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Les défaites invisibles sont les pires. Et la France les accumule

Pire que les simples échecs, les défaites qu'on omet avec lâcheté minent notre pays.

Défaites à la Pyrrhus

Publié le
Les défaites invisibles sont les pires. Et la France les accumule

Renaud Camus s'est interrogé ainsi : "Peut-être souffrons-nous cette fois de ne pas avoir connu de visible défaite ?" (Boulevard Voltaire).

Je ne sais pas si je vais interpréter cette pensée dans le sens souhaité par son auteur mais il me semble que j'ai le droit de l'analyser comme immédiatement j'ai été tenté de le faire.

Nous n'avons connu que trop de visibles défaites qui ne nous permettaient pas de nous leurrer, les désastres étant apparents, monstrueux, terrifiants, douloureux, tragiques. La Première et la Seconde Guerre mondiale, la collaboration, Vichy, les guerres coloniales, Diên Biên Phu, l'Algérie, les massacres terroristes, autant de combats perdus, autant de millions de morts ou de victimes de proximité, autant d'ostensibles déroutes auxquelles même les indifférents par vocation ou par confort ne pouvaient échapper tant elles bouchaient l'horizon, l'avenir.

Comme ces défaites étaient visibles, l'alternative était simple en pleine conscience : on se relevait pour un autre futur ou on les pressentait comme la manifestation d'un déclin fatal.

Mais que faire quand elles sont invisibles et que même si on a la lucidité de les deviner dangereuses, silencieuses, incorporées à notre quotidienneté, grignotant subtilement notre savoir vivre collectif, la douceur de l'appartenance, le réconfort de la familiarité, on est frappé d'impuissance ?

Parce que l'adversaire est partout et nulle part, le poison insidieux, les démissions naturelles, la lâcheté évidente et la chute irrésistible.

Parce que l'humanisme nous persuade qu'il convient de tout supporter et que nous serions de mauvais Français si nous nous rebellions contre ce qui nous est sans cesse présenté comme inéluctable.

Parce qu'on a le droit de pleurer les victimes du terrorisme et de pleurer sur elles mais le devoir de moins s'émouvoir sur toutes les autres, les criminels et les délinquants ordinaires faisant, eux, après tout partie de notre monde.

Parce que les quartiers où la police n'entre plus ou est molestée ne nous concernent pas directement. Ce sont d'invisibles défaites qui nous offrent l'excuse facile d'une action qui serait, prétend-on, plus néfaste que le mal lui-même.

Parce que ne plus se sentir chez soi, dans une France qu'on ne reconnaît plus - une autre France selon l'expression de Georges Bensoussan -, trop composite, multiculturelle au goût de Mediapart, se percevoir comme dépossédé, sur le bord de la route, abandonné, contraint de renier sa propre Histoire, ses racines chrétiennes, constitue d'invisibles délitements et des reculs si diffus, si intimes pour chacun qu'il serait vain de se croire assez audacieux pour leur résister, pour les réduire.

Parce que les maîtres que les élèves ne respectent plus, l'éducation qui se préoccupe plus des préjugés du genre à détruire que des fondamentaux à enseigner sont les signes impalpables d'une société qui ne se sent pas mourir - la bonne conscience fait de tout progressisme pervers, de toute libération abusive une chance ! - et, les défaites étant invisibles, l'absence de toute victoire est à peine remarquée !

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 24/11/2017 - 13:52 - Signaler un abus La France est un vieux pays

    Millénaire, qui s’est constitué dans le christianisme d’occident, héritier de la civilisation gréco-romaine. C’est un pays d’Europe occidentale aux traditions politiques issues de cet ensemble. Il a jadis intégré des étrangers à son modèle culturel, il a connu des centaines de guerres et différents types de régimes politiques. Sa langue est le français et il est composé de différentes régions qui sont constitutives de son histoire. La France n’est pas un empire parisien et son histoire n’a pas débuté en 1789 et encore moins en 1945 ou 1968.

  • Par Pourquoi-pas31 - 24/11/2017 - 14:36 - Signaler un abus Monsieur Bilger

    ne pensez-vous pas que la façon de rendre la justice aujourd'hui est en partie la cause de notre décrépitude sociétale ? La mansuétude envers les réfractaires à l'application des lois de la république va à l'encontre d'un vieux proverbe : "qui aime bien châtie bien". J'apprécie particulièrement les vieux proverbes qui sont issus de la sagesse populaire.

  • Par Liberte5 - 24/11/2017 - 15:07 - Signaler un abus J'aime bien cette question de R. Camus

    "Peut-être souffrons-nous cette fois de ne pas avoir connu de visible défaite ?". La pertinence de cette question ouvre évidemment la réflexion que vous menez Ph. Bilger. Votre analyse est juste et nous permet d'aborder sous un angle différent les raisons de l'apathie des Français, leur manque de réactions et d'engagement pour lutter contre le grand remplacement et la déliquescence de tout ce qui faisait la grandeur de la France.

  • Par Yves3531 - 24/11/2017 - 18:02 - Signaler un abus Tout ceci relève tout simplement de....

    l’histoire de la grenouille que l’on met dans une casserole d’eau tiède et que l’on fait lentement cuire sans qu’elle s’en rende compte ....

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 24/11/2017 - 23:50 - Signaler un abus Analyse très juste , mais

    Analyse très juste , mais tout à fait d'accord avec "pourquoi pas 31" pour dire que la politisation de la justice et la bienpensance politique tellement présentes chez cette génération de vieux soixanthuitards sont totalement responsables de cette situation

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Philippe Bilger

Philippe Bilger est président de l'Institut de la parole. Il a exercé pendant plus de vingt ans la fonction d'avocat général à la Cour d'assises de Paris, et est aujourd'hui magistrat honoraire. Il est l'auteur de La France en miettes (éditions Fayard). Il est également l'auteur de Ordre et Désordre (éditions Le Passeur, avril 2015).

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