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Défections et attentats suffiront-ils à faire chuter le régime de Bashar el-Assad ?

Malgré un été agité en Syrie pour le régime de Bachar el-Assad, les opposants n'ont pas réussi à pousser leur avantage au point de faire basculer la situation. Au contraire, le pays pourrait s'enfoncer dans une guerre civile très longue.

Enlisement

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Pour un certain nombre d’analystes, cet été 2012 aurait constitué un tournant pour le “ régime de Bashar el-Assad”, terme sur lequel nous reviendrons. En effet, deux défections symboliques, à défaut d’être aussi importantes qu’annoncées, ont eut lieu. La première, est celle de Manaf Tlass (fils de l’omnipotent ministre de la défense de Hafez el-Assad, longtemps proche du clan au pouvoir), général de la garde républicaine, troupe d’élite du régime. La seconde est celle de l’éphémère chef du gouvernement, Ryad Hidjab, début août alors qu’il avait été nommé juste deux mois auparavant, sunnite également.

Dans les deux cas (auxquels s’ajoutent celui d’autres personnalités de moindre envergure, militaires ou diplomates[1]) c’est une première à laquelle nous assistons, puisqu’aucun officier commandant ou ayant eu un commandement haut placé (ce qui était le cas de Manaf Tlass qui avait perdu son poste il y a peu) n’avait jusqu’ici lâché Bashar el-Assad et qu’aucun ministre ou chef de gouvernement n’avait encore appelé à la chute du pouvoir baathiste. Plusieurs remarques s’imposent cependant à l’issue de ces deux évènements récents. 

D’abord, ces défections soulignent paradoxalement la relative solidité de Bashar el- Assad, ou à tout le moins une certaine forme de résilience (phénomène qui a souvent caractérisé le système baathiste au cours des dernières décennies), puisqu’après près d’un an et demi de révolte (et de fortes pressions extérieures), il peut encore se prévaloir du soutien (affiché, tacite ou contraint) de la grande majorité des élites et de l’oligarchie politico-militaire gouvernant le pays et dans une moindre mesure de celle issue du monde économique (bien que les deux se confondent parfois). Il existe certes un nombre non négligeable de généraux ou d’hommes politiques qui ont rejoint l’opposition politique et/ ou armée, mais ce sont des personnages sans grande envergure et influence, inconnus de la majorité des Syriens (même si cela peut affecter le moral de l’armée et du parti Baath), si bien que l’on est  encore très loin des départs à répétition et de premier plan observés en 2011 autour de Kadhafi ou du président Saleh au Yémen, autrement plus décisifs.

Ensuite, les deux récentes défections évoquées ne sont pas véritablement une première, puisque des figures majeures ont, avant la révolte lancée en mars 2011, rejoint les rangs des opposants au pouvoir damascène, de façon désunie il est vrai. Il s’agit en particulier des anciens vice-présidents Rifaat el-Assad, alaouite comme son neveu dont il avait juré la chute et ancien homme fort de l’appareil sécuritaire, et d’Abdel Halim Khaddam, sunnite qui n’a jamais eu de commandement militaire et qui assura le court intérim après la mort de Hafez el-Assad en faisant valoir sans succès ses droits à la magistrature suprême.

Or, cela n’a en rien fragilisé Bashar el-Assad peu après son accession à la présidence, tant le système en place est resté uni derrière lui et que ces personnalités étaient honnies par la population. Cela lui a même été au départ favorable car il se démarquait d’une part de son oncle présenté comme le “boucher de Hama”, et d’autre part marginalisait les Frères musulmans, qui s’étaient allié de façon très opportuniste et maladroite à l’ancien dirigeant baathiste. Or, il apparaît que Manaf Tlass et l’ancien premier ministre syrien sont tout aussi dépourvus d’influence et de crédibilité que leurs prédécesseurs, puisque dans la  mesure où ils entretiennent des liens privilégiés avec les pétromonarchies, ils font figure de marionnettes entre les mains de ces derniers et de leurs alliés américains, à l’image de la majorité de l’opposition dont la faiblesse majeure réside avant tout dans le morcellement et l’incapacité à trouver un vrai chef, facteur qui avait longtemps favorisé Saddam Hussein, alors qu’en Egypte, puis plus récemment en Libye, des alternatives crédibles ont pu surgir et accélérer la chute des régimes autoritaires en place.

 
Commentaires

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  • Par marie - 26/09/2012 - 15:19 - Signaler un abus laisser la syrie tranquille

    la democratie en tuant est ce la democratie poooovre holllande il a un complexe

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Pierre Berthelot

Pierre Berthelot est docteur en sciences humaines et sociales de l'Université Bordeaux III depuis 2008 et chercheur associé à l'Institut français d'analyse stratégique (IFAS).

Il est spécialiste du Moyen-Orient.

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