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Défense nationale : la rigueur menacera-t-elle notre sécurité ?

Le récent point d’étape de la Cour des comptes sur la loi de programmation militaire est une nouvelle occasion pour pointer du doigt le budget consacré à la Défense. Beaucoup a déjà été fait pour le rationaliser et le réduire, mais il devra connaître des coupes supplémentaires, que cela soit comme variable d’ajustement ou au titre de la rigueur. Leur ampleur reste à déterminer.

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Les autorités militaires le rappellent inlassablement : après avoir attaqué la graisse, c’est aux muscles et aux os de l’appareil de défense que nous nous apprêtons à toucher. Gardons nous de réduire ces mises en garde à de simples pensées conservatrices de parties prenantes de cet outil de défense. Ces futures réductions conduiront indubitablement à des pertes de capacités, et non uniquement à des pertes d’échelles. Il ne sera plus alors possible de faire comme avant, c’est à dire autant avec moins, car cela était fait autrement. Différentes missions ne devraient plus être du domaine du possible. C’est déjà en partie le cas aujourd’hui avec certaines briques, comme l’incapacité française de réduire au silence des défenses anti-aériennes.

Cela rend d’ailleurs caduque l’aptitude française affichée à entrer en premier, sans aide extérieure, sur un théâtre d’opérations. Il sera donc nécessaire de choisir. Des proches voisins ont connu des situations similaires. C’est le cas du Royaume-Uni qui, sans beaucoup de concertation avec d’autres États, a fait le choix de ne plus entretenir certaines capacités (en particulier pour des missions de service public ou pour les patrouilles de surveillance maritime).

Or, les forces armées sont un réel système où toute perturbation d’une variable conduit à des modifications liées les unes ou autres, avec des changements plus ou moins maîtrisés et prévisibles (« l’effet papillon »). Réduire les budgets consacrés aux équipements actuels ou futurs hypothèque ainsi les heures d’entraînement disponibles sur ces matériels, donc leur meilleure maîtrise. Cela affecte les compétences humaines, les structures les utilisant, rend incertain leurs doctrines d’emploi, sclérose l’innovation. En somme, tous les capitaux qui, mis bout à bout, forment un tout cohérent. Aussi, il ne faudrait pas oublier que les hommes et les femmes de la Défense, civils ou militaires, composent bien un corps social vivant. Il est donc nécessaire de faire attention aux discours les pointant du doigt, tout en étant honnête pour ne pas miser uniquement sur leurs capacités d’adaptation. Bien que des marges de progression existent encore que cela soit dans la manière de procéder, les structures, etc. Les récentes réformes, en éclatant les cadres traditionnels, ont déjà grandement entamé le capital immatériel « confiance et moral ».

Ainsi, après avoir été une armée de petite série pour différents matériels, le risque est de devenir une armée spécialisée avec, en conséquence, une perte d’autonomie stratégique. Cela sans réel palliatif. En effet, dans toute coalition (UE, Otan, bilatéral, etc.), la capacité de décider est de facto proportionnelle à ce que chaque actionnaire apporte au pot commun. De même, le palliatif de la remontée en puissance est plus qu’hypothétique. Le réapprentissage de compétences est un processus à la fois coûteux et long : l’environnement international nous autorise-t-il à miser sur de tels délais ? Nous allons aussi sans douter payer une professionnalisation inachevée, car menée, depuis le début, sans lui adjoindre vraiment le réservoir de compétences que sont les réservistes. Enfin, l’externalisation via les partenariats public-privé, bien qu’attirante et une voie à explorer, n’est pas exempte de reproches.

 
Commentaires

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  • Par Adonis - 14/07/2012 - 10:46 - Signaler un abus BRAVO !!!

    Le monde est au tournant d'un siècle et la France doit garder sa place parmi les nations influentes. Cela se fait à travers une capacité de projection au quatre coins du monde, à travers la force de frappe nucléaire et à travers le droit de veto au Conseil de Sécurité des Nations Unis. La perte d'un de ces trois facteurs diminuera voir mettra un terme au rôle de la France. Dans un monde en ébullition l'outil militaire français ne doit pas être victime des coupes budgétaires dont il souffre déjà. Si les dangers ne sont pas similaires à ceux du siècle dernier ou moins identifiables, ce n'est pas pour autant qu'ils sont moins meurtriers pour les Français.

  • Par Alex de M. - 14/07/2012 - 15:53 - Signaler un abus Non ce n'est pas la rigueur !

    Non ce n'est pas la rigueur qui menace notre capacité de défense, c'est l'état de faillite de la république démagogique et immigrationiste qui l'oblige à détruire pan après pan tout ce qui a fait la France ! Après avoir sacrifié à l'immigration par des charges sociales exorbitantes notre industrie, puis à une fonction publique hypertrophiée notre économie par des impôts spoliateurs et confiscatoires, notre capacité de défense, notre recherche, nos université et bientôt notre patrimoine sombreront ensemble, dans l'anéantissement final d'une république vidée de tout sens par les clientélismes du parti au pouvoir.

  • Par albatros - 14/07/2012 - 16:27 - Signaler un abus Le gaspillage dans l'armée

    Quand on voit les bétises faites par certains comme par exemple fermer la base de Nîmes garons obligeant les avions dont le théatre d'opération est la Mediterranée de partir de Bretagne, Millions dépensés pour vider la base, millions gaspillé pour l'entretien des avions, sans compter le surplus de carburant et la fatigue des équipages. Et ce n'est qu'un exemple parmis tant d'autres.

  • Par GBCKT - 14/07/2012 - 18:49 - Signaler un abus Quelle autonomie nous reste t-il?

    -Influer sur la conduite des opérations en Afghanistan? Très inférieure au 3% de poids que nous y représentons. Ne pas aller en Irak? Il s s'en est suivi quelques représailles de notre principal allié. hypothèse: demain matin le Saint Esprit illumine les 27 pays de la Communauté Européènne, nous avons un chef d'état commun qui a la décision d'emploi conjoint des forces nucléaires Britanniques et Françaises combien d'années pour atteindre des capacités homogènes et cohérentes au quart de l'armée US de cet horizon? 30 ans? 40 ans? Vraisemblablement 50. Retard technologique, retard d'équipements, pas de doctrine, pas de stratégie, 27 langues parlées. Nous sommes sous protectorat dans une zone périphérique pour les intérêts vitaux US. En cas de gros pépin nous devrons nous débrouiller.

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Florent de Saint Victor

Florent de Saint-Victor est consultant indépendant, spécialisé sur les questions de Défense. Auteur du blog d'analyse spécialisé Mars Attaque, il fait partie du collectif de blogueur Alliance Géostratégique.

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