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Démantèlement de la Jungle de Calais : mais au fait, qui sont les migrants présents en France, combien sont-ils et que veulent-ils vraiment ?

Le démantèlement de la jungle de Calais a débuté ce lundi 24 octobre. Les migrants présents dans ce centre informel seront répartis sur l'ensemble du territoire français. L'occasion de s'interroger sur les différents visages et objectifs des migrants présents en France.

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Publié le - Mis à jour le 28 Octobre 2016
Démantèlement de la Jungle de Calais : mais au fait, qui sont les migrants présents en France, combien sont-ils et que veulent-ils vraiment ?

Les migrants installés dans la "jungle" de Calais sont présentés comme étant tous des "réfugiés", ce qui est une affirmation erronée. En effet, un nombre non négligeable de ces migrants relèvent de la migration économique. Crédit PHILIPPE HUGUEN / AFP

Atlantico : Lundi 24 octobre, quelques milliers de migrants installés dans la "Jungle" de Calais ont été évacués pour être répartis dans de nombreux camps d'accueil. Mais qu'en est-il réellement du nombre de migrants aujourd'hui ? Quels sont les types de migrations les plus importants en France ? Comment faire la part des choses entre les différentes catégories, entre ceux qui ne veulent pas déposer de demande d'asile en France, ceux qui pourront l'obtenir, ceux qui ne remplissent pas les conditions et / ou ceux qui sont des migrants économiques ?

Quelle est la proportion de personnes qui seront concernées par des procédures d'expulsion ? 

Laurent Chalard : Les migrants de Calais, estimés jusqu’à 10 000 à leur maximum, ne constituent cependant qu’une part limitée des flux d’immigration sur le territoire français. En effet, ils ne représentent que 5 % des 200 000 entrées annuelles de manière légale en France, chiffres auxquels il faudrait probablement ajouter quelques dizaines de milliers d’entrées de manière illégale, dont font partie les personnes installées dans la "jungle" de Calais (rappelons que certains migrants sont présents depuis longtemps dans ce camp).

Aujourd’hui, le flux migratoire le plus important demeure lié à la procédure du regroupement familial, soit près de 90 000 personnes en 2015, devant les étudiants, près de 70 000 personnes pour la même année. Les flux liés aux "réfugiés" sont plus difficiles à comptabiliser car les statistiques légales ne comptabilisent que les personnes qui ont obtenu un permis de séjour (20 000 personnes en 2015). Cependant, étant donné le nombre de demandes d’asile déposées en France, 80 000 en 2015, un chiffre en augmentation constante depuis plusieurs années (il était de 47 000 en 2009), le volume d’entrées illégales annuelles de réfugiés pour 2015 doit s’approcher des entrées légales pour les étudiants ou le regroupement familial, sans qu’il soit possible de le chiffrer précisément, d’autant que certains "réfugiés", se considérant en transit sur notre territoire avant d’atteindre l’Angleterre, ne font pas de demandes d’asile en France et n’apparaissent donc pas dans les statistiques.

Quoi qu’il en soit, la grande majorité des demandeurs d’asile sont déboutés, moins d’un tiers des demandeurs l’obtenant chaque année, et sont donc potentiellement expulsables.

Jacques Barou : Les chiffres fiables sont ceux de 2015. Selon l'OFPRA, il y a eu cette année-là 80 075 demandes soit une hausse de 23% par rapport à l'année précédente. 74 468 étaient des premières demandes incluant les mineurs accompagnant et 5 607 des réexamens. L'OFPRA a pris 14 119 décisions d’accord contre 8 763 en 2014 soit une hausse de + 61%. Parmi ces personnes 2 822 ont obtenu une protection subsidiaire et ont donc un statut qui peut être révisé chaque année. Les différentes nationalités représentées donnent quelques pistes pour faire la part de ceux qui ont des chances d'avoir un statut de réfugiés et les autres. En 2015 les Soudanais venaient en tête avec 5 091 demandeurs d'asile devant les Syriens avec 3 403. ensuite venaient les originaires du Kosovo avec 3 139 personnes, ceux du Bengladesh avec 3 071 personnes, ceux d'Haïti avec 3 049 personnes.

Les ressortissants de pays en guerre comme la Syrie ont plus de chances d'être considérés comme de vrais demandeurs d'asile. Le cas du Soudan s'en rapproche un peu car il y a  des provinces comme le Darfour qui connaissent aussi des situations de guerre civile même si le reste du pays est à peu près tranquille. On peut suspecter les ressortissants de pays très pauvres comme le Bengladesh ou Haïti d'être mus par des raisons plus économiques que politiques, de même pour le Kosovo et l'Albanie qui connaissent divers problèmes de liberté ou d'intolérance vis-à-vis de certaines minorités mais qui ont avant tout des taux de chômage très élevés. Les originaires de la RDC viennent d'un pays en proie à des violences perpétuelles mais assez rarement des zones de l'est où les conflits sont très présents. Leurs demandes sont souvent rejetées mais représentent d'année en année une constance avec entre 2 000 et 3 000 personnes concernées.

