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La décroissance, ce dangereux fantasme de riches dans un monde pauvre et inégalitaire

A l'occasion des fêtes, Atlantico republie les articles marquants de l'année qui s'achève. Branko Milanovic, ancien directeur de la recherche économique de la Banque mondiale, nous expliquait en novembre que pour réduire les inégalités, la décroissance est tout sauf la solution miraculeuse.

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Les usines, les trains, les aéroports, les écoles ne pourront fonctionner qu'un tiers du temps, l'électricité, le chauffage et l'eau chaude ne seront disponibles que 8 heures par jour, les voitures ne pourront être utilisées qu'un jour sur trois, nous ne travaillerons que 13 heures par semaine (ce qui rendra Keynes heureux d'avoir su le prévoir correctement dans ses "possibilités économiques pour nos petits enfants") etc…- tout cela pour en arriver à ne produire qu'un tiers des biens et services que l'Occident produit actuellement.

Arrêtons-nous un moment et considérons l'énormité de ce qui est proposé ici. L'indice global de Gini arriverait à 0, en partant du niveau actuel de 65. Le monde devrait évoluer d'un niveau d'inégalités qui est plus élevé que celui de l'Afrique du Sud pour en arriver à un niveau d'égalité qui n'a jamais existé dans une aucune société répertoriée.

Les pays ont des difficultés pour mettre en place des politiques publiques qui réduisent l'indice de Gini de 2 ou 3 points, et nous proposons ici de l'abattre de 65 points.

En plus de cela, la population mondiale devrait progresser de plusieurs milliards d'habitants. Notre enveloppe fixe dans son montant absolu devra permettre de soutenir plus de gens, en d'autres termes, la moyenne des revenus devra baisser.

Cependant, le bon côté des choses est qu'une telle compression de la distribution des revenus changera les habitudes de consommation.

Nous savons que les riches produisent plus d'émissions par dollar dépensé​ (AED-average emission per dollar spent) que les pauvres. Cela est la conséquence du fait qu'ils consomment bien plus de biens et services intenses en émissions comme des voyages en avion ou de la viande que les pauvres. Compresser tout le monde pour arriver au même niveau signifierait que le total des émissions produites par le nouveau PIB (qui resterait le même en valeur mais changerait dans sa composition) serait moindre. Il y aurait donc un « relâchement » dans notre enveloppe qui pourrait nous permettre soit de laisser certaines personnes un peu mieux loties, soit d'amener tout le monde à un revenu moyen légèrement supérieur à celui du 13e centile occidental.

Admettons que la progression de la population et que le déclin de l'AED s'annulent l'un l'autre, nous serions alors de retour au scénario original décrit précédemment lorsque tout le monde devait vivre au niveau du 13e centile occidental et que les riches devaient perdre deux tiers de leurs revenus.

Il ne me semble pas que ce résultat, bien que nous puissions en modifier les hypothèses, soit vaguement susceptible de trouver un quelconque soutien politique, y compris parmi les partisans de la décroissance, dont beaucoup devraient réduire leur consommation d'environ 80 à 90 pour cent. Il serait plus logique de réfléchir sérieusement à la manière de réduire les émissions, de ne pas se faire d'illusion dans un monde très pauvre et inégal, mais de penser comment les biens et services les plus polluants pourraient être taxés pour réduire leur consommation. L'augmentation de leurs prix relatifs réduirait le revenu réel des riches (qui les consomment) et réduirait, même légèrement, l'inégalité mondiale. De toute évidence, nous devons réfléchir à la manière dont les nouvelles technologies peuvent être exploitées pour rendre le monde plus respectueux de l'environnement. Mais la décroissance n'est pas la voie à suivre.

 
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Branko Milanovic

Branko Milanovic est chercheur de premier plan sur les questions relatives aux inégalités, notamment de revenus. Ancien économiste en chef du département de recherches économiques de la Banque mondiale, il a rejoint en juin 2014 le Graduate Center en tant que professeur présidentiel invité.

Il est également professeur au LIS Center, et l'auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels Global Inequality - A New Approach for the Age of Globalization et The Haves and the Have-Nots : A Brief and Idiosyncratic History of Global Inequality.

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