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Le déficit 2015 bien inférieur aux prévisions : une réduction des dépenses en trompe l’oeil qui masque surtout le sacrifice de l’avenir effectué par le gouvernement

La réduction des déficits de l'année 2015 a finalement été plus forte que prévu. Une nouvelle que le gouvernement a évidemment accueillie positivement et mise en avant. Mais un détail devrait inquiéter : la contraction de l'investissement public, qui risque d'être néfaste à long terme.

Le déficit de la honte

Publié le - Mis à jour le 1 Avril 2016
Le déficit 2015 bien inférieur aux prévisions : une réduction des dépenses en trompe l’oeil qui masque surtout le sacrifice de l’avenir effectué par le gouvernement

Atlantico : Selon les chiffres publiés par l'INSEE, le déficit public de la France est passé de -4,0% du PIB en 2014 à -3,5%, contre -3,8% attendu. Cette baisse serait principalement due à la baisse des taux d'intérêt et à la chute des investissements publics. Comment juger d'un tel résultat ? 

Mathieu Plane : Il y a plusieurs facteurs qui jouent. Il y a d'abord effectivement la baisse des taux d'intérêt que vous évoquez. Mais elle était déjà anticipée et intégrée dans le projet de loi de finance.

En effet, la charge d'intérêt correspond à peu près à ce qui avait été prévu. Pas vraiment de surprise de ce côté-là donc. En revanche, l'investissement public a baissé plus que prévu. Le gouvernement anticipait une réduction de l'ordre de 0,1 point de PIB, alors qu'il a plutôt baissé de 0,3 point. On peut également penser que la réduction des dotations aux collectivités locales a pu impacter l'investissement public plus que prévu. Les collectivités locales ont finalement préféré réduire leurs investissements, alors que le Gouvernement attendait plutôt un ralentissement au niveau de la masse salariale. Cela a contribué à la réduction du déficit. On peut également mentionner deux autres effets. D'abord, la croissance a été un peu plus forte que prévu (le Gouvernement attendait une croissance de 1%). Ensuite, le prix du PIB a été plus élevé que dans la prévision du gouvernement. Pour finir, les recettes se sont bien tenues et ont même été supérieures à ce qui était anticipé. Voilà ce qui explique un résultat significativement meilleur que ce que laissaient entendre les prévisions.

La baisse des investissements ne risquerait-elle pas d'être néfaste à l'économie à long terme ?

Oui, bien sûr. Les collectivités locales sont à l'origine de 70% de l'investissement public en France. On voit que la réduction des dépenses publiques et l'objectif de baisse de 50 milliards sur la période 2015-2017, dont une partie se fait par les baisses de dotations, se sont traduits par le gel d'un certain nombre d'investissements. Parce que finalement, pour les collectivités locales, qui sont contraintes d'un point de vue budgétaire, il est plus simple de geler un projet d'investissement que de réduire rapidement la masse salariale. On voit que cette diminution de l'investissement a des conséquences sur l'activité économique et la croissance. On le constate dans certains secteurs, comme le BTP qui est en difficultés. A long terme, moins d'infrastructures c'est aussi une croissance potentielle moins dynamique. Le projet d'investissement participe à l'attractivité et à la compétitivité. C'est donc efficace en termes de finance publique, mais pas au niveau économique. 

Selon le communiqué de Michel Sapin "Les prélèvements obligatoires ont baissé, de 44,8% du PIB en 2014 à 44,5% grâce au CICE, au Pacte de responsabilité et de solidarité et aux baisses d’impôt sur le revenu pour les ménages." Pourtant, selon les chiffres de l'INSEE, les impôts ont progressé de 2.9% au cours de la dernière année, alors que le total des recettes progresse de 2.1%. Que penser de tels résultats ? Les déclarations du ministre sont-elles conformes à la réalité des chiffres ?

