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Démantèlement de la Jungle de Calais : mais au fait, qui sont les migrants présents en France, combien sont-ils et que veulent-ils vraiment ?

Le démantèlement de la jungle de Calais a débuté ce lundi 24 octobre. Les migrants présents dans ce centre informel seront répartis sur l'ensemble du territoire français. L'occasion de s'interroger sur les différents visages et objectifs des migrants présents en France.

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Publié le - Mis à jour le 28 Octobre 2016

Le cas de Calais a mis en avant la confusion entre migration réelle et migration économique. Qu'en est-il réellement ? Quelle est la part de migration économique et de réfugiés aujourd'hui ?

Laurent Chalard : Effectivement, dans les médias, les migrants installés dans la "jungle" de Calais sont présentés comme étant tous des "réfugiés", ce qui est une affirmation erronée. En effet, un nombre non négligeable de ces migrants relèvent de la migration économique car ils n’ont pas été victimes personnellement de persécution dans leur pays d’origine, ayant choisi de migrer, avant tout, pour une raison économique, avec pour principal objectif d’essayer d’avoir un meilleur niveau de vie dans leur pays de destination.

Cependant, il est, bien souvent, difficile de distinguer précisément le réfugié du migrant économique car nous ne pouvons connaître le parcours individuel de chaque individu, sachant que leur intérêt n’est pas de dire la vérité, d’autant qu’au sein même d’un pays en guerre, certaines régions ne le sont pas.

Jacques Barou : Il est difficile de faire la part entre migrants économiques et demandeurs d'asile. Les gens venus de pays en guerre sont plus facilement considérés comme des réfugiés potentiels même si certains n'étaient pas réellement menacés et ont vu dans l'exil un espoir d'améliorer leur situation. Il peut aussi y avoir de réels demandeurs d'asile venant de pays considérés comme sûrs mais ce sont plus des cas individuels. Les gens fuient une situation difficile qui comporte une part de pauvreté autant qu'une part d'insécurité. Si le nombre d'entrées en France a été de l'ordre de près de 250 000 en 2015 80 000 demandeurs d'asile représentent environ un tiers des migrants. Les autres viennent pour des raisons familiales ou économiques ou sont simplement en transit vers un autre pays ou dans l'attente de retourner chez eux après des tentatives infructueuses de s'installer. 

Quelle est la part des migrants qui a pour vocation à partir, que ce soient les réfugiés en cas de fin de conflit, de personnes qui veulent aller ailleurs (Angleterre, Allemagne) ou de migrants économiques reconduits à la frontière européenne ?

Laurent Chalard : Il est, bien évidemment, impossible de répondre précisément à cette question. Pour cela, il faudrait faire une enquête sociologique minutieuse dans la jungle de Calais pour connaître précisément qui sont ces migrants, sous réserve qu’ils disent la vérité ! La seule certitude que nous avons, c’est que la quasi-totalité des migrants installés à Calais ne souhaitaient qu’une chose, rejoindre le Royaume-Uni. En conséquence, si la logique avait été respectée, ils n’auraient eu aucunement vocation à rester sur le territoire français.   

Jacques Barou : Les gens qui ont obtenu le statut de réfugié conventionnel ne sont pas tenus de repartir chez eux au cas où la situation s'y serait améliorée. Ceux qui ont obtenu une protection subsidiaire du type asile territorial ou humanitaire sont censés retourner chez eux une fois la paix revenue. Ils le font rarement car après une guerre le temps de la reconstruction est long et les gens ne trouvent ni logement ni emploi en retournant chez eux. La majorité des Bosniaques bénéficiaires de l'asile humanitaire dans les pays de l'U.E dans les années 1990 ne sont pas retournés chez eux une fois la paix rétablie. Il y aura sans doute peu de retours et peu d'expulsions. On peut s'attendre à ce qu'il y ait plus de gens partant vers d'autres pays occidentaux en fonction des communautés de compatriotes qui s'y sont déjà établis : Syriens et Irakiens vers l'Allemagne, Afghans ou Bengladais  vers le Royaume Uni. 

Quels sont les effets du Règlement de Dublin III en France, accord européen mis en place afin d'éviter le "asylum shopping", phénomène de multiplication des demandes d'asiles par le réfugié qui le rattache dès lors à l'endroit où il a été enregistré ?

Laurent Chalard : Grande crainte des dirigeants européens, le phénomène d’asylum shopping apparaît finalement limité, mais il est difficile de dire si c’est une conséquence des effets de Dublin III ou seulement le produit de la simple raison que la demande d’asile constitue une démarche administrative extrêmement lourde pour des migrants, qui ne parlent pas toujours la langue du pays dans lequel ils font une demande. En effet, il apparaît logique que l’écrasante majorité des demandeurs d’asile dépose une demande d’asile dans un seul pays car leur décision de migration s’est faite vers un pays particulier et non vers n’importe quel pays du continent européen. On l’a bien vu avec les Syriens, qui se sont dirigés massivement vers l’Allemagne, alors qu’ils auraient très bien pu aller au Royaume-Uni ou en France, deux pays qui n’ont cependant pas manifester leur volonté de les accueillir ! La majorité des migrants savent où ils vont, ils ne font pas leur marché au dernier moment une fois réussie leur entrée sur le sol européen, c’est pour cela que l’évacuation de la jungle de Calais n’empêchera pas les migrants répartis sur l’ensemble du territoire français de tenter à nouveau leur chance vers le Royaume-Uni dans quelques mois.

