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"Délitement de l’Europe" : que peut encore faire la France (et qui pour le faire) pour répondre à l’alerte lancée par François Fillon sur la catastrophe causée par l’effacement français ?

Lors d'une interview donnée à Jean-Pierre Elkabbach pour Europe 1, François Fillon a détaillé son plan pour l'avenir, lequel s'articule d'après lui autour de la nation française et de l'Europe. Face à une Allemagne fragilisée, la France est face à une occasion de tirer son épingle du jeu et, peut-être, de se reconstruire au travers d'une nouvelle Europe.

Allô Paris, ici Bruxelles, répondez, répondez !

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"Délitement de l’Europe" : que peut encore faire la France (et qui pour le faire) pour répondre à l’alerte lancée par François Fillon sur la catastrophe causée par l’effacement français ?

Atlantico : Partout dans la presse est fait le constat d'un affaiblissement de l'influence allemande… Est-il temps pour la France de tirer son épingle du jeu ? Jusqu'où et comment la France peut-elle se lancer dans la reconquête d'une certaine aura ? Se reconstruire au travers de l'Europe ?

Christophe Bouillaud : Il me semble qu’une telle manœuvre serait très difficile sous la présente présidence de la République. En effet, François Hollande, alors qu’il avait promis à ses électeurs de réorienter la politique européenne en ne faisant pas ratifier le TSCG en l’état, n’a pas cru bon d’honorer cette promesse. Le TSCG a été ratifié tel qu’il avait été négocié et signé par Nicolas Sarkozy, François Hollande a alors raté l’opportunité de réorienter l’Europe. Par la suite, en dépit de toutes ses déclarations en sens contraire, François Hollande s’est en fait aligné sur les positions allemandes.

Encore à l’été 2015, lorsque des négociations ont été menées avec la Grèce d’Alexis Tsipras, la France s’est contenté de jouer le "good cop" aux côtés de l’Allemagne qui restait dans son habituel rôle de "bad cop". L’accord trouvé avec la Grèce le 13 juillet 2015 ne rompt en effet en rien avec les erreurs précédentes en matière de politique économique et sociale pour ce pays, et cela va d’ailleurs bientôt commencer à se voir avec un approfondissement inévitable de la récession en Grèce. Le tandem Merkel-Sarkozy avait été moqué comme le "Merkozy", or, sous la présidence Hollande, cela ne change guère. Seul un nouveau président français pourra rompre avec cet alignement sur l’Allemagne, et il faudra aussi que les choses aient changé en Allemagne. Malheureusement, en 2017, il sera déjà peut-être déjà trop tard pour l’Union européenne.

Quant à ce que la France se reconstruise à travers l’Europe, je vois très mal comment. En effet, nos dirigeants n’ont cessé d’exalter au cours de l’année 2015, surtout après les attentats du 13 novembre 2015, la patrie, la nation, la France, l’ineffable identité française qui constitue un phare pour l’humanité.  François Hollande a certes appelé à l’aide nos partenaires européens en utilisant la procédure prévue à cet effet dans les Traités européens, mais cela ne compense en rien l’exaltation patriotique à laquelle lui-même et son Premier ministre, Manuel Valls, nous ont tous conviés. Et les oppositions n’ont pas été en reste : la droite, et bien sûr l’extrême-droite, n’ont pu qu’approuver cet appel au sursaut patriotique. Malheureusement, c’est là souligner que les sentiments d’empathie de nos concitoyens sur lesquels les dirigeants veulent s’appuyer sont exclusivement nationaux. Les morts du 13 novembre ont été présentés comme la fine fleur de la jeunesse française lâchement assassinée par des barbares, et non pas comme une partie de la jeunesse européenne, ce qui aurait été possible au vu du nombre d’Européens non français parmi les victimes. La proposition de réformer la Constitution pour y introduire la possibilité de déchoir de leur nationalité française les terroristes binationaux définitivement condamnés n’a fait que renforcer cette ambiance d’exaltation patriotique où seule la France compte et où le fait d’être Français est un honneur tel que même un terroriste djihadiste pourrait reculer devant son crime face à la perspective de perdre cette éminente qualité. Au total, on ne peut pas en effet  exalter les sentiments patriotiques français à la manière de la Guerre de 1914 pour contrer les pulsions extrémistes de droite et espérer en même temps que les Français se découvrent prêts à sacrifier cette même nation sur l’autel d’un devenir européen.