Cela montre bien que les prélèvements obligatoires peuvent baisser sans que les impôts ne se réduisent. Il faut distinguer ménages et entreprises. On constate que les diminutions de prélèvements se font du côté des entreprises, notamment par le biais du CICE ou du Pacte de responsabilité, avec une politique de l'offre et une recherche de compétitivité. En revanche, du côté des ménages c'est beaucoup plus ambigu. Effectivement, il y a eu une baisse de l'impôt sur le revenu, mais elle a largement été compensée par de nouvelles taxes (fiscalité écologique, la fiscalité locale etc.). Le résultat est que les prélèvements sur les ménages ne se sont pas contractés en 2015, mais au contraire ont augmenté. Cela signifie que le CICE et le pacte de responsabilité ont participé à la réduction, mais certaines composantes ont augmenté. Le CICE, le Pacte de responsabilité et la baisse de l'impôt sur le revenu des ménages, représentent plus qu'une baisse des prélèvements de 0,3 point de PIB, ce qui équivaut au passage de 44,8 % à 44,5 % évoqué par Sapin, soit 6 milliards d'euros. Le Pacte de responsabilité en 2015 représente 4,5 milliards d'euros, le CICE fait plus 6 milliards d'euros et la baisse d'impôt sur le revenu équivaut à 2 milliards d'euros. Les trois ensembles font donc 13 milliards d'euros de réduction. C'est qu'il y a eu des hausses par ailleurs. Les prélèvements diminuent pour les entreprises, mais ce n'est pas le cas pour les ménages.

 
Commentaires

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  • Par zouk - 26/03/2016 - 11:09 - Signaler un abus Déficit 2015

    Trompe l'oeil, qui cherche à masquer le sacrifice de notre avenir? Nous devrions y être habitués, voici maintenant 4 ans que notre gouvernement s'efforce, avec beaucoup de constance et de succès à nous priver de tout avenir. Je ne connais personne qui ne soit désespéré quant à la FRance, sa situ

  • Par zouk - 26/03/2016 - 11:10 - Signaler un abus Déficit 2015

    ... sa situation, son futur.

  • Par zouk - 26/03/2016 - 11:10 - Signaler un abus Déficit 2015

    ... sa situation, son futur.

  • Par Anguerrand - 26/03/2016 - 17:07 - Signaler un abus Le scandale de la quasi stagnation du déficit

    En plus des éléments développés dans l'article, il faut rappeler qu'en 2015 les taxes et impôts ont augmentés scandaleusement mais discrètement comme sur les carburants, l'état a diminué les dotations aux collectivités, ce qui promet des impôts locaux en hausse, et que les importations en particulier du pétrole ont été divisé par 4, les taux d'empruns sont à zéro. L'état a dépensé plus que l'année précédente environ 90 milliards àlors que ses dépenses devraient baisser. L'objectif de 3% en 2013 n'est même pas atteint malgré 102 taxes ou impôts nouveau. malgré ces hausses la dette augmente encore, il n'y a aucune améliorations et c'est l'équilibre, puis le remboursement de notre dette à prévoir pour nos enfants. Bonne chance au prochain president(e) qui devra prendre la suite.

  • Par vangog - 26/03/2016 - 21:59 - Signaler un abus Ils sont contents, les gauchistes????

    Les dépenses de fonctionnement ont augmenté de cinq milliards en un an, les rémunérations de 3 milliards, les prestations sociales de 10 milliards??? ( soit 3 fois plus que les prestations, cherchez l'erreur...), les subventions ont augmenté de 9 milliards ( ben oui, il faut bien arroser les électeurs...) et tout ceci grâce à des impôts qui ont augmenté de 18 milliards ( une paille!) et grâce à des économies sur les investissements de 4 milliards ( ceci s'ajoute à la baisse des investissements étrangers, pour bien plomber l'avenir de la France...) et vous êtes tous contents???? Pas nous, les patriotes! Car ce budget est un budget de faillite programmée...une catastrophe nationale. Il manque 77,4 milliards pour équilibrer ce budget, soit 77,4 milliards qui seront empruntés ( en plus des précédents déficits) aux copains de Macron-Rothschild, qui se frottent les mains, et vous êtes contents???? L'enfumage fonctionne à plein régime, et le moins pire que pire est devenu la seule raison de se réjouir de ce gouvernement de glandus!

  • Par Lafayette 68 - 27/03/2016 - 09:15 - Signaler un abus Dépenses Education Nationale

    Près de 70 milliards, premier budget ,en hausse près d'1 million d'agents, en hausse( disparités horaires , salariales ,féminisation excessive). Cogestion depuis 45 (communistes) avec les syndicats de gauche (FSU en tête). On connait les résultats .Immobilisme.La Cour des Comptes le dénonce : rien ne bouge ni à droite ni à gauche.Intouchable.

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Mathieu Plane

Directeur adjoint du Département analyse et prévision à l'OFCE

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