Jacques Barou : Les effets du traité de Dublin aboutissent à décourager les gens à demander l'asile dans un pays où ils n'ont pas vraiment d'intention de s'installer car s'ils sont déboutés dans un pays signataire du traité ils sont déboutés systématiquement partout ailleurs. Le fait que le Royaume Uni soit resté en dehors de l'espace Schengen incite les gens à y demander l'asile en priorité car s'ils y sont déboutés ils peuvent tenter leur chance ailleurs.

 
Commentaires

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  • Par goethe379 - 25/10/2016 - 10:09 - Signaler un abus Il faut comprendre

    Il faut comprendre, ce que d'autre pays n'ont pas intégré, c'est que la France accueille et absorbe depuis un demi siècle chaque année un partie de l'Afrique, qur'elle n'en peut plus, devant le manque de volonté des immigrés de s'intégrer, et que par conséquent, ceux qui viennent actuellement, viennent s'aditionner aux 200000 déjà acceptés. Compte tenu de notre histoire, nous devrions être excusés d'en recevoir de nouveau. Il nous reste quelques flambeaux de culture qui se disperse devant les envahisseurs. La France est bientôt finie, rayée de la carte des nations si on ne fait rien pour combattre la politique des 50 dernières années.

  • Par Aldel - 25/10/2016 - 10:39 - Signaler un abus Interessant. 2 questions.

    Article intéressant car factuel et loin de tout extrémisme dans un sens ou dans l'autre. Mais 2 questions me viennent à l'esprit : 1) Quelle est la part des jeunes hommes seuls et la part des familles ? Les images qui nous parviennent montrent un très grand déséquilibre qui semble indiquer que la fraction des réfugiés fuyant la guerre est minoritaire (même si les hommes seuls peuvent aussi fuir la guerre pour ne pas être enrôlés). 2) Quelle est la fraction d'Erythréens ? Ce sont véritablement des réfugiés fuyant un régime de dictature communiste sanguinaire dont on parle si peu.

  • Par vangog - 25/10/2016 - 10:44 - Signaler un abus 200000 entrées légales d'immigrants en France?????????

    plus quelques dizaines de milliers d'entrées illégales?...Le Front National le crie dans le désert, depuis plusieurs dizaines d'années, en recevant des volées de bois verts des politiciens archaïques et des journaleux monovalents auxquels il le répète! Il faut abroger immédiatement le regroupement familial créé par Giscard-Festin et Chirac-Heineken, et inciter (obliger?) les étudiants (70000) formés en France à retourner enrichir leur pays, plutôt que grossir les queues du pôle-emploi français! il n'y a plus à tortiller. Ensuite, la justice désintoxiquée du gauchisme renverra chez eux les persique 200000 clandestins. Il n'y a plus à tortiller!

  • Par cloette - 25/10/2016 - 11:33 - Signaler un abus Si des Erythréens fuient un Etat sanguinaire et de dictature

    Ils ont le droit d'asile , c'est simple, mais il y a beaucoup de Soudanais . Qu'en est il de ce pays ? De plus il faut aussi prendre en considération que de nombreux pays africains sont gouvernés par des potentats ,on ne peut non plus recevoir toute l'Afrique .

  • Par Atlantica75000 - 25/10/2016 - 11:33 - Signaler un abus Tous les médias : bravo à Cazeneuve !

    J'ai lu sur le site du Figaro que dans un rapport européen couvert de poussière, il est indiqué qu'il y a dorénavant 1 MILION de clandestins

  • Par la pie - 25/10/2016 - 13:39 - Signaler un abus pas vraiment flatteur pour la France

    Tous ces migrants qui veulent quitter notre territoire pour aller au RU , surtout que celui ci vient de faire un pied de nez à l'Europe ...

  • Par Ganesha - 26/10/2016 - 06:21 - Signaler un abus Valencia77

    Valencia77, même dans un pays complètement abruti par le Catholicisme, comme Haïti, les femmes ont compris et la natalité a beaucoup baissé. Idem chez des musulmans noirs comme au Sénégal. Dans les pays qui n'ont toujours pas compris, on applique les ''vieilles méthodes traditionnelles'' : famine au Soudan, massacre de masse, comme en Syrie. Mais il faut au moins une génération pour résorber les conséquences d'une ''explosion démographique''. Tachez si possible, d’être un peu plus ''élégant'' dans les termes de vos commentaires...

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Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.

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Jacques Barou

Jacques Barou est docteur en anthropologie et chargé de recherche au CNRS. Il enseigne les politiques d’immigration et d’intégration en Europe à l'université de Grenoble. Son dernier ouvrage s'intitule La Planète des migrants : Circulations migratoires et constitution de diasporas à l’aube du XXIe siècle (éditions PUG).

 

 

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