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Déficit record du commerce extérieur français

La France souffre d'un déficit extérieur structurel. Sur les quatre premiers mois de cette année, de janvier à avril 2011, le déficit commercial a été de 25,7 milliards contre 15,7 milliards en 2010. Alors que sa balance des paiements courants était en excédent à la fin des années 90, elle est dans le rouge depuis 2004. Quelles sont les explications de cette faillite ?

Faillite

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Dans le concert de lamentations que cette situation inspire, on a tendance à pointer du doigt des fatalités qui nous sont étrangères. On incrimine le prix du pétrole –la facture énergétique est de 50 milliards -ou le handicap que constituerait l'euro « fort » pour nos exportations. Mais ces arguments n'ont guère de sens. Même s'il est légitime de s'indigner de la hausse du pétrole et des avantages qu'en tirent des pays aussi divers que le Venezuela, la Norvège ou la Guinée équatoriale, il n'en reste pas moins que le choc pétrolier signifie pour nous un appauvrissement incontournable.

Quant à la force de l'euro, n’oublions pas qu’elle réduit avant tout le coût de nos importations et améliore nos termes de l’échange. Malgré ces évidences, il est de bon ton de clamer que la solution toute trouvée à nos problèmes commerciaux serait la dévaluation, dévaluation malheureusement interdite par la psychorigidité germanique. Insistons donc là-dessus : une dévaluation se ferait dans l’espoir que nos produits devenus moins chers se vendent mieux à l’export et qu’en fin de parcours, nos comptes extérieurs retrouvent l’équilibre. Seulement ce résultat n’est pas automatique, alors que  dévaluer conduit à coup sûr à une baisse du pouvoir d’achat puisque les importations coûtent plus cher et que la facture énergétique s’alourdit immédiatement.

En fait, l’appel à la dévaluation repose sur le refus de voir que le déficit extérieur d’un pays correspond  à un excès de consommation et à un manque d'épargne. A force de répéter aux Français qu’ils sont épargnants et que la consommation est le moteur de la croissance, on a fini par occulter cette dure réalité qu’un pays en déficit extérieur est un pays qui vit au dessus de ses moyens. Si prétendre accroître le pouvoir d'achat comme le fait régulièrement notre classe politique correspond à l'attente de la population, les chiffres de plus en plus calamiteux du commerce extérieur doivent nous conduire à admettre cette attente se heurte à la réalité. Celle-ci réclame en effet une baisse de la consommation et donc du pouvoir d’achat. C’est d’ailleurs en fait l’objectif premier de la dévaluation tant vantée ; et on voit bien qu’une hausse ciblée des impôts sur la consommation, notamment ceux sur les produits pétroliers, permet de répartir et de moduler cette nécessaire baisse.

L’économie française vit au-dessus de ses moyens tout simplement parce que loin de manquer de consommation, à force de ne pas assez investir, elle manque de capacités de production. Pour exporter, il faut produire. Pour produire,  il faut investir En résumé, pour inverser la tendance en termes de commerce extérieur, il faut avoir le courage et la lucidité de réduire la fiscalité des entreprises en augmentant celle des ménages. 

 

 
Commentaires

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  • Par NOVY12 - 10/06/2011 - 11:08 - Signaler un abus Et puis le Français est le premier consommateur d'Europe !

    Il consomme aussi beaucoup de produits importés tout simplement parce qu'ils sont moins chers à l'achat....et qu'avec un pouvoir d'achat qui stagne il continue de se griser et de vivre !!

  • Par Le Nain - 10/06/2011 - 11:46 - Signaler un abus Le seul problème

    Le seul problème est que les entreprises ne votent pas, sauf avec leurs pieds. L'aphorisme d'Helmut Schmidt est toujours d'actualité; "Les profits d'aujourd'hui font les investissements de demain et les emplois d'après-demain ". Mais chez nous, le mot profit est considéré comme obscène,il convient de le taxer pour redistribuer un pouvoir d'achat fallacieux.

