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Dépression en VO : ces multiples aspects par lesquels nos cultures impactent nos états psychologiques

Certaines cultures seraient-elles plus favorables à la dépression ? La signification même de la dépression, ainsi que la façon de la soigner, varient considérablement selon les pays et les cultures.

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Dépression en VO : ces multiples aspects par lesquels nos cultures impactent nos états psychologiques

Atlantico : Quel est l'impact de la culture sur la dépression, tant au niveau des facteurs que des manifestations de cette dernière ?

Catherine Grangeard : En préalable, je commencerais en précisant que l’article, en anglais, (https://www.psychologytoday.com/blog/between-cultures/201712/how-culture...)  qui sert de base à vos questions et à mes réponses est vraiment très intéressant. Je ne prétends pas le synthétiser, mes réponses en sont une lecture personnelle.

La culture d’origine a évidemment un impact, plus ou moins fort, sur les sujets selon leur degré de distance avec ladite culture. Plus un pays est traditionnel et plus les us et coutumes tracent les vies.

Plus les personnes sont insérées dans leur culture et plus celle-ci y inscrit une empreinte, on ne la dissocie même pas de ce que l’on pense, ce que l’on ressent.

Pour le meilleur comme pour le pire. La question ne se pose même pas. La poser, c’est déjà imaginer qu’il peut en être autrement.

Mais s’il se trouve que l’on ressent des sentiments qui ne devraient pas être ressentis, alors c’est une catastrophe. Cet écart peut devenir un abîme.

Lorsque le groupe est plus important que l’individu, ce qui n’est plus du tout le cas en Occident, il y a des situations qui nous paraissent très étranges. Que l’on a du mal à comprendre. Car nous n’accepterions pas la moitié, le quart de ce à quoi les gens se soumettent.

Dans une société mondialisée, individualiste, il en est tout autrement. C’est l’individu qui tente de diriger sa vie, de trouver sa voie. Par conséquent, ce ne seront pas les mêmes causes qui feront déprimer.

Le sens donné, l’interprétation dépendent de systèmes qui surpassent l’individu. Dans la culture mondialisée, nous savons que la réussite individuelle est dominante. C’est une valeur admise par tous, sans même y penser.

Nous voyons des valeurs régir des vies, valeurs relatives et non générales, absolues. Or, chaque système de référence se présente comme incontestable...

La perspective donnée par le Bouddhisme, par exemple, considérant que la dépression est une caractéristique de la vie, qu’il s’agit de la traverser et non de la chasser, tout comme la religion orthodoxe ou catholique traditionnelle, où la souffrance ici-bas fait partie du programme et le bonheur se trouve au paradis, s’éloigne des idéologies du bonheur obligatoire et permanent. Au Japon, les compagnies pharmaceutiques ont réalisé des campagnes systématiques pour reconnaitre les dépressions mineures comme majeures comme des problèmes à soigner. C’est dire que des conceptions peuvent s’opposer.

En Occident, le médecin fait la maladie, le pharmacien la soigne...

Est-ce que la pathologisation de la dépression que l'on fait en Occident et la réduction du phénomène aux seuls facteurs biomédicaux au lieu d'embrasser toute la complexité de la dépression ne constitue pas un risque de récidive pour le malade ?

Les facteurs sociaux qui donnent du sens aux manifestations dépressives sont essentiels à interpréter. On sait que les évènements traumatiques sont plus acceptés comme entraînant par la suite des manifestations de dépression que d’autres éléments déclencheurs.

 
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Catherine Grangeard

Catherine Grangeard est psychanalyste. Elle est l'auteur du livre Comprendre l'obésité chez Albin Michel, et de Obésité, le poids des mots, les maux du poids chez Calmann-Lévy.

Elle est membre du Think Tank ObésitéS, premier groupe de réflexion français sur la question du surpoids. 

Co-auteur du livre "La femme qui voit de l'autre côté du miroir" chez Eyrolles. 

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