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"Les démocraties sont plus faibles que l’Allemagne et ne se battront pas" : et l'attitude d'Hitler atteignit son point de non retour...

Interprète d’Hitler, Paul-Otto Schmidt raconte l’ascension et la chute du IIIe Reich, ainsi que les principales réunions et rencontres au sommet qui émaillèrent son histoire. Excellent observateur, volontiers sarcastique, le mémorialiste abonde en anecdotes et portraits savoureux des principaux contemporains. Extrait de "Sur la scène internationale avec Hitler" de Paul-Otto Schmidt, aux éditions Perrin (1/2).

Bonnes feuilles

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"Les démocraties sont plus faibles que l’Allemagne et ne se battront pas" : et l'attitude d'Hitler atteignit son point de non retour...

 Crédit INP / AFP

Les fronts continuaient donc à se préciser. A ce moment, l’Italie s’était définitivement liée à l’Allemagne. Comme à Rome lors de l’entretien avec Goering, je constatai de nouveau chez Ciano, à Berlin, une certaine réserve qui était une sorte de crainte devant son propre courage. Au cours de ses conversations avec Ribbentrop et Hitler, le ministre italien souligna d’une manière frappante l’intérêt qu’avaient les alliés à disposer d’une période de paix s’étendant au moins sur trois ans.

L’été venu, la tension en Europe s’accrut quasi quotidiennement. Presque tous les pays commencèrent plus ou moins ouvertement leurs préparatifs de guerre. L’air et les journaux étaient pleins de discours menaçants, avertisseurs ou provocants. Lorsque les conversations entre Ribbentrop et le secrétaire d’Etat turc se furent terminées sans résultat, à la fin de juillet, je décidai, pris du sombre pressentiment que j’aurais sans doute beaucoup à faire au cours du mois suivant, de prendre quelques jours de vacances à Norderney.

Je venais à peine de découvrir, après plusieurs jours de recherches, un logement dans cette station balnéaire surpeuplée que la Wilhelmstrasse s’annonçait déjà au téléphone. « Nous regrettons infiniment, mais il faut que vous interrompiez votre permission, m’annonça une voix amie. L’avion spécial des Affaires étrangères est déjà parti. Veuillez être à l’aérodrome dans deux heures environ. »

Ponctuel comme toujours, le vieil Amyy fit le tour de l’île avant d’atterrir. Le chef de bord, un de mes homonymes, ne savait pas, lui non plus, quelle serait notre première destination. « Je ne le saurai qu’après avoir repris l’air », m’annonça-t-il mystérieusement. Nous nous dirigeâmes juste vers l’angle opposé du Reich, vers Salzbourg. J’étais convoqué pour une visite inattendue de Ciano qui arriva le 11 août. De même que toute sa délégation, il était en proie à une agitation très vive.

« Vous pouvez m’en croire, me déclara l’ambassadeur italien Attolico (à l’Osterreicher Hof de Salzbourg), l’Angleterre et la France sont décidées à aller jusqu’à la guerre si l’Allemagne s’attaque à la Pologne comme elle s’est attaquée à la Tchécoslovaquie. » Je me déclarai immédiatement d’accord. « Vous prêchez un converti. Si votre ministre des Affaires étrangères soutient ce point de vue au cours de sa conversation avec Hitler, vous pouvez être assuré que je traduirai ses paroles avec la plus grande conviction et en y mettant la plus grande force de persuasion possible », lui répondis-je. « Vous allez avoir encore beaucoup à faire ces jours-ci, répliqua Attolico, et il vous faudra traduire à Hitler ce que je viens de vous exposer, car c’est uniquement dans ce dessein que Mussolini lui a envoyé Ciano. »

Nous nous rendîmes d’abord au château Fuschl, une des propriétés de Ribbentrop, situé dans un paysage admirable, au bord du lac du même nom, à quelques kilomètres de Salzbourg. Ciano essaya de s’acquitter de sa mission. Il parla avec une application d’ange, mit en garde, calma, et souligna les faiblesses de l’Italie. Rien n’y fit. Ribbentrop se trouvait dans un état d’excitation presque pathologique, comme un chien de chasse attendant impatiemment d’être découplé par son maître sur le gibier. Il se livra à des attaques exagérées contre l’Angleterre, la France et la Pologne, fit des déclarations ridicules sur la force allemande et se montra absolument intraitable.

 
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Paul-Otto Schmidt

Paul-Otto Schmidt (1899-1970) est un diplomate multilingue devenu l’interprète d’Hitler.

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