    De Blois à Boulogne pour atterrir dans les Vosges...Qui a-t-il réellement défendu? sinon son propre intérêt sans oublier quelques "ardoises"laissées de ci, de là. La démocratie, c'est aussi être défendu par des représentants issus de la société civile et non par des professionnels de la politique. On ne veut pas de ces gens-là, déconnectés du quotidien. Ce qui n'empêche aucunement de limiter les mandats dans la durée pour éviter les dérives. La Russie citée par M.Hastings ne me semble pas un bon exemple de démocratie.

  • Par issartier - 10/06/2012 - 22:54 - Signaler un abus A ce moment

    A ce moment il faut supprimer les circoncriptions et faire un vote par listes nationales de politiciens carriérites: ça changera les résultats comme toute proportionelle : le FN aura les sieges qui lui reviennent démocratique et le PC et les écolos seront remis à leur portion congrue

  • Par Edomar - 11/06/2012 - 01:54 - Signaler un abus Parachutage peut-être. Mais le grand écart ?

    Le cas de Méluche laisse quand même rêveur. - Député Européen, représente le Sud-Ouest depuis 2009. - Sénateur de l'Essonne. - Brigue un mandat de député dans le Nord. - Vote à Paris. Mais il est vrai qu'avec les 400.000€ annuels que lui rapportent ses mandats, il peut se déplacer.

  • Par Vincennes - 11/06/2012 - 19:52 - Signaler un abus Et, personne ne parle du parachutage de Royal.. par Hollande et

    Aubry, refusant la Primaire que demandaient les Picto-Charentais afin de choisir le Candidat de leur choix!!!! Elle s'étonne, maintenant, de la réaction de Forlani qui, bien sur, ne veut pas se retirer pour ses beaux yeux, alors qu'il a fait remarquer que depuis son parachutage, elle ne lui disait même pas bonjour...

  • Par DEL - 12/06/2012 - 00:21 - Signaler un abus XIXème siècle!

    Le parachutage est d'abord le fait de barons impériaux, tous partis confondus, qui se croient tout permis parce qu'ils ont une notoriété qui dépasse leur circonscription. C'est une pratique d'un autre âge, qui ne respecte pas le sens de la démocratie et qui est mise en oeuvre par des politiciens qui craignent le suffrage universel et n'ont en tête que l'occupation de postes: ringards et dépassés.

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Michel Hastings

Michel Hastings est professeur à l’Institut d’Etudes politiques de Lille. Il a notamment écrit Le parachutage politique (en collectif, 2003), et Le vote obligatoire (en collectif, 2011).

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