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"A demain, Gramsci ! : comment la gauche a perdu sa domination culturelle

"Le dernier Congrès du Parti socialiste l’a reconnu : “La gauche n’est plus en situation d’hégémonie culturelle.” Diagnostic lucide, quoique tardif. Le patient a cependant de quoi être rassuré : il mourra en connaissant les causes de son mal. Extrait de "A demain, Gramsci !", de Gaël Brustier, publié aux éditions du Cerf (2/2).

Bonnes feuilles

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Pour revenir à notre analyse, La Loi du marché est intéressante d’un point de vue scientifique dans la mesure où le film pose d’une façon différente une question essentielle : quel groupe social s’identifie aujourd’hui au Parti socialiste ou à la gauche française ? Le désalignement du vote ouvrier par rapport à la gauche est achevé et rend caduque l’idée d’une lutte entre une classe ouvrière à la conquête du pouvoir, et une bourgeoisie qui fut le fer de lance de la révolution industrielle et de la construction des Etats-nations.

Le « non » au référendum de 2005 sur le traité établissant une constitution pour l’Europe signifie bien plus qu’un revers électoral, mais marque l’abandon du PS par des classes populaires qui n’adhèrent plus au projet d’une Europe libérale, fût-elle présentée comme une « Europe sociale » en devenir. La répartition des votes démontre également que, pour la première fois, les employés de la fonction publique, en votant « non », n’ont pas suivi la ligne politique des socialistes. Or, les fonctionnaires ont, de tout temps, formé un des premiers viviers d’électeurs de ce parti. Si on ne saurait parler d’une catastrophe à propos de ce référendum, à tout le moins pouvons-nous évoquer une nette fragilisation de la confiance d’une partie de l’électorat traditionnel du PS. Or, lorsqu’un électorat n’adhère plus que timidement à un projet politique, cela signifie que la domination culturelle du parti en question s’effrite.

L’Europe, en tant que projet politique, n’a jamais suscité un engouement assez fort pour devenir hégémonique. En se greffant à elle dès l’Acte unique (1986) de manière spectaculaire, puis avec le traité de Maastricht, les socialistes avaient parié sur le fait que le « socialisme » comme idéologie serait remplacé par le projet européen. Mais comme l’a démontré le politiste Fabien Escalona dans ses travaux, aucun des partis sociaux-démocrates n’a véritablement réussi à s’adapter a` l’Union européenne. Face à l’avènement du néolibéralisme, au coeur du projet de l’UE, les gauches ont perdu pied et n’ont pas su proposer d’idées neuves ou, a minima, d’idées qui auraient rencontré une large audience au sein de ses électeurs historiques. Par conséquent, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’un national-populisme représenté par Marine Le Pen s’engouffre dans la brèche laissée béante par la disparition d’un projet qui avait vocation, à l’origine, à se substituer au socialisme.

Extrait de "A demain, Gramsci !", de Gaël Brustier, publié aux éditions du Cerf, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

 
Commentaires

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  • Par vangog - 03/10/2015 - 10:29 - Signaler un abus Analyse très partiale et très incomplète!

    Comme tout raisonnement gauchiste, elle part d'un axiome faux, l'hégémonie intellectuelle de la gauche...quand a-t-elle existé? Sur quels penseurs s'appuie-t-elle? Marx, Durkheim, Gramsky? Des vieilleries! Cet auteur devrait, au contraire, s'interroger sur l'arnaque intellectuelle gauchiste...ou le mythe socialiste? Comment des gauchistes ont-ils pu soutenir les dictateurs socialistes et sanguinaires d'URSS, du Vietnam, de Cuba, pendant des années et à distance, alors que la simple visite de ces dictatures par des hommes libres comme Yves Montand les faisait revenir transfigurés intellectuellement? Ce mythe socialiste a perduré, près d'un siècle, car transmis par une nomenclature consanguine de professeurs, sociologues, historiens, dont les titres n'étaient accordés qu'à des gauchistes...aujourd'hui, le mythe socialiste succombe à la globalisation des savoirs et de l'information. il est vaincu par la réalité, non par une forme politique adverse fantasmée et qualifiée de "populiste" par ceux qui ne savent exister qu'en caricaturant leurs adversaires...

  • Par adroitetoutemaintenant - 03/10/2015 - 13:32 - Signaler un abus @vangog

    Comme vous avez bien raison. C'est toujours l'axiome qui est faux chez ces ordures génocidaires.

  • Par Deudeuche - 03/10/2015 - 14:14 - Signaler un abus @vangog

    Correct, je me souviens (à un âge très jeune) des connards qui célébraient la victoire des Khmers rouges et du Vietcong. Des communistes, des adorateurs de sacs plastiques (Killing fields) et de requins (boat people).

  • Par Liberte5 - 04/10/2015 - 18:53 - Signaler un abus Le PS? un parti d'élus, fonctionnaires de profession.....

    coupé des réalités économiques et sociales du peuple.Le PS et la gauche en général ne tiennent qu'avec l'appui sans faille des médias. Sur le terrain les couches populaires ont été abandonnées dans des quartiers difficiles.à leur sort. Le petit blanc, qui avant été soutenu par le PC, est devenu la risée de la gauche bobo. Terra nova a plaidé pour un abandon de ces classes populaires au bénéfice des immigrés. Quant au PC et à l'extrême gauche, ils ne représentent plus rien et tournent à vide. Le FN s'est engouffré dans ce vide et fait ses choux gras en parlant des problèmes qui touchent le peuple.

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Gaël Brustier

Gaël Brustier est chercheur en sciences humaines (sociologie, science politique, histoire).

Avec son camarade Jean-Philippe Huelin, il s’emploie à saisir et à décrire les transformations politiques actuelles. Tous deux développent depuis plusieurs années des outils conceptuels (gramsciens) qui leur permettent d’analyser le phénomène de droitisation, aujourd’hui majeur en Europe et en France.

Ils sont les auteurs de Recherche le peuple désespérément (Bourrin, 2010) et ont publié Voyage au bout de la droite (Mille et une nuits, 2011).

Gaël Brustier vient de publié "A demain, Gramsci !", aux éditions du Cerf.

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