Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 16 Août 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Démographie et niveaux de revenus : ces cartes de la fécondité en Europe qui ne signifient pas du tout ce que leurs auteurs veulent leur faire dire

Selon l'institut allemand de recherche démographique Max Planck, le développement économique en Europe permettrait de faire augmenter le taux de natalité. Une situation qui mettrait fin au "paradoxe démographo-économique" selon les auteurs. Or, la remontée de la fécondité dans les régions riches a une unique cause : l'immigration de masse.

Revenus ou immigration ?

Publié le
Démographie et niveaux de revenus : ces cartes  de la fécondité en Europe qui ne signifient pas du tout ce que leurs auteurs veulent leur faire dire

 Crédit LILLIAN SUWANRUMPHA / AFP

Atlantico : Selon l'institut de recherche démographique Max Planck, le développement économique permettrait d'inverser la courbe de la chute de la démographique, laissant ainsi penser qu'une hausse des revenus permettrait un tel résultat. Une situation qui mettrait fin au "paradoxe démographo-économique" selon les auteurs. Comment interpréter de tels résultats concernant l'Europe ? 

Laurent Chalard : Selon les auteurs d’un article de cet institut de recherche allemand, la tendance générale qui se constate sur la planète, c’est-à-dire que plus le niveau de richesse augmente, plus la fécondité diminue, le fameux « paradoxe démographo-économique », ne se constaterait désormais plus en Europe lorsque l’on analyse l’évolution de la natalité au niveau régional. En effet, l’évolution constatée entre 1990 et 2012 laisse pointer l’émergence d’une certaine corrélation entre élévation des niveaux de revenus et des niveaux de fécondité, qui n’existait pas dans les décennies précédentes.

En 2012, la fécondité est, en règle générale, désormais plus élevée dans les régions au plus haut niveau de vie, que sont les grandes métropoles d’Europe occidentale, l’Ile de France en constituant un exemple-type, que dans les régions aux revenus moindres, c’est-à-dire les campagnes. Selon les auteurs, cette évolution s’expliquerait principalement par une meilleure prise en charge des enfants dans les grandes métropoles et à un marché du travail plus flexible facilitant la garde des enfants et le télétravail.

Selon des données fournies par Eurostat, et utilisées pour cartographier les taux de fécondité de la France et de ses voisins, il apparaît que le pays se distingue nettement de ses voisins allemands ou italiens. Il apparaît également que certains territoires, comme la Seine Saint Denis, afficheraient les taux de fécondité les plus élevés. N'est-on pas ici en contradiction avec l'analyse précédente ? 

Effectivement, à l’échelle nationale, l’hypothèse avancée par les auteurs de l’étude ne tient pas la route, puisque sur la période étudiée, la fécondité a évolué beaucoup plus favorablement en France qu’en Allemagne, ce qui n’est guère corrélé aux évolutions économiques ! Par ailleurs, à l’échelle locale, si l’on prend le cas de la France, les indices de fécondité les plus élevés en 2015 se retrouvent dans les départements franciliens les plus pauvres, la Seine-Saint-Denis (2,46 enfants par femme) et le Val d’Oise (2,29 enfants par femme), étant corrélés, de manière incontestable, à une autre variable, l’immigration internationale extra-européenne de main d’œuvre peu qualifiée. A contrario, les départements affichant les revenus les plus élevés, Paris (1,54 enfant par femme) et les Hauts-de-Seine (1,93 enfant par femme) ont une fécondité bien moindre ! Cela rentre donc totalement en contradiction avec l’analyse précédente, d’autant que la France ne constitue pas une exception à la règle, le même phénomène se retrouvant, par exemple, dans le Grand Londres, avec 2,47 enfants par femme en 2016 dans le borough le plus pauvre, Barking and Dagenham, où les minorités ethniques étaient majoritaires dès le recensement de 2011, contre 1,26 enfant par femme en 2016 à Bromley, borough aisé du sud-est londonien peuplé principalement de britanniques ou autres européens.