Alain Wallon : Il est vrai que l’Allemagne a vu sa propre aura – pour ne pas dire son auréole - pâlir quelque peu, notamment depuis que la crise migratoire est venue écorner l’image d’un pays qui apparaissait sûr de ses choix et le titulaire indétrônable du rôle de meilleur élève, voire de professeur de bonne gouvernance pour tous les autres pays européens. La France, de son côté, a su saisir sa chance il y a six mois de marquer un point décisif en matière de leadership dans la précédente crise, celle de la dette grecque, en empêchant que la Grèce soit contrainte à sortir de la zone euro. Le gouvernement allemand était divisé sur l’attitude à prendre, entre la ligne strictement comptable conduite par Wolfgang Schaüble et l’orientation plus modérée mais aussi plus communautaire, plus politique de la chancelière Angela Merkel. Ce fut là une preuve très nette de la capacité que peut avoir la France à reprendre l’ascendant au sein du Conseil européen. Ses partenaires au sein de l’UE peuvent maintenant juger, avec déjà plusieurs mois de recul, de la pertinence de l’option défendue par la France de faire confiance à Alexis Tsipras plutôt que de faire le saut dans l’inconnu d’une brèche béante ouverte au flanc de la zone euro. Non seulement le gouvernement grec a jusqu’ici honoré scrupuleusement ses engagements malgré des conditions très difficiles, mais chacun peut imaginer aussi combien aurait pesé lourd aujourd’hui le constat d’une zone euro amputée d’un de ses Etats membres au moment de tenter de convaincre les citoyens du Royaume-Uni de ne pas quitter l’Union européenne. Ensuite, la situation de la France après les attentats sanglants qu’elle a subis en 2015, si elle ne lui confère aucun statut spécial, oblige les autres Etats membres à remiser provisoirement au placard leurs critiques récurrentes de l’ "arrogance française" et à devoir se justifier sur leur frilosité à apporter un soutien effectif aux engagements de la France contre les menaces terroristes en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient. Donc, la réponse est oui : il y a bien un momentum que notre pays peut saisir pour, non tant marquer sa différence - ou, pire encore, tenter d’en profiter pour faire oublier sa copie de mauvais élève de la réduction du déficit - , mais pour définir haut et clair les choix stratégiques à proposer à ses partenaires européens, à la fois face aux crises en cours et pour les années qui viennent. Nul doute qu’un tel engagement permettrait à notre pays de trouver une raison de retrouver foi en lui-même et en l’avenir, plutôt que de se contenter d’un second rôle ou d’un changement permanent de rôles de composition au fil de l’eau qui nous font souvent désespérer d’être européens…

Christophe de Voogd : J'ai bien peur que ce "constat" soit en fait un vœu de la presse française, un wishful thinking. Un peu comme "le déclin américain", dont j'entends parler depuis des décennies. Certes Angela Merkel est ébranlée par sa gestion de la crise migratoire. Certes il y a le scandale Volkswagen. Mais les éléments objectifs de la puissance allemande sont toujours là... et peut-être même renforcé par l'afflux d'une nouvelle main d'œuvre. Voyons dans les commentaires des médias français avant tout le reflet de notre propre anxiété par rapport au déclin, lui objectif et évident de notre poids influence en Europe : les chiffres et les faits sont sans appel, du PNB au taux de chômage en passant par les investissements. 

 
Commentaires

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  • Par EUROPE - 22/01/2016 - 10:10 - Signaler un abus L'Europe ou le brouillard permanent

    L'Europe est ce que ses membres ont bien voulu qu'elle soit : de l'a peu prêt : ce qui arrange tout le monde et permet à tout à chacun de pousser des cris d'orfraie s'il se sent atteint ou menacé

  • Par Gordion - 22/01/2016 - 14:46 - Signaler un abus Merci C.Bouillaud de rappeler que...

    "ce sont les dirigeants français de la fin des années 1980 et du début des années 1990 qui ont imposé à l’Allemagne la création de l’Euro pour prix de sa réunification, sans que ces mêmes dirigeants français (dont un Jacques Delors par exemple) aient réfléchi sérieusement aux réelles possibilités de fédération européenne que l’existence même de cette future monnaie unique impliquait."...et pour la suite de votre intervention!

  • Par valencia77 - 22/01/2016 - 16:15 - Signaler un abus Le phare francais

    A part le pinard et le parfum? La pantoufle pour chaussure de combat?

  • Par zouk - 22/01/2016 - 18:01 - Signaler un abus La France en Europe

    Si seulement nous pouvions nous inspirer de l'Italie, de son inventivité à trouver des solutions nouvelles et de son courage politique, particulièrement en matière économique et nous allier réellement avec elle pour constituer un duo leader en Europe... nous pourrions ensemble aller très loin;

  • Par Deudeuche - 22/01/2016 - 22:07 - Signaler un abus @zouk

    l'Italie??????

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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Alain Wallon

Alain Wallon a été chef d'unité à la DG Traduction de la Commission européenne, après avoir créé et dirigé le secteur des drogues synthétiques à l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, agence de l'UE sise à Lisbonne. C'est aussi un ancien journaliste, chef dans les années 80 du desk Etranger du quotidien Libération. Alain Wallon est diplômé en anthropologie sociale de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, VIème section devenue ultérieurement l'EHESS.

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Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est historien spécialiste des Pays-Bas (Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours chez Fayard). Il enseigne l'histoire des idées politiques et la rhétorique politique à Sciences-Po. 

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