En 2016, la part des gens venus de pays en guerre : Syrie, Irak, Afghanistan sont plus nombreux qu'en 2014, ce qui peut expliquer la hausse de la délivrance des statuts de réfugiés. En principe les déboutés de l'asile sont tous expulsables mais peu sont expulsés. Les gens qui n'ont pas déposé de demandes d'asile ne sont bien sûr pas comptabilisés par l'OFPRA. On peut considérer que la majorité de ceux qui sont autour de Calais soit près de 30 000 personnes sont des gens qui ne veulent pas demander l'asile en France pour ne pas s'y trouver immobilisés le temps de la procédure car ils visent la Grande Bretagne où ils ont souvent de la famille et des compatriotes ainsi que des espoirs de travailler à défaut d'y obtenir l'asile qui n'est pas plus facile à avoir qu'en France. 

 
Commentaires

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  • Par goethe379 - 25/10/2016 - 10:09 - Signaler un abus Il faut comprendre

    Il faut comprendre, ce que d'autre pays n'ont pas intégré, c'est que la France accueille et absorbe depuis un demi siècle chaque année un partie de l'Afrique, qur'elle n'en peut plus, devant le manque de volonté des immigrés de s'intégrer, et que par conséquent, ceux qui viennent actuellement, viennent s'aditionner aux 200000 déjà acceptés. Compte tenu de notre histoire, nous devrions être excusés d'en recevoir de nouveau. Il nous reste quelques flambeaux de culture qui se disperse devant les envahisseurs. La France est bientôt finie, rayée de la carte des nations si on ne fait rien pour combattre la politique des 50 dernières années.

  • Par Aldel - 25/10/2016 - 10:39 - Signaler un abus Interessant. 2 questions.

    Article intéressant car factuel et loin de tout extrémisme dans un sens ou dans l'autre. Mais 2 questions me viennent à l'esprit : 1) Quelle est la part des jeunes hommes seuls et la part des familles ? Les images qui nous parviennent montrent un très grand déséquilibre qui semble indiquer que la fraction des réfugiés fuyant la guerre est minoritaire (même si les hommes seuls peuvent aussi fuir la guerre pour ne pas être enrôlés). 2) Quelle est la fraction d'Erythréens ? Ce sont véritablement des réfugiés fuyant un régime de dictature communiste sanguinaire dont on parle si peu.

  • Par vangog - 25/10/2016 - 10:44 - Signaler un abus 200000 entrées légales d'immigrants en France?????????

    plus quelques dizaines de milliers d'entrées illégales?...Le Front National le crie dans le désert, depuis plusieurs dizaines d'années, en recevant des volées de bois verts des politiciens archaïques et des journaleux monovalents auxquels il le répète! Il faut abroger immédiatement le regroupement familial créé par Giscard-Festin et Chirac-Heineken, et inciter (obliger?) les étudiants (70000) formés en France à retourner enrichir leur pays, plutôt que grossir les queues du pôle-emploi français! il n'y a plus à tortiller. Ensuite, la justice désintoxiquée du gauchisme renverra chez eux les persique 200000 clandestins. Il n'y a plus à tortiller!

  • Par cloette - 25/10/2016 - 11:33 - Signaler un abus Si des Erythréens fuient un Etat sanguinaire et de dictature

    Ils ont le droit d'asile , c'est simple, mais il y a beaucoup de Soudanais . Qu'en est il de ce pays ? De plus il faut aussi prendre en considération que de nombreux pays africains sont gouvernés par des potentats ,on ne peut non plus recevoir toute l'Afrique .

  • Par Atlantica75000 - 25/10/2016 - 11:33 - Signaler un abus Tous les médias : bravo à Cazeneuve !

    J'ai lu sur le site du Figaro que dans un rapport européen couvert de poussière, il est indiqué qu'il y a dorénavant 1 MILION de clandestins

  • Par la pie - 25/10/2016 - 13:39 - Signaler un abus pas vraiment flatteur pour la France

    Tous ces migrants qui veulent quitter notre territoire pour aller au RU , surtout que celui ci vient de faire un pied de nez à l'Europe ...

  • Par Ganesha - 26/10/2016 - 06:21 - Signaler un abus Valencia77

    Valencia77, même dans un pays complètement abruti par le Catholicisme, comme Haïti, les femmes ont compris et la natalité a beaucoup baissé. Idem chez des musulmans noirs comme au Sénégal. Dans les pays qui n'ont toujours pas compris, on applique les ''vieilles méthodes traditionnelles'' : famine au Soudan, massacre de masse, comme en Syrie. Mais il faut au moins une génération pour résorber les conséquences d'une ''explosion démographique''. Tachez si possible, d’être un peu plus ''élégant'' dans les termes de vos commentaires...

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Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.

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Jacques Barou

Jacques Barou est docteur en anthropologie et chargé de recherche au CNRS. Il enseigne les politiques d’immigration et d’intégration en Europe à l'université de Grenoble. Son dernier ouvrage s'intitule La Planète des migrants : Circulations migratoires et constitution de diasporas à l’aube du XXIe siècle (éditions PUG).

 

 

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