Dès lors, faudrait-il interpréter les résultats du document de recherche de l'institut Max Planck comme montrant une corrélation entre hauts niveaux de revenus et présence de personnes immigrés, ou issues de l'immigration, et non comme un lien direct entre revenus et démographie ? 

Ce travail de recherche constitue un exemple-type de l’erreur basique en statistique, qui est de considérer que l’existence d’une évolution parallèle entre deux données signifie qu’elles sont corrélées l’une à l’autre, alors que dans les faits, l’échelle utilisée induit en erreur sur le facteur explicatif. En effet, dans cet exemple, l’erreur est due à l’échelle de l’analyse, la « région », pas assez fine pour prendre en compte les variations localisées du niveau de revenu et de la fécondité. Si les régions Ile de France ou du Grand Londres ont effectivement des revenus plus élevés et une fécondité plus importante, c’est le produit d’un autre facteur, l’immigration extra-européenne de main d’oeuvre peu qualifiée, ce qui se voit très bien à l’échelle locale, puisque ce sont les territoires les plus pauvres qui affichent les fécondités les plus élevées, ce qui va totalement a contrario des arguments des auteurs de l’étude, qui semblent avoir une profonde méconnaissance de l’impact de l’immigration extra-européenne sur la remontée de la fécondité constatée dans certaines métropoles occidentales à partir des années 1990. Sans cette immigration, la corrélation n’existerait pas. Les résultats de ce travail sont donc erronés.

 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Djib - 21/05/2018 - 08:22 - Signaler un abus Plus une volonté idéologique d'enfumer l'opinion ...

    ... qu'une erreur méthodologique, décrite dans tous les manuels d'initiation aux statistiques (corréler la vente des parapluies à Moscou avec la pluviomètrie de Biarritz pour peu que les deux courbes coïncident). Le but recherché par ces Diafoirus des sciences molles comme la sociologie ou dures, comme la démographie (et donc là il faut volontairement faire un travail non scientifique), c'est d'anesthésier toute réaction face à l'immigration de masse. Le plus drôle dans cet acharnement idéologique, c'est qu'il est d'ailleurs plutôt brouillon: tantôt ils tentent de minorer le phénomène, tantôt ils en font la promotion pour finir par nous dire que le "grand remplacement", terme qu'ils dénoncent quand il est utilisé par leurs contradicteurs, est inéluctable.

  • Par kelenborn - 21/05/2018 - 10:29 - Signaler un abus Ahhh

    Et il y avait vraiment besoin de faire appel à Chalard pour comprendre cela!!!! On est con mais quand même! Demain il faudra faire appel à un jardinier pour expliquer qu'il faut bâcher le jardin pour planter des laitues! remarquez...les bobos...ils pensent que les laitues c'est Gaia qui fait des crottes vertes sur le marché du 10 eme

  • Par Aghir - 21/05/2018 - 13:31 - Signaler un abus Il y a matière à rire (jaune)

    de voir qu'Atlantico a été obligé de faire appel à un "géographe consultant membre du think tank Européan Centre for National Affairs"....(wouahhhhh!!!), pour nous annoncer ce qui se dit dans les chaumières depuis au moins cinq ans!!!!!!!!!!!!!!!!

  • Par padam - 21/05/2018 - 16:48 - Signaler un abus Les nouveaux petits Goebbels

    Bien vu monsieur Chalard! C'est tellement évident qu'il faut vraiment des experts démographes Max Planckés d'outre-Rhin pour ne pas le comprendre, ou plus exactement pour ne pas vouloir tirer les conclusions connues d'avance par tous et qui s'imposent à tout un chacun.

  • Par kelenborn - 21/05/2018 - 16:54 - Signaler un abus MARIANNE

    "est-on condamné à devenir stupide une fois dans l'opposition ? Publié le 17/05/2018 à 16:00 Renaud Dély" Pas besoin! il suffit d'être rédacteur en chef de Marianne!

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€