  • Par mbo22 - 10/06/2011 - 12:50 - Signaler un abus Ya ka, Fo con...(1/2)

    "Pour exporter, il faut produire. Pour produire, il faut investir", "il faut avoir le courage et la lucidité de réduire la fiscalité des entreprises en augmentant celle des ménages". M. Daniel, je pense que vous savez que 60 à 70% des entreprises cotées au CAC4O sont sous capitaux étrangers (fonds de pension anglo-saxons pour la plupart) et que ces gens là ne sont chez nous que pour récupérer le

  • Par Transatlantico - 10/06/2011 - 12:58 - Signaler un abus Mouais...

    de toute façon c'est bien plus complexe que ça. Notre société française est saturée alors pourquoi investir chez nous. Autant voir du pays.

  • Par mbo22 - 10/06/2011 - 12:59 - Signaler un abus Ya ka, Fo con...(2/2)

    maximum de bénéfices pour nourrir leurs retraités, alors vous pensez qu'ils vont investir? Ils le font certes mais juste ce qu'il faut pour maintenir l'outil de production et le jour où cela devient trop cher, ils s'en vont. Réduire la fiscalité des entreprises? cela ne fera qu'augmenter leurs bénéfices qui vont nourrir etc..etc...La vraie solution à mon avis c'est taxer fortement les dividendes.

  • Par mbo22 - 10/06/2011 - 13:45 - Signaler un abus Heureusement il nous reste quelques entreprises sous capitaux

    français (PSA, Michelin, LVMH, L'Oréal, etc...) mais au lieu de les soutenir, on les taxe ( ISF), on les trouve douteux: trop friqués, grandes familles héritières. N'empêchent que si il n'y avait pas héritage ces entreprises seraient aussi sous capitaux étrangers aujourd'hui. C'est en encourageant les investisseurs français qu'on arrivera à être compétitifs comme le sont les allemands.

  • Par benj117 - 10/06/2011 - 13:46 - Signaler un abus Pour une surprise, ces't une surprise!!!

    Va falloir m'expliquer à quoi sert une armée d'économistes, pour nous dire toujours la méme chose: On est dans la galére, en effet, Ya Ka Fo con, puis l'année suivante, c'est: Ya ka Fo con, alors que c'est encore pire que l'année d'avant!!! Moi, je pense qu'il ya tellement de paramétres qui rentrent en compte, que méme les prix nobels ne savent pas ce qu'il faut faire!! Et ça, c'est inquiétant!

  • Par Anonymous - 11/06/2011 - 11:56 - Signaler un abus des solutions?

    On les connait -Réduire les taxes sur les entreprises, mais pas des grosse qui paient déjà moins d'impôt en proportion que le boulanger du coin de la rue! - taxer fortement les dividendes (au moins comme le travail!) -Augmenter les impôts des plus riches sauf s'ils investissent dans des PME(et pas pour des œuvres d'arts ni pour des holdings, ni pour des SCI!) Mais ne rêvez pas, on est en France...

  • Par fflip - 11/06/2011 - 12:16 - Signaler un abus Culpabilisons les ménages ... tellement facile ....

    Il y a quand même d'autres responsables beaucoup plus impliqués et intéressés par ce système mis en place depuis plus de 20 ans ...

  • Par sheldon - 11/06/2011 - 12:33 - Signaler un abus Mais les Français refusent de voir la réalité !

    Dommage que les démagogies ambiantes risquent fort d'occulter les solutions sérieuses à ces problèmes durant la campagne présidentielle.

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Jean-Marc Daniel

Jean-Marc Daniel est professeur à ESCP-Europe, et responsable de l’enseignement de l'économie aux élèves – ingénieurs du Corps des mines. Il est également directeur de la revue Sociétal, la revue de l’Institut de l’entreprise, et auteur de plusieurs ouvrages sur l'économie, en particulier américaine.

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